Zoom sur les listes atypiques

Les élections, c'est l'affaire de structures politiques bien organisées et qui déploient les grands moyens. Pourtant, à chaque scrutin, des listes improbables se présentent, aux motivations très diverses, qui vivifient le jeu démocratique.

F.C. et V.R.
Zoom sur les listes atypiques
©Photo News

Les fantaisistes

Ils réfuteront peut-être le terme. Mais il y a des candidatures qui paraissent franchement farfelues. Moins nombreuses qu’en 2006, elles n’existent pas moins en Flandre qu’en Wallonie.

Au nord du pays, et même tout à fait au Nord, puisqu’il s’agit de Bredene, on pointera ainsi la liste VITAL. L’unique candidat, Vital Haghebaert, est un habitué des scrutins. En 1994, déjà, il se présentait, récoltant alors 64 voix. Un record pour lui, puisqu’il n’a plus récolté que 19 voix en 2000 et 44 en 2006. S’il est élu bourgmestre, Vital Haghebaert promet - notamment - de placer un thermomètre tous les 500 mètres sur la plage pour permettre "aux touristes allemands de se rendre compte qu’il fait plus chaud à Bredene qu’à Cologne et ainsi les inciter à revenir". Il y a 6 ans, il proposait d’interdire les conversations de plus de 10 minutes sur les trottoirs, parce que cela provoque du stress. Il semble avoir retiré ce point de son programme

On rangera dans la même catégorie le Parti Atomique qui se présente à Mons et qui se dit "ni de gauche ni de droite, mais pas plus du centre ou des extrêmes". Son programme est pour le moins original. Les 3 candidats de la liste proposent notamment d’ouvrir les rideaux des bordels du quartier de la gare entre 22 et 6 heures pour rendre "la zone plus agréable". Dans le domaine de la sécurité, le Parti Atomique s’engage à offrir "des ceintures de chasteté de toutes les tailles aux citoyennes qui en feront la demande". Et en matière culturelle, il propose d’introduire la parité lors du combat dit Lumeçon, "avec une alternance homme/femme pour jouer saint Georges, et ce, tous les ans, même chose pour le dragon".

Pas moins loufoque, il y a la liste Flash McQueen à Braine-le-Comte. Un seul candidat : Thierry Van Humbeeck. Et pas de programme. La liste ne récoltera peut-être même pas une seule voix, puisque son initiateur votera sans doute pour sa femme qui figure sur l’une des listes sérieuses en lice le 14 octobre. Thierry Van Humbeeck a expliqué à "Sud-Presse" qu’il voulait "juste voir son nom sur le bulletin de vote" et en prendre "une photo comme souvenir".

Les claniques

Une catégorie particulière se distingue dans les listes atypiques de la campagne communale : ce sont celles qui sont constituées des membres d’une même famille.

A Anvers, il y a, par exemple, la liste Mathieu&Guillaume - que l’on aurait pu aussi classer avec les fantaisistes. Mathieu Engels tire la liste. Son frère Guillaume la pousse. Ces deux-là ne sont pas des inconnus en Flandre. Il y a quelques années, ils ont participé à l’émission musicale "The X-Factor". Les deux frères étaient cependant ensuite retombés dans l’anonymat. Voyant la place accordée par les médias au duel Janssens/De Wever, ils se sont dit que "créer un parti politique était la meilleure façon d’attirer l’attention de la presse". Le hic, c’est que la loi les oblige à avoir au moins une femme sur leur liste. C’est pour cela qu’une certaine Amy Van Ostaede figure en deuxième place. Cette dame a été choisie par tirage au sort après avoir participé à un concours de sélection organisé par les deux frères. Les candidats proposent d’installer un duo à la tête de la commune : un bourgmestre de jour et un bourgmestre de nuit, pour être vraiment disponibles jour et nuit.

