Charleroi : majorité tripartite sous surveillance du PS

Le MR et le CDH ont obtenu ce qu’ils voulaient : deux échevins chacun. Mais l’utilité de ceux-ci sera réévaluée par le PS d’ici trois ans maximum…

Charleroi : majorité tripartite sous surveillance du PS
©Christophe Bortels
Belga et rédaction en ligne

Lendemains d’élections difficiles pour la nouvelle majorité à Charleroi : son accouchement aura été laborieux, en raison des résultats des uns et des exigences des autres, parmi ceux qui pouvaient la composer. Le blocage est surtout venu du CDH, qui a maintenu, obstinément, sa volonté de ne prendre part au gouvernement de la ville qu’à condition d’y disposer de deux échevins.

Paul Magnette, avec ses trente sièges PS, aurait pu gouverner seul mais il avait annoncé qu’il n’en ferait rien : l’expérience des dernières majorités absolues l’incitait à la prudence et à la répartition des charges. Les six années à venir, riches en projets, s’annoncent aussi pauvres en moyens. Alliance, donc, mais avec qui ? Le MR, revenu à son étiage de 2006, alignait neuf élus, avec une perte de cinq sièges qui l’autorisait cependant encore à prétendre à deux postes d’échevins, estimait Olivier Chastel.

Du côté du CDH, on avançait le même raisonnement, en se basant cette fois sur la stabilité des résultats acquis : six sièges en 2006, autant en 2012, cela témoignait, soulignait Véronique Salvi, d’une solidité bonne à prendre. Des critères à faire admettre à des militants socialistes galvanisés par la victoire remportée dimanche, qui les ramenait aux temps les plus exaltants du PS à la mode Van Cau des années quatre-vingts. Difficile, dans ces conditions, de faire passer un partage des responsabilités, qui n’aurait laissé au PS que cinq postes d’échevins en plus de la présidence du CPAS.

Or, Véronique Salvi n’en a pas démordu : ce serait deux échevins ou rien, et une opposition qu’elle prédisait rude. A quoi s’est ajoutée la position personnelle de Véronique Salvi, aujourd’hui députée wallonne. Benoît Lutgen a réclamé de ses élus, à ce niveau de responsabilité, qu’ils ne cumulent pas les fonctions. Cela rencontrait la volonté de la chef de file carolo de s’investir à fond au niveau communal, expliquait-elle hier.

Mais démissionner, c’était laisser la place au premier suppléant à la Région wallonne qui n’est autre qu’Antoine Tanzilli, actuel échevin de Charleroi, deuxième de la liste communale. Le CDH aurait donc à se choisir un autre élu comme deuxième échevin. Qui ? Pas nécessairement Mohamed Fekrioui, troisième score de la liste. Parce que ce critère n’est pas prépondérant, dit-on au CDH, où on veut privilégier le choix d’un élu plus "technique", en fonction du contenu de l’échevinat qui serait offert au CDH.

Telle était la situation au moment où Paul Magnette devait hier soir, en congrès à huis clos, présenter à ses troupes la manière la plus acceptable de partager le gâteau que leur a apporté leur majorité de dimanche dernier. Le congrès a duré deux heures, non sans éclats de voix, avant de se clôturer par un accord : oui, le MR et le CDH auront chacun deux échevins. Outre Véronique Salvi, on évoque au CDH le nom d’Eric Goffart, énarque et ancien du cabinet Viseur. Au MR, il s’agirait d’Ornella Cencig et Cyprien Devilers, les deux échevins sortants.

Au PS, où Eric Massin deviendrait président du CPAS, on cite les noms de Françoise Daspremont, Philippe Van Cauwenberghe, Anthony Dufrane, Serdar Kilic et Serge Beghin.

L’accord sur la tripartite n’a pas été acquis sans mal, avec une condition avancée par Jean-Claude Van Cauwenberghe : l’examen permanent de la réelle utilité de la présence des partenaires du PS. On a beaucoup évoqué la nécessité de disposer de relais à tous les niveaux de pouvoir, il faudra la prouver. Premier examen, dans trois ans maximum, sous peine de motion de méfiance et de retour à une majorité absolue PS. Bref, une mise sur surveillance, d’emblée.

La réaction d'Ecolo

Ecolo n'aurait été que le troisième choix du PS carolo, a affirmé mercredi soir Luc Parmentier, le chef de file écologiste après la décision des socialistes carolos de reconduire la tripartite PS-MR-CDH qui a dirigé la Ville pendant les six dernières années.

"Lundi, Paul Magnette, le futur bourgmestre m'avait averti qu'il négocierait d'abord avec le MR et le cdH", a affirmé Luc Parmentier. Selon lui, le MR était prêt à tout pour monter dans la majorité communale et le cdH a fait des concessions.

Ecolo espère que la tripartite réalisera au cours des six prochaines années du meilleur travail que sous l'ancienne mandature, a affirmé Luc Parmentier. Selon lui, la nouvelle majorité dispose d'un leader naturel en la personne de Paul Magnette. Sa personnalité devrait permettre de limiter les tiraillements, a ajouté Luc Parmentier.

Depuis 2006, Ecolo avait pris l'habitude de désigner la tripartite carolo sous l'appellation de majorité XXL. "Nous trouverons d'ici peu une nouvelle façon de la désigner", a affirmé Luc Parmentier.

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