Milquet: "Une attitude grossière et indigne du PS"

Joëlle Milquet était restée muette depuis l'éviction du cdH à Bruxelles-ville. Ce samedi, elle a accordé une interview à LaLibre.be, dans laquelle elle évoque le "très grand malaise au sein du PS", la docilité du MR et rejette toute implication personnelle dans la chute de Philippe Moureaux à Molenbeek.

Milquet: "Une attitude grossière et indigne du PS"
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Jonas Legge

Joëlle Milquet était restée muette depuis l'exclusion du cdH, dimanche soir, de la majorité avec le PS à Bruxelles-ville. Ce samedi, elle est sortie de son silence en accordant une interview à la presse. LaLibre.be a immédiatement contacté la vice-Première ministre.

Benoit Lutgen a affirmé qu'un accord existait pour reconduire la majorité sortante PS-cdH à Bruxelles-ville. Cet engagement n'a donc pas été respecté. Vous sentez-vous trahie?

Il y avait des engagements clairs, signés, reconfirmés la veille et qui n'ont pas été respectés. Il doit y avoir un minimum de dignité envers les personnes et les partenaires. Mais aussi dans la manière de faire les choses. On ne fixe pas un rendez-vous la veille, en vous le confirmant, en vous laissant venir, en vous expliquant que les personnes vont arriver, et en organisant finalement une éjection par téléphone. C'est une sorte de brutalité humaine qui n'est pas dans mes pratiques. Ça a été une attitude grossière et indigne.

Quelles sont les raisons de votre éviction? Le PS a évoqué la faiblesse de certains échevins cdH, vos absences, vos récentes déclarations sur l'organisation d'horaires de fréquentation séparés pour les hommes et les femmes dans les piscines et, finalement, votre piètre bilan en termes d'emplois...

Tout ce qui a été évoqué est absolument faux. Si cela avait été vrai, il n'y aurait eu aucune raison de s'engager dans la reconduction d'une majorité.

Pourquoi alors le PS s'est-il engagé avec le MR?

Je suppose qu'on préfère choisir un partenaire très affaibli, qui est resté dans son score historique le plus bas, avec une tête de liste affectée par l'existence d'une information judiciaire, et qui est tellement docile qu'il a déjà donné un échevinat de plus au PS. Je pense qu'il y a un très grand malaise au sein du PS. J'ai reçu de nombreux messages d'excuse et de soutien de socialistes qui ne comprennent pas ce qui s'est passé.

Vous en voulez au Parti socialiste?

Je ne vais pas sombrer dans des querelles de bac à sable et entrer dans des conflits de bas étage. Je n'enverrai pas de SMS vengeurs. Depuis dimanche, je me suis tue. J'ai analysé la situation sur les plans politique, personnel et humain. Ma considération pour certaines personnes est définitivement établie. Je déteste les coups bas. Monsieur Mayeur s'est employé à les porter de façon indigne, au point qu'il a choqué plusieurs membres de son parti.

C'est lui qui a poussé le cdH vers la sortie?

Je laisse au PS et aux journalistes le soin de débriefer ce qui est, pour moi, un comportement humain inacceptable et une erreur politique.

Une erreur politique?

Je ne suis pas certaine que c'est en écartant quelqu'un de populaire, en le mettant dans l'opposition, qu'on l'affaiblit. Cette équipe s'est affaiblie profondément elle-même. Je n'aurais jamais pensé qu'ils étaient capables de cela. D'autant que j'avais noué des liens d'amitié avec certains.

D'après vous, un homme aurait-il connu le même sort?

Le machisme est très présent dans la politique locale. Mais je ne suis pas du style à me laisser faire et j'ai assez d'expérience. Mais Laurette aussi connait cela.

La décision du cdH de Molenbeek de tourner le dos au PS de Philippe Moureaux était-elle la conséquence de votre rejet de Bruxelles-ville?

J'ai été impliquée dans ces soubresauts malgré moi. Mais je ne voulais pas qu'il y ait de contagion de ces attitudes impropres à d'autres communes. J'ai demandé à tout le monde de garder son sang froid. Et j'ai bien dit à Ahmed El Khannouss (NdlR: tête de liste cdH à Molenbeek) qu'il continue les discussions dans lesquelles il était engagé. Ce choix est donc purement local et implique plusieurs raisons. Mais la manière dont on a manqué de respect à mon égard a sans doute joué...

Quelle influence votre exclusion aura-t-elle sur les autres niveaux de pouvoir, tant régional que fédéral?

C'est une polémique locale qui ne doit pas perturber la gestion de l'Etat. Je me suis trop battue pour que cet Etat ait un avenir pour permettre que ces petits jeux médiocres de troisième division viennent ternir les grandes tâches de division 1, notamment au niveau du budget. Je ne tiens pas à ce que cela déstabilise le gouvernement ou que cela fragilise le Premier ministre.

Vous confirmez donc que la coalition à l'échelon communal ne préfigure en rien de prochaines ententes en vue des élections régionales de 2014?

Cela n'a pas lieu d'être. C'est une turpitude locale qui ne change rien à mes liens avec chaque partenaire. Il n'y a aucun élément de vengeance. Mais je veux que le cdH et moi-même soyons respectés.

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