Deux frères encore, mais en Wallonie cette fois. A Lincent, plus précisément. Mais si Valentin et Antoine Dumont ont monté à deux ce projet politique - qu’ils ont nommé assez justement Lincent l’autre -, seul Valentin figure sur la liste. "Mais cela aurait pu être Antoine", précisent-ils. Cette candidature unique leur permet de contourner l’obligation de la parité des genres sur les listes de plus d’un candidat. Les deux jeunes hommes ne sont pas des farfelus. Ils voulaient proposer une alternative aux deux grandes listes de la commune et un projet rajeuni pour Lincent.

Et puis, comment ne pas relever la liste Nous à Rendeux ? Elle est composée de 5 candidats issus d’une même famille et s’est constituée pour éviter que la liste du bourgmestre actuel de la commune soit la seule en lice.

Les solitaires

Mais qu’est-ce qui les motive ? Dans un certain nombre de communes, des candidats un peu tête brûlée se jettent dans le bain. Pour faire avancer une idée. Parce que le choix entre les listes en présence les laisse sur leur faim. Par bravade. Pour offrir une alternative

Il y en a une quinzaine en tout en Wallonie - mais aucune à Bruxelles qui compte cependant une liste, la liste CJV, composée de deux candidats, à Watermael-Boitsfort, qui se définissent comme le parti de la clarté "ni à droite ni à gauche".

A Beauvechain, Serge Hennebel tirera et poussera la liste BVA, l’acronyme de "Beauvechain Vision d’Avenir". Ancien conseiller communal sur une liste bien en place, cet homme de 44 ans a choisi d’y aller seul cette fois. Même cas de figure pour Jean-Michel Vanderstraeten qui a déjà été élu trois fois au conseil communal de Durbuy, mais s’est chaque fois disputé avec ses partenaires. Il a, dès lors, voulu monter une liste, mais n’a manifestement pas trouvé des partenaires pour l’accompagner. Il emmènera donc tout seul son Alternative indépendante communale.

Autre solitaire à se lancer dans l’aventure : Renaud Carlot, 38 ans. Il concourra le 14 octobre sous la liste CH à Hélécine. Son parti a comme un parfum de campagne, puisque CH, c’est en fait "Coquelicot hélécinois" A "L’Avenir", ce petit-fils d’un ancien bourgmestre de la commune a affirmé que "le coquelicot est le symbole du souvenir en Angleterre" et qu’il en avait fait son symbole à lui, parce que, "à Hélécine, les enfants des écoles ne participent plus aux cérémonies patriotiques", ce qu’il regrette.

On notera que c’est à Jalhay que les kamikazes solitaires sont les plus nombreux. Les habitants de cette petite commune de la province de Liège (8 400 habitants) pourront en effet voter, en plus des 4 listes traditionnelles, pour deux listes à candidature unique : la liste PIC (pour "Purs intérêts communaux") de José Breuwer et la liste Jean Pirnay du mécanicien-sculpteur Jean Pirnay.

Les thématiques

Il y a des listes qui se constituent pour un enjeu très particulier. Les gens qui les animent profitent de la campagne électorale pour faire avancer une idée, une cause.

Parfois, cette cause est très terre à terre. La Lijst Zwembad, à Halle, s’est ainsi constituée avec un seul objectif : faire avancer le projet de construction d’une piscine publique dans la commune. En 2000, une pétition réclamant la réalisation d’une piscine à Halle avait récolté 8 000 signatures. Les habitants en avaient marre de devoir se rendre à Waterloo, Dilbeek, Ninove ou Enghien pour devoir faire des longueurs. Pourtant, cet appel est jusqu’à présent resté lettre morte. La tête de liste, Stefaan Moriau, espère être élu pour faire avancer le projet au conseil communal. S’il parvient à être élu, les autres membres du conseil risquent rapidement de le trouver monomaniaque !

