Vu de Flandre : « Soyons clair, Reynders ne vient pas à Uccle pour Uccle ! »

A la veille des élections, LaLibre.be vous propose une analyse des enjeux du scrutin « vu de Flandre » avec notre Invité du samedi, l’éditorialiste du Laatste Nieuws Luc Van der Kelen: la percée annoncée de la N-VA, la nervosité du CD&V et de l'Open VLD, l'impact sur le fédéral, le duel anversois et... l'arrivée de Reynders à Bruxelles.

Vu de Flandre : « Soyons clair, Reynders ne vient pas à Uccle pour Uccle ! »
©JC
Dorian de Meeûs

A la veille des élections communales et provinciales, LaLibre.be vous propose une analyse des enjeux du scrutin « vu de Flandre » avec notre Invité du samedi, l’éditorialiste du Laatste Nieuws Luc Van der Kelen: la percée annoncée de la N-VA et ses conséquences pour le CD&V, l'Open VLD et le gouvernement fédéral. Mais aussi, le duel anversois et... l'arrivée de Reynders à Bruxelles.

Quels sont les véritables enjeux de ces élections communales ?

Elles ont évidemment une importance locale, comme chaque fois. Mais c’est aussi l’avant-match de 2014 avec, qui sait, la négociation finale de la Belgique. Personne ne sait ce qui va se passer dans 2 ans ! On ne peut certainement pas oublier l’importance nationale de ces élections.

En Flandre, la N-VA menace - comme jamais - le CD&V.

Le CD&V est le plus grand parti, mais la N-VA veut s’imposer au niveau national et prendre cette place. Les deux se battent pour être le « Volkspartij » en Flandre (Parti du peuple). A côté de cela, une victoire électorale de la N-VA serait un premier pas de Bart De Wever pour devenir le prochain ministre-président flamand. Et pour engager en 2014 une nouvelle réforme de l’Etat vers le confédéralisme ou le séparatisme... Qui sait ?

Justement, les électeurs de Bart De Wever sont-ils conscients de voter pour un parti « séparatiste » ou se focalisent-ils sur le programme socio-économique de la N-VA ?

Oui, je le crois ! La plupart des électeurs en Flandre savent TRES BIEN ce qui peut se passer dans 2 ans. Ceux qui votent pour la N-VA sont tout à fait conscients de cela et ils espèrent parvenir « enfin » à une République flamande. C’est le premier point du programme de ce parti. Regardez Anvers, c’est un vrai duel, une élection présidentielle même ! On ne parle de rien d’autre en Flandre. Rendez-vous compte, on a eu 12 grands débats anversois diffusés au niveau national, sans parler des interviews. Je n’ai jamais vu ça lors d’une élection locale. A Anvers, l’enjeu national dépasse même de très loin l’aspect anversois.

Patrick Janssens disait récemment qu’une large victoire de Bart De Wever serait la fin de la Belgique. Vous partagez cela ?

Une grande victoire de la N-VA avec reprise du pouvoir de ce parti pourrait amener à un nouveau système ou paysage politique. Dans ce cas, c’est certainement possible, oui.

Comment jugez-vous les campagnes électorales de Janssens et De Wever ?

Ce sont deux opposés, le contraire absolu ! De Wever prend tous les votes des insatisfaits, alors que Janssens prend les satisfaits. Patrick Janssens table beaucoup sur le vote des femmes, il est aussi plus doux que Bart De Wever qui revendique une politique dure. L’incertitude provient aussi des allochtones et Belges d’origines marocaine, turque,… Ces gens ne sont jamais repris dans les sondages, car n’ont pas de téléphones répertoriés. C’est une inconnue importante, d’autant que Janssens s’est positionné contre le voile dans les écoles communales et au sein des services communaux à la population. Soutiendront-ils encore Janssens comme en 2006 ? La question est là.

Un duel atypique entre satisfaits et insatisfaits donc?

Oui, Janssens est un homme qui fait des choses et déteste les débats et les duels. Il se présente avec toutes ses réalisations. Pour moi, ce n’est pas joué à Anvers ! Pas du tout ! La victoire de Janssens est possible. Tout comme celle de Bart De Wever. Ce sera très serré ! Très serré.

