EDITO: Bart De Wever, Bourgmestre d’Anvers, pas Premier ministre

Dimanche, ce sont bien des élections communales et provinciales qui ont eu lieu. Dans 589 communes, les citoyens ont élu leurs conseillers en fonction d’enjeux locaux, de réalités locales, de bilans et de promesses. Toutefois, le raz-de-marée N-VA a balayé les autres résultats. Trois réflexions.

EDITO: Bart De Wever, Bourgmestre d’Anvers, pas Premier ministre
©Montage LLB

Dimanche, ce sont bien des élections communales et provinciales qui ont eu lieu. Dans 589 communes, les citoyens ont élu leurs conseillers en fonction d’enjeux locaux, de réalités locales, de bilans et de promesses. Toutefois, le raz-de-marée N-VA a balayé les autres résultats. Trois réflexions.

1. Il serait donc injuste, pour tous ceux qui ont été élus, de réduire ce scrutin au résultat de la seule N-VA. C’est pourtant bien l’éclatante victoire de Bart De Wever que l’on retiendra ce dimanche "jaune et noir". Car il pourrait avoir des conséquences sur la suite de notre Histoire à tous : Wallons, Bruxellois et Flamands. Non seulement la domination des nationalistes flamands est importante à Anvers - ville très symbolique - mais l’implantation de la N-VA se confirme dans un grand nombre de localités. Les résultats confirment les sondages et le sentiment dominant en Flandre : la N-VA n’est plus un accident, une distraction ou une coquetterie des électeurs anversois, habitués à plébisciter des personnalités originales. La N-VA est désormais le grand parti populaire que toutes les autres formations politiques ont rêvé d’être. On retiendra un bénéfice collatéral. A Anvers, Bart De Wever a mis fin à la terreur du Belang. On verra ce qui suivra.

La victoire doit être nuancée. Aux élections provinciales, là où les listes sont "chimiquement pures", le résultat de la N-VA est en léger recul par rapport aux élections législatives de 2010. De plus, la victoire électorale ne signifie pas que la N-VA a conquis beaucoup de nouveaux maïorats. Car beaucoup de cartels ont été mis en place contre la N-VA. Enfin, l’on est impatient de voir de quoi Bart De Wever est réellement capable. Dès ce mercredi, il mettra les mains dans le cambouis. Une grande première...

2. Bart De Wever a bénéficié d’une série de circonstances favorables. Sa stratégie tout d’abord. Fuyant ses responsabilités, il y a un an, il a choisi de se reconstruire - mentalement et physiquement - dans l’opposition, critiquant sans cesse les concessions que les autres présidents flamands avaient eu le courage de consentir pour sortir le pays de la crise. Son discours ensuite. Privé du moindre bilan, de la moindre réalisation à son actif, De Wever a réussi à convaincre les électeurs que voter pour la N-VA, ce 14 octobre, c’était le meilleur moyen de s’opposer à la politique "laxiste, socialiste, marxiste" menée rue de la Loi. Les fautes de ses opposants enfin. Aucun autre président flamand n’a pu lui opposer des arguments clairs, cohérents, courageux. Ils l’ont souvent imité, et ainsi crédibilisé.

3. Que faire ? Maintenir le cap. Le gouvernement fédéral doit aller jusqu’au bout et appliquer les réformes qu’il a prévues. Toutes. Tant sur le plan socio-économique qu’institutionnel. Une radicalisation des partis flamands compliquerait la vie du gouvernement, voire la rendrait impossible. La Belgique a besoin de stabilité. Mais le message envoyé par la Flandre est très clair. Et il n’y a pas de raison qu’il soit très différent en juin 2014, lors des élections législatives. Le programme de la N-VA, on le connaît. Il faut donc que les francophones, sans tarder, définissent leur réponse commune. Et qu’ils déterminent, unis, la manière dont ils souhaitent que le pays évolue. Le pays, mais aussi l’espace francophone. L’heure n’est plus aux jeux politiciens, aux postures partisanes. Les partis francophones doivent étudier, sereinement, sérieusement, tous les avenirs possibles. La victoire de Bart De Wever à Anvers ne l’autorise pas à se proclamer informateur du prochain gouvernement fédéral, voire Premier ministre. Non, ce n’est pas aujourd’hui qu’il faut négocier le confédéralisme, comme il le propose. Mais il faut s’y préparer en concevant une riposte forte.


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