Décret Marcourt : le clash entre le PS et le CDH

La polémique autour du décret Marcourt concernant l'enseignement supérieur tourne au vaudeville. Avec le duo PS-cdH en tête d'affiche.

Décret Marcourt : le clash entre le PS et le CDH
©Christophe Bortels
Alice Dive

Il y a des jours comme cela où la vie politique prend particulièrement des allures de pièce de théâtre. Comédiens, acteurs, joueurs, trompeurs, manipulateurs aussi, nos représentants politiques manient apparemment "aisément" les ficelles de cet art. Comment dès lors faire la part des choses entre une information juste, vraie et réelle et ce qu’il est d’usage d’appeler "de l’intox".

Les échos qui nous parviennent du Conseil des ministres restreint (kern) du gouvernement de la Communauté française - il se tenait ce jeudi matin à Bruxelles - confirment assez bien cette tendance. Particulièrement lorsqu’il s’agit de dossiers jugés "chauds", voire carrément explosifs.

C’est ainsi qu’était notamment abordé ce jeudi le dossier on ne peut plus sensible relatif à la réorganisation du paysage de l’enseignement supérieur par le ministre compétent, Jean-Claude Marcourt (PS).

Pour rappel, ce projet de réforme prévoit notamment la mise en place d’une Académie de recherche et d’enseignement supérieur (Ares), soit une structure faîtière unique qui chapeauterait cinq pôles académiques d’enseignement supérieur respectivement centrés sur cinq universités francophones que sont l’UCL, l’ULB, l’ULg, l’UMons et l’Université de Namur, et autour desquels graviteraient les hautes écoles, écoles supérieures des arts et établissements de promotion sociale. Dans un second volet, le texte prévoit également une série de dispositions relatives à l’organisation des études et au statut de l’étudiant.

Depuis quelques semaines, ce projet de réforme suscite de vives réactions. Notamment du côté des recteurs d’universités - cinq en l’occurrence - via une lettre ouverte rédigée contre leur homologue louvaniste, Bruno Delvaux. S’estimant lésées dans la négociation, l’Université catholique de Louvain (UCL) ainsi qu’une demi-douzaine de hautes écoles de l’enseignement libre s’opposent en effet fermement au projet ministériel.

C’était d’ailleurs tout l’objet de la "discussion musclée", affirment certains, de "l’engueulade", lâchent d’autres qui a éclaté ce jeudi entre le démocrate-humaniste André Antoine et son collègue socialiste Jean-Claude Marcourt.

Alors que la réunion du jour avait plutôt bien commencé entre les partenaires de l’Olivier (PS-CDH-Ecolo) - un accord a été trouvé sur les missions et le mode de fonctionnement de l’Ares ainsi que sur les dispositions relatives à l’organisation des études et au statut de l’étudiant - le ton s’est ensuite rapidement élevé au moment d’aborder la question du nombre de pôles, et plus particulièrement celle de l’insécabilité du Brabant wallon et de Bruxelles réclamée par l’UCL... et par le CDH.

" Le CDH refuse que les pôles soient en charge de l’offre d’enseignement. Pour le ministre Antoine, cela doit relever de la compétence de l’Ares", rapporte-t-on dans les rangs de l’Olivier. Et d’ajouter : " André Antoine estime qu’une telle volonté de séparer Bruxelles du Brabant wallon est un mauvais signal dans le contexte institutionnel actuel. Il a également déclaré regretter la vision sous-régionaliste du ministre Marcourt et la volonté de ce dernier d’affaiblir le débat communautaire en voulant séparer Bruxelles de la Wallonie."

A quoi le ministre socialiste a rétorqué que " le Brabant wallon, ce n’est pas la Wallonie" . Et de rappeler que "la création de l’Ares restait le cœur de référence de sa réforme". Le ministre Antoine aurait alors déclaré que "cela relevait du symbolique". "Symbolique ? Symbole de l’UCL, oui ! Quoi d’autre ?" "Antoine pinaille sur des détails !", lance-t-on encore du côté des partenaires de l’Olivier.

Et d’autres de "jeter de l’huile sur le feu" en parlant de "relents de guerre scolaire". "De la pure intox", selon certains qui affirment "qu’il ne s’agit pas ici d’un débat idéologique, mais bien d’un combat basé sur des parts de marché".

A défaut d’un accord sur les pôles, le ministre-Président et ses vice-présidents se sont quittés en fin de matinée... pour se retrouver jeudi prochain. Rideau.

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