De Wever s’enlise à Anvers

Bart De Wever au four et au moulin. Alors que le monde politique anversois attendait sa note de formation promise avant la fin de la semaine, le président de la N-VA a effectué une visite éclair dans une soirée gay de la métropole flamande.

Vincent Rocour
De Wever s’enlise à Anvers

Bart De Wever au four et au moulin. Alors que le monde politique anversois attendait sa note de formation promise avant la fin de la semaine, le président de la N-VA a effectué une visite éclair dans une soirée gay de la métropole flamande. Mercredi, à minuit tapant, il a fait irruption derrière les platines de la discothèque Red&Blue et a lancé le morceau "Happiness" qu’il avait brutalement fait couper le soir des élections pour pouvoir tenir son discours de victoire - à ce point brutalement que la scène, filmée en direct, aura créé le buzz et écorné l’image jusque-là bonhomme du leader nationaliste. De toute évidence, Bart De Wever cherchait à corriger l’impression négative qu’il a laissée ce soir-là.

Cela dit, la partie qu’il joue à l’Hôtel de ville est autrement plus importante. Et nettement plus périlleuse. Cela fait maintenant plus de 15 jours que le leader de la N-VA s’essaye à former une nouvelle majorité à Anvers et qu’on n’en voit toujours pas clairement les contours. Le temps joue contre lui. Presque toutes les communes belges connaissent désormais, au moins dans les grandes lignes, leur programme de majorité pour les six années à venir. Mais à Anvers, c’est toujours la bouteille à encre. On ne peut même pas être certain que l’homme le plus populaire de Flandre finira par réussir sa délicate mission.

Une chose est sûre : la N-VA a exclu de gouverner Anvers avec le PVDA (extrême gauche) et le Vlaams Belang (extrême droite). Ces deux partis n’ont pas été invités au deuxième tour des consultations qu’il a déjà organisées. Ce qui paraît logique. Mais pas sans conséquence. Car en écartant d’emblée PVDA et Belang, Bart De Wever lie son sort avec les partis traditionnels. Or ces derniers ne vont pas lui faire des fleurs après les coups qu’ils ont échangés durant la campagne électorale. Le président de la N-VA a joué la carte du "seul contre tous". Il va devoir payer le prix de la réconciliation.

La logique voudrait que la N-VA cherche à former une coalition avec la Stadlijst de son rival SP.A Patrick Janssens. A deux, ils rafleraient une majorité mammouth. Mais Patrick Janssens n’entend pas aller au pouvoir à Anvers sans Groen. Le bourgmestre d’Anvers sortant estime que les vainqueurs des élections - la N-VA, mais aussi Groen - doivent faire partie de la future coalition. En déclarant cela, Patrick Janssens a pris un peu tout le monde de court, y compris Groen à qui il n’a pas demandé l’avis. Mais c’est surtout Bart De Wever qu’il embarrasse. Car les verts viennent avec des exigences lourdes : l’abandon du tracé BAM (le projet de fermeture du ring) et la levée de l’interdiction du foulard pour les fonctionnaires communaux en contact avec le public. Pour la N-VA, ce sont là deux morceaux bien durs à avaler. Le tracé BAM est l’option retenue par le gouvernement flamand dont elle fait partie. La N-VA avait par ailleurs jugé trop flexible le compromis sur le port du foulard dans l’administration anversoise lorsqu’il avait été adopté par la majorité sortante. On la voit mal accepter de le rendre plus souple encore. Et c’est pour la même raison qu’une coalition entre la N-VA, Groen et l’Open VLD, qui permettrait de contourner la Stadlijst, paraît peu envisageable.

L’alternative pour Bart De Wever serait de constituer une majorité avec l’Open VLD et le CD&V. A eux trois, ils auraient 30 sièges sur 55. C’est juste, mais jouable. Le hic, c’est que pour concrétiser ce scénario, il doit convaincre le CD&V de laisser tomber le SP.A. Et cela, ce n’est pas gagné. Ce week end dans le "Morgen", le chef de file des sociaux-chrétiens à Anvers, Marc Van Peel a affirmé qu’il avait connu "la période la plus joyeuse de sa carrière professionnelle" depuis que Patrick Janssens est bourgmestre d’Anvers. Pour séparer ces deux-là, Bart De Wever devra mettre le prix.

Tout le monde attend désormais la note de formation du leader nationaliste. Et beaucoup la redoutent. "Nous craignons, estime un proche de la négociation, qu’il glisse dans sa note des points qu’il sait inacceptables pour chacun des partis. Il espérerait ainsi refaire le coup qu’il avait joué lorsqu’il était informateur et qu’il avait rédigé une note que les francophones ont rejetée en bloc. Il a ainsi pu mettre son échec sur le dos des autres."

Sauf que cette fois, Bart de Wever ne pourra plus compter sur l’effet de surprise. Et s’il échoue à nouveau, c’est sa capacité à nouer des compromis qui sera mise en doute.


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