"De Wever ? Un signal clair" dixit les éditorialistes du nord du pays

De son côté, la presse européenne souligne que le succès des indépendantistes risque de compliquer singulièrement la tâche du gouvernement Di Rupo, voire de mettre un peu plus en péril l'avenir de la Belgique

"De Wever ? Un signal clair" dixit les éditorialistes du nord du pays
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La nette victoire de la N-VA à Anvers, mais aussi dans le reste de la Flandre, place sur les épaules de Bart De Wever et de son parti une lourde responsabilité.

Cette victoire est aussi un signal clair à l'endroit des trois partis flamands membres de la majorité fédérale, estiment les éditorialistes du nord du pays.

"Les trois partis traditionnels (flamands) qui ont décidé la peur au ventre l'an dernier de s'associer avec Elio Di Rupo n'ont pas encore commencé à rendre cette histoire crédible. De Wever ne s'est même pas adressé à eux (dimanche) et a appelé directement Di Rupo a négocier une Belgique confédérale avec lui", note ainsi Bart Sturtewagen dans le Standaard.

Pour Luc Van der Kelen, du Het Laatste Nieuws, la victoire de De Wever dimanche devrait avoir rapidement des conséquences sur le gouvernement fédéral, notamment pour l'élaboration du budget. A ses yeux, l'Open Vld et le CD&V auront à présent beaucoup de mal à accepter de nouveaux impôts, prédit-il.

Eric Donckier, du Belang van Limburg, pointe lui les résultats plus faibles qu'attendus réalisés par le sp.a dans les centres urbains, ainsi que par l'Open Vld. "Les pertes des trois partis flamands de la majorité ne resteront pas sans conséquences sur le gouvernement fédéral de Di Rupo, entre autres parce que le PS recule -légèrement- en Wallonie", selon lui.

Liesbeth Van Impe (Nieuwsblad) de son côté voit dans cette victoire nombre de défis pour De Wever: il devra assurer l'encadrement nécessaire de ses élus qui n'ont qu'une faible expérience de gestion publique. Il aura aussi beaucoup de mal à gérer son agenda, et il aura à pâtir des relations sensiblement dégradées avec les autres présidents de partis, analyse-t-elle.

Même son de cloche à la Gazet van Antwerpen où Lex Molenaar prédit que Bart De Wever aura beaucoup de peine demain à concilier ses deux boulots: la présidence de son parti et le mayorat d'Anvers.

Le Morgen constate de son côté que la tactique locale-fédérale de Bart De Wever a parfaitement fonctionné. Pour Wouter Verschelden, la création d'un large parti populaire conservateur est à portée de main en Flandre. "Ce qui n'a jamais marché par la fusion de deux entités ou plus fonctionne à présent avec la seule N-VA."

"Après l'héritage de la Volksunie et le doping sanguin du cartel avec le CD&V, la N-VA entre dans une nouvelle phase", écrit Wouter Verschelden pour qui le réservoir gigantesque de voix de droite conservatrice, qui gisait auprès du Vlaams Belang, pourrait bien peser sur la la politique à l'avenir.

La victoire de Bart De Wever au centre des éditoriaux francophones

Et, pour certains d'entre eux, le premier ministre Elio Di Rupo en sort fragilisé. "C'est le tout grand vainqueur du jour, indiscutable, impérial. Bart De Wever a réussi son pari", analyse "Le Soir".

Selon le quotidien, la N-VA a réussi le "doublé parfait" en empochant Anvers et l'ancrage local qui lui manquait.

L'appel lancé dimanche, en début de soirée, à négocier le confédéralisme est pourtant vu comme le "pas de trop", parce qu'il s'agit d'élections communales et non législatives.

"Ces élections n'ont pas fait de Bart De Wever le premier ministre belge ou le formateur d'un gouvernement", note l'éditorialiste qui appelle toutefois les francophones à ne pas se leurrer: "De Wever a gagné la deuxième manche de sa marche vers le confédéralisme et ce séparatisme dont le leader ne dit plus ouvertement le nom". Et aux yeux du "Soir", le premier ministre Elio Di Rupo est fragilisé au sein de son gouvernement.

