Maingain: "Le Gordel roule, pour mieux rouler les francophones dans la farine"

Présidence du FDF, élections communales, fusion des communes bruxelloises, Gordel, justice, décret inscriptions, etc. En tant qu' invité du samedi de LaLibre.be, le président du FDF Olivier Maingain commente ces nombreux dossiers.

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© Christophe Bortels
L. Be.

Présidence du FDF, élections communales, fusion des communes bruxelloises, le Gordel, la justice, décret inscriptions, etc. En tant qu'invité du samedi de LaLibre.be, le président du FDF Olivier Maingain commente ces nombreux dossiers.

Bernard Clerfayt estime le message du FDF n'est pas suffisamment entendu sur les enjeux sociaux-économiques et culturels. Comprenez-vous ses critiques ?

Le discours du parti est entendu sur des discours autres que l'institutionnel même si on nous interroge moins souvent sur les thèmes de société. Toutefois Bernard Clerfayt est un de ceux qui portent ce discours et je n'ai pas le sentiment qu'il ne soit pas entendu. Moi-même lorsque l'on m'interroge sur ces thèmes, je n'ai pas le sentiment que nous ne sommes pas écoutés.  

M. Clerfayt considère également que "du renouveau est nécessaire à la direction du FDF". Allez-vous vous porter candidat pour un nouveau mandat à la tête du parti?

Je ne donnerai pas ma décision avant les résultats des élections communales et provinciales. A ce moment-là, j'aurai des contacts avec un certain nombre d'amis au sein du parti pour faire le point sur son avenir, sur la présidence, sur notre discours politique, etc. Nous mettrons tout cela en discussion pour un grand congrès doctrinal et statutaire qui se tiendra à la fin de cette année, début de l'année prochaine.

Quelles sont les ambitions du FDF lors des élections communales ?

En Wallonie, ce sera l’amorce d'une présence qui je l'espère sera significative. Je sais très bien que ce sont les premiers pas et que dans cette région nous allons, pas tout de suite, faire une percée telle que nous serions incontournables. Mais nous allons sans doute poser des jalons qui nous seront bien utiles pour l'avenir.

Et en ce qui concerne Bruxelles ?

A Bruxelles, non seulement nous souhaitons maintenir nos positions de bourgmestre mais nous souhaitons également fortifier l'affirmation de Bruxelles au départ des communes. Nous savons très bien que dans les plans institutionnels futurs il y a ceux qui, du côté flamand, viendront avec la fusion des communes, la fusion des zones de police et des CPAS, etc. C'est-à-dire, tout ce qui a conduit à l'échec des politiques à Anvers où on sait bien que la fusion en une seule grande entité a fait le succès du Belang et fera peut-être demain le succès de la N-VA. Dans beaucoup de communes, la réalité sociologique flamande est à ce point devenue ténue qu'ils ne peuvent plus prétendre à avoir une représentation au niveau communal.

Est-ce le cas à Woluwe-Saint-Lambert ?

Il y est difficile d'avoir encore une représentation flamande significative. La population flamande y est très faible mais très bien protégée et respectée par la majorité en place. Il n'y a pas de motif de mécontentement de Flamands et pour cause, je ne fais pas à l'égard des Flamands de ma commune ce que les autorités flamandes font à l'égard des francophones de la périphérie. C'est pour cela que du côté flamand, ils souhaitent renforcer leur représentation au niveau local en trichant une nouvelle fois avec le suffrage universel. C'est à cela que nous nous opposerons de toute nos forces.

Craignez-vous cette échéance électorale, lors de laquelle vous vous présenterez sans le MR ?

Non, parce que je crois qu'aujourd'hui, les gens ont apprécié le fait que nous ayons respecté la parole que nous avions donnée aux électeurs qui sont les engagements essentiels que tout le MR avait pris, ainsi que tous les partis francophones. Un certain nombre de dirigeants politiques francophones disaient clairement: "pas de modification de l'arrondissement de BHV sans élargissement de Bruxelles". C'est un engagement très clair devant les électeurs. A quelques jours des élections législatives, Mme Milquet disait que l'élargissement de la Région bruxelloise était une nécessité géopolitique. Mais visiblement beaucoup de partis francophones ont oublié les engagements qu'ils avaient pris devant les électeurs.

Rudi Vervoort (président de la fédération bruxelloise du PS) a déploré ce jeudi "l'hypocrisie" du cdH et du MR, qui ont annoncé leur présence sur une liste unique dans la commune à facilités de Kraainem (NDLR: orthographe et nom officiel francophone). Sa réaction est-elle légitime ?

Légitime, incontestablement. Et je crois savoir que cela suscite auprès de leurs membres et de certains de leurs électeurs plus que de l’étonnement, une assez vive réprobation. Rompre l'unité des partis francophones à Kraainem ce n'est faire que le jeu d'un parti extrémiste comme l'est la liste "Open" conduite par M. Van Biesen sur laquelle figure la N-VA.

