"De Wever reprend les méthodes de Di Rupo"

Casse pipe ou alléchant défi? La formation d'une coalition à Anvers ne s'annonce pas de tout repos pour le président de la N-VA. Pourrait-il y laisser sa peau? LaLibre.be a fait le point avec le politologue de l'Université d'Anvers Dave Sinardet.

"De Wever reprend les méthodes de Di Rupo"
©Photo News
Bosco d'Otreppe

Grand maître d'Anvers après avoir renversé le socialiste Patrick Janssens le 14 octobre lors des élections communales, Bart De Wever (N-VA) doit maintenant s'atteler à la formation d'une majorité. Pris entre la région, les districts qui structurent la ville, les désidératas de la gauche et les exigences de ses électeurs, le politicien ne peut surtout pas passer pour un incapable. Le défi est donc important et encore loin d'être gagné. Nous avons fait le point avec Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l'Université d'Anvers.

Où en est De Wever dans la formation d'une coalition pour la ville d'Anvers ?

Il prépare pour l'instant une note de formation, sur la base de laquelle il va entreprendre des négociations avec les différents partis. Ce qui est surprenant, c'est qu'en rédigeant une telle note et qu'en prenant son temps, il reprend un peu la méthode que Di Rupo avait utilisée en 2010 dans le cadre des négociation fédérales.

Peut-on néanmoins avancer des pronostics quant à l'issue de ces négociations ?

C'est très difficile. De Wever doit prendre en compte de nombreux paramètres. En sachant que la Stadslijst, formée du CD&V et du sp.a ne veut pas monter dans une majorité sans Groen, deux grandes options s'offrent à la N-VA. Une coalition avec les socialistes et les verts qui aurait comme gros inconvénient pour Bart De Wever de faire pencher la majorité à gauche, et une majorité avec le VLD et Groen. Mais les verts accepteraient-ils de rentrer dans un collège marqué à droite ? Rappelons que l'opposition avec les socialistes et le PTB-PVDA (qui a obtenu quatre sièges!) serait alors très dure.

Peut-on s'attendre à d'autres solutions ?

Des spéculations très fortes se distinguent autour d'une possible rupture sp.a-CD&V, qui permettrait à l'un des deux de monter dans la majorité. À court terme cela semble improbable, mais si aucune solution ne se dessine, on peut imaginer qu'à long terme, la pression aidant, les partis changeraient de position. Aucun des deux ne voudrait passer aux yeux de l'opinion publique comme étant celui qui bloque les négociations.

Un blocage politique pourrait-il nuire à l'image de De Wever ? À sa crédibilité ?

Il est clair qu'en cas de blocage on entrerait dans une guerre de communication politique, dans une guerre de perception pour rejeter la faute sur les autres.

Ce sont donc plus des difficultés politiques et arithmétiques qui bloquent actuellement Bart De Wever. On ne distingue pas de réelle volonté de la part de ses ennemis pour lui mettre des bâtons dans les roues?

Quand Janssens affirme qu'il ne veut pas entrer dans une majorité sans les verts, on peut se poser des questions. Il faut savoir que ceux-ci en matière de mobilité ont des exigences très fortes qui pourraient mettre De Wever en porte-à-faux avec le gouvernement flamand dont son parti est membre. Soulignons enfin qu'il y a aussi la question des districts qui forment la ville. Les districts du centre ont majoritairement voté pour les socialistes, et à Borgerhout se forme une coalition de gauche. Il sera intéressant de voir comment De Wever pourra cohabiter avec ce dernier, lui qui a d'ailleurs promis de renforcer les compétences des districts.

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