"Bart De Wever a pris les commandes d'un TGV flamand dont la destination finale n'est autre que la mort de la Belgique", avertissent les journaux du Groupe Sud Presse pour lesquels la Belgique confédérale n'est plus pour 2020 mais pour demain. Et de mettre en garde Elio Di Rupo: "les partis flamands n'oseront plus apparaître comme moins flamands que la N-VA".

"L'Avenir" en appelle aux responsables politiques wallons. La gestion des communes se devra d'être une réponse aux accusations que formule aisément Bart De Wever à l'égard du sud du pays. "A ce titre, la politique menée par Paul Magnette à Charleroi devra notamment être exemplaire et emblématique".

Enfin, nos confrères de "La Dernière heure", si le succès de la N-VA se confirme, la partie n'est pas encore jouée. Il reste deux ans avant les élections de 2014. "La machine à gagner le pouvoir va devoir s'y frotter. La N-VA ne pourra plus se cacher derrière le puissant charisme de son leader".

La victoire N-VA va donner du fil à retordre au gouvernement, juge la presse européenne

"Score monstre", "pari remporté", "sanction pour le gouvernement fédéral", la presse européenne constate lundi matin la victoire de la N-VA aux élections locales en Flandre et souligne que le succès des indépendantistes risque de compliquer singulièrement la tâche du gouvernement Di Rupo, voire de mettre un peu plus en péril l'avenir de la Belgique. +

Le Monde constate que le parti de Bart De Wever "quasi inexistant sur la scène flamande lors des municipales précédentes, en 2006, réussit à s'implanter sur tout le territoire de la Flandre".

Selon le journal français, en affirmant, dimanche soir, que "le gouvernement des impôts" d'Elio Di Rupo n'était plus soutenu par "une majorité de Flamands", M. De Wever "a dévoilé l'autre axe de sa stratégie pour les mois à venir", soit "démontrer que la coalition dirigée par un Wallon coûte cher à la population flamande et menace son bien-être".

"Des propos que les trois partis néerlandophones présents au niveau fédéral vont s'attacher à démentir, ce qui pourrait rendre un peu plus complexe encore l'action de M. Di Rupo, contraint de procéder à une nouvelle opération budgétaire dans les semaines à venir", conclut le journaliste Jean-Pierre Stroobants.

Dans Libération, Jean Quatremer observe que les indépendantistes flamands "ont remporté leur pari: rafler Anvers (...) et s'implanter localement en Flandre".

"Les francophones de Belgique, qui espéraient avoir calmé les revendications flamandes en acceptant, en décembre 2011, une énième réforme de l'Etat donnant une plus grande autonomie aux trois régions du pays, qu'ils estimaient pourtant inacceptable quelques mois auparavant, en sont pour leurs frais", poursuit le journaliste, tout en estimant que "le gouvernement Di Rupo va être extrêmement fragilisé".

"Score monstre" pour De Wever ("Monsterzege De Wever), titre, Outre-Moerdijk, De Telegraaf, pour qui "la Belgique fait un pas de plus vers une scission".

De Volkskrant, qui consacre également un portrait à Bart De Wever, juge quant pour sa part que "le résultat des nationalistes flamands est une sanction pour le gouvernement fédéral belge" et qualifie la prochaine échéance électorale de 2014 de "mère de toutes les élections". "Le grand perdant est le parti d'extrême-droite Vlaams Belang", selon De Volkskrant, qui jette aussi un oeil sur les résultats en Wallonie, "où aucun enjeu national n'était attaché aux élections" et où "les différents résultats varient fortement d'une commune à l'autre".

En Espagne, El Pais, remarque que la victoire de la N-VA Anvers met fin à près de 80 ans de domination socialiste à Anvers, et est d'avis que ce succès "augure une grande instabilité" pour la Belgique. Pour le quotidien catalan La Vanguardia, "il s'agissait d'une élection locale mais sa pertinence à l'échelle nationale ne faisait aucun doute".


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