Les francophones ne comprennent pas forcément que la N-VA puisse faire un carton aux communales, alors que seul Bart De Wever est très connu. A ses côtés et dans les communes, il n’y a pas grand monde…

Mais ils ont d’autres arguments. A commencer par un discours de droite qui passe bien chez les gens, des propositions populaires et un discours contre le PS. C’est un discours qui a commencé il y a longtemps, avec les images de De Wever à côté de sa camionnette pleine de billets à Strépy, symbole des transferts nord-sud en Belgique. L’ennemi est tout trouvé pour eux : « ce sont les Wallons ou francophones qui prennent notre argent ». De Wever est très malin et utilise un langage facile et populiste qui passe bien. A cela, il ajoute des propositions économiques du CD&V et de l’Open VLD. C’est un cocktail d’idées populaires. Le tout, servi par celui qu’aucun autre homme politique n’est capable de battre lors des débats télévisés… En ce domaine, c’est le meilleur de Belgique.

Mais il n’y a pas que ça ?

Non, il y a eu aussi une déception de la part des Flamands vis-à-vis des autres partis, il y a aussi la crise… Puis, il joue sur l’angoisse et la peur par rapport à leur travail ou bien-être. Et reconnaissons que De Wever fait cela de manière remarquable !

Concrètement, si la percée des nationalistes est spectaculaire ce dimanche, vous imaginez des conséquences sur la stabilité du gouvernement fédéral dès la semaine prochaine ?

Non, ça je ne le pense pas. Le fédéral devrait tenir jusqu’en 2014. Il y a de la nervosité pour le moment, mais cela va disparaître après les élections et on va retourner à un agenda normal avec le budget. Peut-être qu’il y aura un changement à la tête des libéraux flamands avant fin janvier, mais cette élection est prévue dans les statuts de l’Open VLD. Ce possible changement dépendra de leurs résultats. Côté CD&V, il y a une très grande nervosité.

Nervosité, car mauvais pressentiment…

Normalement, il y aura un vainqueur, la N-VA, et trois partis qui vont perdre : d’abord le Vlaams Belang qui va perdre plus de la moitié de ses voix, ensuite le CD&V va perdre entre un quart et la moitié des suffrages, enfin l’Open VLD devrait perdre un peu, environ 3%.

Comment le CD&V va-t-il réagir ?

Je ne sais pas prédire ce qui va arriver… Ils se battent entre eux. Que va-t-il se passer entre Vanackere, Peeters et Beke ? Cette semaine au Parlement flamand, on a pu voir que les relations étaient compliquées entre Vanackere et Peeters.

Vous dites que l’Open VLD devrait perdre des voix… j’en déduis, comme beaucoup de médias flamands, que la présidence d’Alexander De Croo est une catastrophe.

Je ne sais pas, ce n’est pas joué. S’il fait le même score qu’en 2010, il ne perdra pas grand chose. On verra aux résultats si les électeurs ont partagé cette analyse. Si l’Open VLD parvient à maintenir 90% de ses positions en Flandre occidentale, dans ce cas, ce n’est pas nécessairement fini pour De Croo. Pensons à Gand, Alost, Malines,… si la forteresse tient le coup, Alexander De Croo n’est pas perdu d’avance. Il faut aussi que les libéraux parviennent à se mettre d’accord sur un nouveau candidat. Il n’est pas toujours facile de battre un président sortant…

Quel regard portez-vous sur les enjeux communaux à Bruxelles, sa périphérie et en Wallonie ?

Pas de grandes surprises. Ce sont des enjeux habituels en Wallonie et en périphérie, avec toujours les mêmes discussions communautaires à Rhode ou ailleurs, car il n’y a pas de réelle pacification. Pour moi, le plus important, c’est Bruxelles… et la venue à Uccle de Didier Reynders.

Reynders à Uccle, grand enjeu selon les Flamands ?

Oui, si Anvers a un impact sur 2014… la venue de Reynders aussi ! Faut être clair, Reynders ne vient pas à Uccle pour Uccle ! Dans deux ans, il va essayer de faire de son parti le premier de Bruxelles, au détriment du PS, et devenir le ministre-président de la région. Il pourrait ainsi y avoir une alliance Bruxelles-Flandre contre les socialistes wallons et Di Rupo. En Wallonie, Reynders et le MR ne sont pas parvenus à prendre le pouvoir à Liège… Mais là, il y aura une deuxième occasion à Bruxelles. Une nouvelle alliance de droite avec le FDF, présidé par un Clerfayt ou Gosuin, n’est pas impensable pour prendre le pouvoir à Bruxelles. Je rappelle que c’est Charles Michel qui a laissé partir le FDF et mis fin au cartel, pas Didier Reynders. C’est là aussi un enjeu national, car Reynders a conservé ses bonnes relations avec le FDF. Il n’a pas abdiqué (rires)… pas du tout !

 

Entretien: Dorian de Meeûs

 

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