Molenbeek: "Trahison? Je n'ai pas de leçons à recevoir du PS"

Ce mardi, LaLibre.be a contacté Sarah Turine et Ahmed El Khannous, respectivement têtes de liste Ecolo et cdH à Molenbeek, qui se sont tous deux engagés dans un accord avec le MR et qui ont donc précipité la chute de Philippe Moureaux du mayorat.

Molenbeek: "Trahison? Je n'ai pas de leçons à recevoir du PS"
©Montage lalibre.be
Bosco d'Otreppe et Jonas Legge

Ce mardi matin, LaLibre.be a contacté Sarah Turine et Ahmed El Khannous, respectivement tête de liste Ecolo et cdH à Molenbeek, qui se sont tous deux engagés cette nuit dans un accord avec le MR de Françoise Schepmans et qui ont donc précipité la chute de Philippe Moureaux (PS) du mayorat.

Turine : "Eviter absolument une nouvelle alliance PS-MR"

Sarah Turine s'est félicitée de l'accord signé avec le cdH et le MR. "Ce nouvel accord a pris du temps car nous avions privilégié une autre alliance qui, vu le contexte politique bruxellois, n'a plus été possible. Nous avons cependant souhaité prendre nos responsabilités pour que les choses puissent avancer à Molenbeek, et que l'on évite une énième alliance PS-MR synonyme d'immobilisme. Dans ce cadre, Madame Schepmans nous a permis de venir avec nos priorités en matière de gouvernance, et elle nous a assuré que nous pouvions avancer largement sur les grands défis qui concernent la commune. On sera donc dans une majorité qui sera très équilibrée et dans laquelle nous pourrons réellement peser."

Pour Ecolo gouverner avec le MR serait donc plus facile que gouverner avec Philippe Moureaux? "Au début nous comptions entamer des négociations dans le cadre d'un Olivier. Mais très vite un des trois partis nécessaires à l'élaboration de celui-ci s'est retiré des discussions. Il est vrai que même si nous n'avons pas eu le temps d'en parler, en matière de bonne gouvernance nous avions quelques inquiétudes sur notre capacité à pouvoir convaincre certains de nos partenaires de l'Olivier. Ce matin, avec ce que nous avons réussi à négocier nous pourrons porter largement les priorités d'Ecolo."

Quant à une possible trahison de sa part vis-à-vis du PS, Sarah Turine s'en défend vigoureusement. "Je comprends la colère et la déception de Monsieur Moureaux qui est quelqu'un pour lequel j'ai beaucoup de respect. Pourtant, j'étais prête à travailler avec lui, mais un troisième partenaire a refusé que nous entamions des négociations en vue d'un Olivier. C'est trop facile de parler de traitrise de sa part. Quand c'est Ecolo qui fait un pas vers l'extérieur le PS crie à la trahison, alors que dans bien des cas, le PS qui pouvait travailler avec Ecolo a décidé de travailler avec le MR. En matière de trahison, je n'ai pas de leçons à recevoir de la part du PS."

El Khannous: "Notamment à cause d'incidents dans certains bureaux de vote"

Ce parti qui a quitté l'Olivier en cours de discussions, c'est le cdH d'Ahmed El Khannous. Mais pourquoi ? "Le contour de la discussion et son contenu ont été présentés à la section locale du cdH et à nos élus. Il s'avère qu'il y a eu une levée de boucliers, des réticences", nous a-t-il expliqué.

Les raisons qui ont poussé à ce refus sont multiples. "Les élus ont refusé l'accord car on voulait un renouveau pour Molenbeek. Mais aussi à cause d'incidents durant la campagne et ce qui s'est passé dans certains bureaux de vote. De plus, nous avions des échos que des tractations avaient lieu entre d'autres formations politiques. Sur cette base-là, nous avons répondu à l'appel des autres formations politiques.

Philippe Moureaux paie-t-il l'accord de Bruxelles-ville ? "Absolument pas", selon la tête de liste cdH. "Lorsque la décision à Bruxelles est tombée, nous étions déjà occupés à discuter avec différents partenaires. Seules les mauvaises langues utilisent ça comme argument. A titre personnel, ça ne m'a pas laissé indifférent et je trouve ça indigne. Les gens qui donnent des leçons de morale aujourd'hui devraient balayer devant leur porte et voir comment ils se comportent dans d'autres communes."

