La domination du PS menacée

Le PS demeure un poids lourd en Région bruxelloise. Les résultats des élections communales l’ont démontré. Pour autant, les socialistes doivent encaisser un choc : la perte du maïorat de Molenbeek au profit d’une alliance MR-Ecolo-CDH propulsant la libérale Françoise Schepmans à la tête de la commune.

La domination du PS menacée
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Mathieu Colleyn

Le PS demeure un poids lourd en Région bruxelloise. Les résultats des élections communales l’ont démontré. Pour autant, les socialistes doivent encaisser un choc : la perte du maïorat de Molenbeek au profit d’une alliance MR-Ecolo-CDH propulsant la libérale Françoise Schepmans à la tête de la commune. Cet accord surprise est intervenu dans la nuit de lundi à mardi, suite à un spectaculaire retournement de situation. Dimanche soir en effet, des négociations se sont engagées en vue de la constitution d’un Olivier (PS-Ecolo-CDH). C’était avant que les quatre échevins humanistes de la Ville de Bruxelles soient mis dehors par le PS au profit du MR. Le désormais ex-bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux, figure du PS depuis 30 ans, a annoncé son retrait de la vie politique locale (il devrait conserver son mandat de sénateur).

Quelque chose a donc changé sur l’échiquier politique de la capitale. L’éviction de Joëlle Milquet fut un détonateur, l’expulsion de Philippe Moureaux un signal. Ce scrutin communal aura rebattu les cartes politiques à quelques mois des élections régionales et législatives. Passons les partis en revue.

"Le CDH est un partenaire qui se fait respecter", commente un humaniste. Malgré un recul électoral incontestable, le CDH sortira vainqueur de ces élections communales à Bruxelles. S’il est exclu de la majorité à la Ville de Bruxelles, il monte au pouvoir à Schaerbeek, à Uccle (aux dépens du PS), à Woluwe-St-Lambert et à Watermael-Boitsfort. A ce stade, il devrait participer à 11 majorités contre 9 avant le 14 octobre alors que sa montée à Ixelles se négociait encore mardi. Sans oublier un troisième maïorat remporté par Benoît Cerexhe à Woluwe-St-Pierre. Au passage, il aura permis à Ecolo de prendre le maïorat de Watermael-Boitsfort, de maintenir Bernard Clerfayt (FDF) à Schaerbeek et surtout au MR de déboulonner Philippe Moureaux à Molenbeek-St-Jean. Il s’agit-là d’une excellente opération politique pour les libéraux. Leur président Charles Michel ne s’en cache d’ailleurs pas en estimant que la prise de Molenbeek constitue une "étape vers le leadership du MR à Bruxelles". En résumé, le CDH aura parfaitement joué son rôle de pivot durant cette période d’après scrutin. Dans son propre intérêt. Et, selon certains échos internes, le parti a retrouvé un peu de fierté après des années d’alliance parfois étouffante avec le PS.

Le MR n’aura lui non plus pas été maladroit au lendemain des élections. On constate qu’il ravit au PS le maïorat de Molenbeek tout en entrant dans la majorité à Bruxelles-Ville, tenue par les socialistes. Et s’il perd les maïorats d’Anderlecht et de Woluwe-St-Pierre, il empoche celui de Ganshoren. A cela s’ajoute un demi-mandat de bourgmestre à Ixelles, en coalition avec le PS là aussi. Le MR conforte ses positions à Uccle, à Koekelberg et se maintient à Etterbeek. Cela, pour rappel, sans le FDF. Ces résultats sont plutôt de bon augure dans la perspective des élections régionales de 2014. A cet égard, Didier Reynders, désormais ancré à Uccle, entretient le doute sur ses intentions. Candidat naturel pour les élections législatives (qui se dérouleront en même temps) le vice-Premier ministre pourrait aussi bien opter pour le niveau régional dont les compétences seront considérablement renforcées par la sixième réforme de l’Etat. En attendant, les communales auront, on l’a vu, permis au MR de soigner ses relations avec les autres partis (Ecolo et CDH surtout). Pourquoi pas pour envoyer le PS dans l’opposition à la Région dans un peu plus d’un an et demi ?

Car pour l’heure, le PS vit des moments difficiles. Pour la seconde fois, Laurette Onkelinx n’est pas parvenue à s’imposer à Schaerbeek, et voici que Philippe Moureaux est barré à Molenbeek. S’il récupère les commandes d’Anderlecht, le PS perd aussi le maïorat de Ganshoren. En outre, ces communales auront montré que la Fédération bruxelloise du PS dirigée par Rudi Vervoort a parfois du mal à contenir ses troupes. Rien n’a pu empêcher la sortie de Joëlle Milquet de la Ville de Bruxelles, victime à la fois d’une alliance laïque et de ses comportements en campagne. Ce choix exclusif des socialistes de Bruxelles-Ville s’avère stratégiquement dangereux. En outre, hier encore, Rudi Vervoort devait régler une dispute personnelle entre Jean Demannez et le secrétaire d’Etat Emir Kir au sujet du maïorat de St-Josse. "On se parle", assurait pourtant Rudi Vervoort en présence des 18 autres têtes de liste PS de la capitale trois jours avant le scrutin.

Ensuite, au PS, il va falloir gérer la succession de Charles Picqué en tant que leader régional bruxellois. Cela fait des mois qu’on en parle et l’on peine toujours à lui trouver ne fût-ce qu’un successeur potentiel. Ajoutez à cela un essoufflement manifeste de la coalition de type Olivier en charge depuis bientôt 10 ans à la Région bruxelloise et vous obtenez un cocktail plutôt indigeste pour un électorat en quête de changement.

Chez Ecolo aussi, le rapport au PS semble moins amical. Interrogée par lalibre.be dans la foulée de son accord à Molenbeek, l’ex-coprésidente Sarah Turine regrettait d’ailleurs que les socialistes aient souvent préféré s’entendre avec le MR que d’imaginer des collaborations avec Ecolo. Ce fut vrai à la Ville de Bruxelles où les verts ont pourtant gagné trois sièges dimanche, mais aussi à Ixelles, où Ecolo est le deuxième parti après le MR.

Et à côté de ces quatre partis, Bruxelles doit aussi compter avec le FDF qui se maintient malgré la perte du maïorat de Watermael-Boitsfort. Le jeu politique est on ne peut plus ouvert dans la capitale.


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