Pour le CD&V et l'Open Vld, Di Rupo doit se concentrer sur la gestion du pays

Le président du CD&V estime que la sortie du Premier ministre Elio Di Rupo à propos de la N-VA n'était "stratégiquement pas maligne". Même son de cloche pour la présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten.

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Pour le CD&V et l'Open Vld, Di Rupo doit se concentrer sur la gestion du pays
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Le président du CD&V, Wouter Beke, estime que la sortie du Premier ministre Elio Di Rupo à propos de la N-VA n'était "stratégiquement pas maligne". "Un Premier ministre doit surtout et avant tout défendre la politique de son gouvernement", explique-t-il lundi dans Gazet van Antwerpen, Het Belang van Limburg et De Standaard.

Elio Di Rupo a déclaré dimanche, dans une interview à De Zondag, que la N-VA est un parti "très dangereux". "J'ai compris que le PS considère rapidement les gens comme dangereux", avait relativisé dimanche le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V).

Mais son président de parti, lui, se montre plus sévère. "J'attends d'un Premier ministre qu'il défende surtout et avant tout le travail de son gouvernement et qu'il s'abstienne de lancer des attaques contre les autres", insiste M. Beke.

Selon Het Nieuwsblad, il est fort probable qu'une réunion soit organisée dans les prochains jours entre les partis des partenaires flamands de la coalition et le Premier ministre Elio Di Rupo pour revenir sur les propos de ce dernier.

Rutten estime que Di Rupo devrait se concentrer sur la gestion du pays, et pas la N-VA

Tout comme le président du CD&V Wouter Beke, la présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten estime qu'Elio Di Rupo devrait se concentrer sur la gestion du pays plutôt que sur la N-VA, après ses déclarations du week-end où il avait qualifié la formation nationaliste flamande de "parti très dangereux". "Ce que les gens attendent, tout comme moi-même, d'un Premier ministre et d'un gouvernement, c'est d'engranger des résultats, et pas de pointer un doigt moralisateur", a déclaré lundi la présidente des libéraux flamands sur les ondes de la VRT-radio. "Tout le monde sait qu'il y a un problème avec le financement des PME, avec notre économie", a ajouté Mme Rutten. "C'est à mon sens la première tâche en ce début d'année". "Tout le monde a droit à avoir une opinion, même si celle-ci est erronée, et cela vaut aussi bien pour la N-VA qui entend ainsi gagner en Flandre que le PS qui souhaite faire la même chose en Belgique francophone. Mais cela ne nous avance pas d'un pas", a encore jugé la présidente de l'Open Vld.

Interrogée pour savoir si son parti allait demander à Elio Di Rupo d'arrêter les attaques contre la N-VA, Mme Rutten a assuré que son vice-Premier Alexander De Croo "allait faire le nécessaire".

Vincent de Coorebyter: "Le Premier n'est pas comptable de l'opposition mais doit ménager sa coalition"

Dans le fédéralisme belge, le Premier ministre n'est pas comptable d'une diplomatie prenant en compte les intérêts de son opposition, mais il doit aussi veiller à ne pas mettre ses partenaires de coalition en difficulté, a fait observer lundi le politologue Vincent de Coorebyter, interrogé par Belga. Le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) a suscité une série de réactions critiques de la part de certains de ses partenaires de coalition fédérale (CD&V, Open Vld et MR se sont exprimés) pour avoir qualifié dimanche la N-VA de parti politique "très dangereux".

Pour Vincent de Coorebyter, directeur du CRISP (Centre de recherche et d'information socio-politiques), le chef du gouvernement fédéral ne peut prendre de position interprétable comme le reflet des intérêts d'une Communauté au détriment d'une autre. C'est le sens du calcul de la parité linguistique au conseil des ministres, pour lequel le Premier ministre n'est pas pris en compte.

"Pour autant, il n'est pas un chef d'Etat, mais le chef d'une coalition déterminée, qui a une opposition. Il n'est pas comptable d'une diplomatie prenant en compte les intérêts de cette opposition ; il est libre d'avoir un jugement sur un parti d'opposition qui par ailleurs ne le ménage pas", fait observer l'analyste, rappelant que la N-VA a été associée un an aux négociations pour la formation d'un gouvernement, avant de choisir de "sortir du jeu".

Le Premier ministre doit toutefois veiller à ne pas mettre ses partenaires de coalition en difficulté, ajoute-t-il. Ceux-ci - même l'Open Vld, pourtant opposé à la N-VA au gouvernement flamand (CD&V/N-VA/sp.a) - peuvent craindre une dynamique positive pour la N-VA si l'on braque trop les projecteurs sur elle ou si on l'attaque trop frontalement, lui permettant de se présenter en martyr d'une coalition pro-francophone. "Entre partis francophones et même au sein de ceux-ci, on ne voit pas de stratégie de communication claire vis-à-vis de la N-VA ; ce pourrait être utile", commente Vincent de Coorebyter, qui dresse un parallèle à cet égard avec les discussions intra-francophones sur l'accueil des compétences transférées dans le cadre de la 6e réforme de l'Etat, objet cet après-midi de débats en Commission Wallonie-Bruxelles.


Ce mardi, chattez avec notre journaliste politique Francis Van de Woestyne dès 12h.

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