Bart De Wever veut un Roi protocolaire. Punt...

Une double page dans le "Standaard", des apparitions multiples en radio et à la télévision : Bart De Wever est partout à la fois pour critiquer la prise de position royale.

Bart De Wever veut un Roi protocolaire. Punt...
©BELGA
Christian Laporte

Mercredi, il ne se sentait pas visé par la référence royale au populisme des années trente mais vingt-quatre heures plus tard, Bart De Wever était sur bien des fronts dès l’aube blême puisqu’il a publié un long papier d’opinion dans le "Standaard", a participé à une rétrospective sur le plateau de la "Kruitfabriek" sur Vier et a, enfin, propagé son avis sur le discours royal à la fois sur "Eén" et sur les chaînes privées nordistes.

Son fil rouge - si on ose dire ? Le Roi par son allusion aux partis qui optent volontiers pour des boucs émissaires mais surtout par le lien qu’il a fait avec les années trente a volontairement quitté sa neutralité et divise aujourd’hui les Belges - lisez : ceux qui sont pour et ceux qui sont contre la N-VA

Une raison suffisante aux yeux du président de la N-VA pour précipiter le passage d’une monarchie encore politique vers une monarchie strictement protocolaire en attendant de la supprimer purement et simplement comme le prônent les statuts de son parti.

On n’en est pas encore là : De Wever aurait bien voulu connaître l’avis des autres partis flamands mais il a essuyé des refus polis à la SP.A, à l’Open VLD et même au CD&V le plus critique à l’égard du passage royal contesté. Sur Facebook, Steven Vanackere a écrit que le Roi n’aurait pas dû recourir à une exagération mais a aussi envoyé un Scud à Bart De Wever en affirmant que "si on n’est pas visé, il n’y a pas de raison de réagir"

C’est donc seul et contre tous que Bart De Wever plaide pour que la formation du gouvernement soit désormais confiée au Parlement et plus au Roi. "Le Souverain doit être au-dessus de la mêlée politique afin de pouvoir représenter l’ensemble de la nation. Mais Albert II ne remplit pas correctement ce rôle. Il a choisi la voie d’une royauté qui divise. Son message de Noël en constitue un triste sommet" , a précisé M. De Wever.

Et comme on pouvait s’y attendre, l’historien Bart De Wever se devait de renvoyer aussi aux années de guerre pour souligner qu’à l’époque déjà un souverain "a pris des libertés avec sa neutralité. Léopold III a voulu poser des choix politiques et ceux-ci ont mené le pays au bord de la guerre civile. Léopold III a finalement été contraint à l’abdication et le maintien de la royauté en Belgique est dû à un soutien massif de la région flamande".

Si le raisonnement tient la route, Bart De Wever pèche toutefois par omission : s’il est exact que les Flamands ont souhaité son maintien sur le trône, c’est aussi parce qu’on a appris au lendemain de la guerre que Léopold III entendait rencontrer les légitimes revendications du Mouvement flamand. Mais de cela, il ne pipa mot, ni du fait que les prisonniers de guerre flamands purent regagner plus vite la Belgique que leurs homologues francophones après la malencontreuse rencontre du Roi avec Hitler à Berchtesgaden

Mais bon, l’objectif n’était pas de donner une vision historique complète mais plutôt de taper sur le clou antimonarchique. Non sans verser non plus dans un certain populisme lorsqu’il évoque les bateaux du Roi "financés par le citoyen-contribuable" - NdlR : ce sont des biens personnels - ou "l’utilisation gratuite d’avions de l’armée vers ses nombreuses destinations de vacances" (NdlR : notamment pour assurer la continuité de l’Etat et parce que pour des raisons de sécurité, les avions de ligne lui sont déconseillés). Par-delà ses commentaires, on retiendra que pour Bart De Wever "une royauté politique est incompatible avec la démocratie" . Il s’en est aussi pris avec quelque virulence au Premier ministre, Elio Di Rupo, qui a contresigné le discours et lui a accordé la couverture gouvernementale.

Concrètement, Bart De Wever veut que le Roi ne joue plus aucun rôle dans la formation du gouvernement après les prochaines élections législatives qui serait confiée au Parlement. Le président de la N-VA estime que c’est possible sans modifier la Constitution. Ainsi le rôle du Roi ici n’est évoqué que dans les Articles 96 et 104 qui ne parlent que de la nomination des ministres et des secrétaires d’Etat. Il suffirait dès lors à la première réunion de la Chambre issue des élections de 2014 de modifier le règlement de l’assemblée sans majorité spéciale.

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