Donc cet éparpillement des voix des francophones pourrait être préjudiciable face aux percées nationalistes ?

Mme Caprasse, qui je le rappelle avait été présentée par tous les partis francophones comme candidate bourgmestre, aura l'ambition de rassembler toutes les forces francophones sur une liste unique. Nous allons encore tenter de réussir ce pari. Ne pas la représenter serait faire la victoire de la N-VA à Kraainem. Donner raison à M. Bourgeois, je ne crois pas que ce soit le meilleur signal que l'on puisse donner pour l'avenir même du pays.

Le conseil communal de Rhode-Saint-Genèse n'accorde pas d'autorisation au Bloso d'installer dans la commune un point de départ et d'arrivée à l'occasion du Gordel le 2 septembre. Cette décision vous semble-t-elle cohérente ?

Je dirais qu'elle est peut-être la bienvenue parce qu'elle témoigne d'une prise de conscience qui a peut-être fait défaut jusqu'à maintenant face au danger que représente cette manifestation. Le Gordel est une manifestation politique quoi qu'en disent les organisateurs. Et il est évident qu'elle est de plus en plus hargneuse et hostile aux francophones.

Quand je vois M. Beke, président du CD&V, dire que cela démontre que la scission de BHV est une grande victoire flamande, je crois qu'il est temps que les partis francophones qui ont signé les accords institutionnels se ressaisissent et voient que la manifestation du Gordel annonce les prochaines exigences flamandes en périphérie. Je dirais volontiers, le Gordel roule, pour mieux rouler les francophones dans la farine.

Passons maintenant à un autre sujet avec le décret inscriptions. La situation s'aggrave. 307 enfants figurent toujours sur une liste d’attente. Faut-il revoir ce décret ? Quelles modifications y apporter ?

Carole Persoons, notre porte-parole au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s'y est opposée de tout temps avec les autres parlementaire FDF. C'est un décret purement idéologique qui n'a d'ailleurs pas les effets escomptés à savoir une plus grand mixité dans l'enseignement. Tout les directeurs d'établissement concernés concluent à ce constat terrible que ce décret est un échec. Il devenu simplement une sorte de chiffon rouge agité à intervalles réguliers par quelques idéologues qui n'ont pas pris la mesure des conséquences dramatiques pour la vie des enfants et des familles qui restent dans l'incertitude.

Les Jeunes cdH ont créé la polémique avec leur communiqué annonçant le décès de Didier Reynders. Ont-ils vraiment dérapé ?

C'est une mauvaise blague de potache et je comprends que M. Reynders puisse en être affecté à titre personnel. Je ne sais pas si tout cela devait prendre une telle dimension politique. Si les Jeunes cdH n'ont rien d'autre à dire, il y a peut-être un petit problème de formation au sein du parti qui se pose.

Vous comprenez donc la réaction de M. Reynders ?

Chacun le vit avec son état d'esprit et celui de sa famille. Tout cela est éminemment respectable et je n'ai jamais sous-estimé la manière dont des proches peuvent vivre ce genre de situation qui met en cause un politique.

Enfin, la libération de Michelle Martin suscite l'indignation des parents des victimes et d'une partie de la population. Pour rappel, des milliers de personnes ont manifesté dimanche dernier dans les rues de Bruxelles à l'appel de Jean-Denis Lejeune qui souhaite une réforme de la justice. A tort ou à raison ?

Le grand problème en Belgique fait qu'aujourd'hui la justice ne bénéficie plus d'une grande confiance dans l'opinion publique. La justice parait lointaine, lente, lourde et parfois incohérente dans sa politique criminelle. Et je crois que si aujourd'hui la justice a perdu de ces repères c'est parce que les politiques ne lui ont pas donné les moyens d'assumer ses missions essentielles. Et je trouve qu'il est temps que les politiques assument leur responsabilité et ne se défaussent pas toujours sur les magistrats en disant que ceux-ci ne sont pas à la hauteur.

Quand on voit qu'en Norvège l'affaire Breivik a donné lieu à une décision de justice dans l'année qui a suivi les faits et que chez nous on attend plusieurs années que des faits d'une grand gravité, qui ont marqué l'opinion publique, n'arrivent devant la cour d'assises, c'est là qu'il y a un vrai problème.

En savoir plus: le décret inscriptions

La commission Éducation pas réunie avant la rentrée

Alors que 307 enfants se retrouvent à ce jour "sans école", le groupe MR du parlement de la Communauté française a demandé de réunir la commission Éducation avant la rentrée scolaire afin d’entendre la ministre Simonet (cdH) sur les dispositions qu’elle comptait prendre (LLB 24/8).

Cette demande a été refusée par les chefs de file de la majorité PS-cdH-Ecolo. Pour le MR, ce refus de la majorité est "scandaleux, irrespectueux face à la détresse de ces enfants et parents et fait preuve d’un total déni de démocratie".


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