Standing ovation du MR pour Françoise Schepmans

Le conseil du Mouvement réformateur élargi aux (nouveaux) bourgmestres MR a réservé ce mardi matin une standing ovation à la future bourgmestre de Molenbeek Françoise Schepmans. "Il n'y a pas de fatalité, c'est un combat de plus de trente ans qui aboutit pour apporter le changement dans la commune", a commenté Mme Schepmans.

"Molenbeek a fait beaucoup parler d'elle. Nous sommes là pour la bonne gouvernance et le respect entre tous les citoyens de la commune", a-t-elle ajouté, confessant que la journée de lundi et la nuit fut très longue. Le bourgmestre MR d'Uccle, Armand De Decker, a participé à ces négociations, a-t-il indiqué à Belga. Il n'a toutefois pas voulu confirmer que cette participation augurait d'une ouverture au cdH dans sa commune, où il dispose d'une majorité absolue.

Charles Michel, de son côté, a insisté sur les progrès de son parti en Région bruxelloise, où le MR passe de 5 à 6 bourgmestres, et en Wallonie où 80 bourgmestres MR sont d'ores et déjà confirmés, ainsi que 54 majorités absolues.

"Relever les défis, notamment sociaux"

Dans un communiqué, les nouveaux partenaires MR/Open Vld, le cdh/CD&V et Ecolo/Groen disent vouloir "un projet ambitieux de transition pour Molenbeek". "Pour l'avenir de la commune et des Molenbeekois, ils souhaitent mettre en place une politique de bonne gouvernance, dans le respect de la diversité. Ils souhaitent relever les défis, notamment sociaux, de l'ensemble des habitants des différents quartiers, et en pleine collaboration avec les travailleurs communaux et para-communaux", dit le communiqué des nouveaux partenaires.

Le PS local annonce un travail d'opposition et de résistance immédiat

A Molenbeek, le PS va entamer un travail d'opposition et de résistance immédiat, a annoncé la députée socialiste bruxelloise Olivia P'Tito, secrétaire politique de la section PS de Molenbeek. Interrogée par Belga, Olivia P'Tito a fait part de son "écoeurement total" après ce "non-respect de la parole signée", faisant allusion à l'engagement initial d'Ecolo et du cdH de s'orienter vers une coalition de type Olivier qui pouvait compter sur une majorité de 26 sièges sur 45 dans la commune.

Vervoort doute des capacités de F. Schepmans

"Les défis énormes de la commune de Molenbeek et de ses habitants nécessitent d'avoir à sa tête quelqu'un qui a le niveau. Françoise Schepmans ne m'a pas démontré cette capacité", a affirmé le Président de la fédération bruxelloise du Parti Socialiste Rudy Vervoort.

"Ceux qui la portent doivent mesurer cela. Il y a avait trois partis face au MR. Deux partenaires s'en vont avec lui dans une alliance contre-nature. Pour le MR, c'est bien joué sur le jeu politique", a-t-il ajouté, s'en prenant au cdH, qui donne l'image d'être "le parti d'une femme qui perd ses nerfs", allusion à sa chef de file bruxelloise Joëlle Milquet.

Pour Rudy Vervoort, les Verts ont quant à eux fait l'étalage des limites de leur discours sur la bonne gouvernance, à Molenbeek comme à Watermael-Boitsfort. Le PS ne s'est pas ouvert aux Verts à Ixelles et à Anderlecht, a-t-il concédé, mais il n'en a guère fait de secret durant la campagne, exprimant son souhait d'y poursuivre le projet entamé avec le Mouvement Réformateur. Rudy Vervoort a enfin reconnu que le PS avait peut-être eu la faiblesse de ne pas suffisamment mesurer le fait que personne n'est irremplaçable.

Destexhe: "Moureaux incarnait tous ce que nous combattons"

Sur Facebook, le député communal et élu MR d'Ixelles Alain Destexhe n'a pas caché sa joie suite à l'éviction de Philippe Moureaux :

"L'éviction de Philippe Moureaux marque peut-être le début du renouveau bruxellois vu son pouvoir politique et son influence médiatique. Moureaux incarnait tous ce que nous combattons dans la vie publique : le clientélisme et la politique des subsides, l'encouragement de l'assistanat, la dérive communautariste, le népotisme et l'autoritarisme. Son bilan, c'est une commune qui incarne à l'extrême toutes les problématiques bruxelloises, un chômage à 31%, un chômage des jeunes proche des 50%, certains quartiers "ghettos" sans mixité culturelle et sociale. Des quartiers où l'intégration n'a pas fonctionné. Je n'ai qu'un regret : j'aurais aimé débattre en face à face avec lui, ce qui a toujours refusé..."

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