Doulkeridis : "Notre job, ce n’est pas de sauver le PS"

Christos Doulkeridis (Ecolo) croise le fer avec Philippe Moureaux. Il s’étonne des critiques du PS qui a scellé 5 accords avec le MR à Bruxelles.

Doulkeridis : "Notre job, ce n’est pas de sauver le PS"
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Vincent Rocour

Entretien

Le secrétaire d’Etat bruxellois au Logement Christos Doulkeridis (Ecolo) a été durement attaqué par Philippe Moureaux. Christos Doulkeridis, qui a coordonné les négociations bruxelloises de l’après élections communes, réplique point par point à l’ex-homme fort de Molenbeek.

Ecolo a-t-il torpillé le projet d’instaurer un Olivier (PS-CDH-Ecolo) à Molenbeek ?

J’ai tout fait pour que ce qui avait été prévu au départ, à savoir une coalition Olivier, soit rendu possible à Molenbeek. Mais je n’ai pas eu beaucoup de réactions du PS quand il fallait débloquer la situation. Je l’ai déjà connu plus créatif. A un moment, les écologistes de Molenbeek ont décidé qu’ils devaient prendre leurs responsabilités. Je n’allais pas les retenir dès l’instant où nous n’avions plus de réponse côté socialiste.

Philippe Moureaux vous accuse d’avoir temporisé pour l’endormir…

J’ai temporisé pour essayer de trouver une solution à l’Olivier. Mais à un moment, après avoir attendu en vain une réaction du PS, nous nous sommes dit que nous n’attendrons pas la constitution d’une cinquième majorité PS-MR en Région bruxelloise. Les insultes et le mépris, c’est une chose. Mais il est quand même incroyable d’utiliser de grands mots, comme la démocratie ou l’éthique qui n’ont pourtant rien à voir avec ce qui s’est passé à Molenbeek, pour nous reprocher d’avoir pris nos responsabilités. La démocratie en Belgique, c’est la mise sur pied d’une coalition. Des négociations sont dès lors nécessaires pour déboucher sur un programme, sur un projet. Evidement, il y en a qui sont d’un côté et d’autres qui sont dans l’opposition. Dans ma commune, à Ixelles, nous sommes dans l’opposition malgré le fait qu’Ecolo a progressé. Pourtant, je ne hurle pas sur la décision du PS d’avoir privilégié un accord avec le MR d’Alain Destexhe et d’Yves de Jonghe d’Ardoye. Ce qu’ils ont fait est tout à fait démocratique. Un Olivier était pourtant possible à Ixelles.

Sarah Turine n’a donc pas été déloyale comme le dénonçait Philippe Moureaux ?

En quoi aurait-elle été déloyale ? M.Moureaux est venu avec une proposition sur la table. Ce n’était pas une proposition acceptable comme telle. Mais nous étions prêts à discuter. A un moment, le CDH a quitté la table. Avec Sarah Turine, nous avons passé un tas de coups de fil pour débloquer la situation. Mais quand le CDH a annoncé que pour lui, ce sera de toute façon sans le PS et que ce même PS ne répondait plus à nos appels, on devait faire quoi ? Notre job, ce n’était pas de sauver le PS. Notre job, c’est de faire avancer notre projet.

Vous dites que c’est le CDH qui a quitté la table. Pourtant, c’est vous que le PS charge le plus lourdement. Cela vous étonne ?

Le PS tape sur Ecolo parce que c’est le parti qui le concurrence à gauche. C’est dingue. Il nous accuse de ne pas avoir soutenu la gauche. Mais cela ne le gêne pas de faire une majorité avec le MR à Bruxelles-Ville, à Anderlecht, à Ixelles, à Saint-Gilles, alors qu’il avait largement la possibilité de le faire avec Ecolo et le CDH.

Après ce qui s’est passé, peut-on encore envisager une reconduction d’un Olivier au niveau régional en 2014 ?

Moi, je n’ai aucun problème avec l’Olivier. On ne peut pas me reprocher de ne pas le défendre. Je l’ai construit en 1999, puis à nouveau en 2004, et je l’ai encore défendu en 2012. Mais je ne vais pas défendre l’Olivier contre la stratégie même du PS et du CDH. Ce n’est pas mon job. Moi, ce qui m’importe le plus, c’est la position d’Ecolo en 2014.

Est-ce que cela préfigure l’instauration d’une Jamaïquaine (MR-CDH-Ecolo) à Bruxelles ?

Mais pas du tout. Armand De Decker se présente comme un grand stratège par rapport à ce truc-là. Il avance qu’il y a eu un dialogue entre le MR et le CDH. Heureusement qu’il n’a pas dit qu’il y avait eu un contact avec nous. Si ces partis veulent avoir une stratégie, libres à eux. Moi, je garde de très bons contacts avec Rudi Vervoort, avec Charles Picqué.

A Molenbeek, à Watermael, c’est la deuxième liste qui a empoché le maïorat avec le concours d’Ecolo. Ecolo a-t-il perdu le sens de l’éthique ?

Existe-t-il un article de la Constitution, une loi, une ordonnance stipulant que la liste la plus forte doit être dans la majorité communale ? Il y aurait quelque chose qui m’aurait échappé. Pendant des décennies, il en allait comme cela. Maintenant que cela bénéficie à Ecolo, on doit s’offusquer. Est-ce qu’on s’offusque du fait que ce n’est pas Willem Draps qui a été désigné bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre ? L’éthique et la démocratie n’ont rien à voir avec tout cela. Si on veut que la première liste soit d’office dans la majorité, alors il faut changer la loi. Mais arrêtons d’utiliser de grands mots pour défendre une position strictement personnelle, parce qu’on a perdu sa propre place. Je voudrais qu’on me cite quelle règle éthique ou démocratique nous avons transgressé en faisant ce qu’on a fait.

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