A Anvers, la Lijst Hart n’affiche pas non plus un programme très élaboré. Jan Lippens, qui tire la liste et Karin Dageleer qui la pousse - ils sont deux sur la liste - voulaient manifestement avant tout exprimer leur amour pour leur ville, "la seule grande ville de notre pays". Le seul point un peu concret dans la littérature disponible sur Internet, c’est la volonté de la liste de faire d’Anvers la capitale de la Flandre et d’y transférer toutes les institutions "tout de suite".

A propos de liste monothématique, il y a lieu de relever la présence renouvelée de la liste Eoles à Leuze-en-Hainaut. L’unique candidat de cette liste, Régis Colombier, est un ancien d’Ecolo. En 2006, il s’était déjà présenté à l’électeur leuzois à la même enseigne. Mais à l’époque, cela se justifiait pleinement. Régis Colombier s’était jeté dans le bain électoral pour appuyer la création d’un parc éolien dans la commune. Il n’avait récolté que 99 voix de préférence. Le projet qu’il soutenait a pu se concrétiser sous la législature. On aurait, dès lors, pu croire que Régis Colombier renoncerait à se représenter. Manifestement, il a pris goût aux campagnes, puisque son parti est de nouveau en lice, avec des thèmes un peu revisités, mais toujours liés à l’énergie.

Les structurés

Parti des pensionnés : ni de gauche ni de droite, mais...

Défense des retraités. Le parti des pensionnés, surtout présent en région liégeoise, ne se revendique ni de gauche, ni de droite, ni du centre Seul objectif : être "le rempart qui défend les retraités et les catégories sociales les plus faibles". Cette formation propose, par exemple, d’augmenter la pension minimale à 1500 euros. Le parti des pensionnés se défend d’être raciste, mais il prône tout de même l’expulsion des criminels étrangers. On trouve sur le site web du petit parti un certain antipolitisme : "La plupart des hommes politiques traditionnels abandonnent, en effet, trop souvent leurs responsabilités au profit de leurs intérêts", affirme le parti des pensionnés.

Pirate : pas de flibuste, pas de programme

A bas les brevets ! Le parti Pirate, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas subversif. D’ailleurs, il n’a pas vraiment de programme en général, et encore moins de propositions concrètes pour la gestion de la chose publique à l’échelon local. Mais il se présente dans 14 communes et 26 districts provinciaux. Fondé en Suède en 2006 et présent dans une cinquantaine de pays, Pirate repose en fait sur trois idées de base : (1) la réforme des législations concernant le droit d’auteur; (2)l’abolition des brevets sur les logiciels et les êtres vivants; (3) le renforcement de la protection de la vie privée des citoyens. En Belgique, le mouvement est apparu après les élections de juin 2009.

Égalité : solidarité avec la Palestine

Quartiers populaires. Egalité présente des candidats dans 8 communes bruxelloises (Anderlecht, Bruxelles, Ixelles, Koekelberg, Molenbeek, Saint-Gilles, Saint-Josse et Schaerbeek). La formation affiche clairement son soutien à la Palestine qui fait l’objet "d’une occupation meurtrière par Israël, dont la politique coloniale bafoue toutes les résolutions et conventions du droit international et du droit humanitaire". Mais Egalité défend aussi des thèmes proches des jeunes, des populations d’origine immigrée : l’accès à un logement social, du travail pour les jeunes, la gratuité des transports en commun à Bruxelles, organiser des assises de la jeunesse des quartiers populaires.

Islam : le foulard à l’école secondaire

Une place pour l’islam dans la société. Une liste Islam sera présente dans trois communes bruxelloises : Bruxelles-Ville, Anderlecht et Molenbeek. Le nom de la liste ne laisse évidemment planer aucun doute : ses candidats entendent lutter pour offrir aux musulmans une meilleure reconnaissance de leur religion dans la société. Parmi les propositions, il y a l’autorisation de porter le foulard en secondaire ou l’instauration de jours de congé lors des fêtes islamiques pour les élèves musulmans. Les candidats de la liste Islam prônent aussi la création d’un fonds destiné à soutenir la scolarité des enfants des familles les plus démunies.