La N-VA prône le modèle anversois pour Bruxelles

Entretien avec Lieven De Rouck, le président de la section bruxelloise de la N-VA. Il lève un coin du voile sur les projets du parti nationaliste flamand pour la capitale.

Mathieu Colleyn et Vincent Rocour
La N-VA prône le modèle anversois pour Bruxelles

Lieven De Rouck est méconnu des francophones. Le président de la section bruxelloise de la N-VA lève un coin du voile sur les projets du parti nationaliste flamand pour la capitale.

Côté francophone, on spécule beaucoup sur la capacité de blocage des institutions bruxelloises par la N-VA en 2014. Quel regard posez-vous sur ce débat ?

En soi, c’est flatteur. On voit qu’à Bruxelles, la N-VA a gagné des voix aux dernières élections. Mais pourquoi la N-VA bloquerait a priori les institutions ? Nous faisons des compromis au gouvernement flamand. Evidemment si on veut un accord il faut écouter les exigences des partis en présence. Mais on ne va pas demander des choses impossibles à Bruxelles.

Quelles sont-elles vos demandes ?

Entre autres, la fusion des communes. Plus de transparence et plus d’attention pour l’économie et le marché du travail, notamment sur le contrôle des demandeurs d’emploi. Il faut moins de laxisme.

Fusion des communes, ça veut dire plus qu’une seule commune à Bruxelles ?

Au niveau francophone j’ai l’impression que si on en parle on va arriver à huit ou dix communes. Moi quand j’en parle, c’est pour une seule commune. Pas une commune parallèle à la Région. Je veux une ville-Région avec des districts, comme à Anvers. Avec ce système, c’est le niveau central qui dirige les districts. Pas comme maintenant avec des communes qui disent oui ou non Ce qui donne lieu à des blocages.

Est-ce une façon d’étendre le pouvoir des néerlandophones à Bruxelles, puisqu’ils sont mieux représentés au niveau régional que dans les communes ?

Ce n’est pas la raison. C’est dommage que cet argument soit toujours utilisé pour ne pas le faire. S’il n’y a pas de réflexe communautaire, on peut y arriver.

Reconnaissez-vous la Région bruxelloise comme une région à part entière ?

C’est Laurette Onkelinx qui a dit qu’il faut du respect pour Bruxelles et donc la reconnaître comme région à part entière. Mais pour moi, le respect pour Bruxelles et les Bruxellois, c’est d’assurer une bonne gouvernance et non pas se focaliser sur les institutions. Début 2014, nous organiserons notre congrès sur le confédéralisme. On va discuter beaucoup de Bruxelles. Nous préciserons alors les grandes lignes de notre vision.

Donc la N-VA ne souhaite garder qu’une grande structure pour Bruxelles. Mais faut-il que cette ville-Région soit cogérée par les deux grandes Communautés ?

La question va être de savoir qui on met dans cette structure. Je ne vais pas encore le dire. On en parlera lors de notre congrès. La N-VA n’a cependant pas souvent parlé de cogestion. Nous parlons d’une Région pour les deux Communautés. Les deux Communautés doivent être présentes ici. Pas comme ce que j’entends en ce moment, à savoir que tout va à la Région et que la Communauté flamande n’a rien à faire ici. Comme l’a dit Maingain mais aussi Magnette et Demotte, ou encore Elke Van Den Brandt de Groen.

Quelle est la place de la Région bruxelloise dans ce schéma ? Doit-on réduire son pouvoir au profit des Communautés ?

Je n’ai pas encore dit cela. Un peu de patience. Je pouvais répondre à cette question il y a deux ans mais depuis, il y a eu cette réforme de l’Etat qui a renforcé le pouvoir des régions.

A ce propos, les allocations familiales seront confiées à la Cocom, une institution régionale. Qu’en pensez-vous ?

J’aurais aimé qu’elles soient gérées par les deux communautés

… Ce qui aurait ouvert des droits différents pour les enfants selon leur appartenance linguistique. Cette sorte d’apartheid ne vous dérange pas ?

Si pour vous, ce serait l’"apartheid", je dois vous dire qu’il y déjà l’"apartheid" - nous avons par exemple des écoles des deux Communautés sur le même territoire à Bruxelles qui fonctionnent selon des règles différentes. Ce n’est pas l’"apartheid", mais nous avons tout simplement une constellation fédérale avec des systèmes différents.

Bart De Wever a dit qu’il ne laisserait pas Bruxelles aux francophones. Vous avez l’impression que les francophones veulent s’approprier Bruxelles ?

Un peu, oui (rires). On parle de Communautés. Mais le tout à la Région où les néerlandophones seraient minoritaires, cela devient difficile à accepter. Les politiques francophones sont surtout régionalistes. On a l’impression qu’on veut supprimer les communautés à Bruxelles et puis ensuite construire une nation Wallonie-Bruxelles selon les termes de Paul Magnette. Rien en ce qui concerne les liens avec les six millions de Flamands.

Pensez-vous que francophones et néerlandophones peuvent vraiment s’entendre sur Bruxelles, les visions sont tellement différentes ?

C’est une bonne question. Avec un peu plus de respect et d’empathie sans doute. Mais j’ai l’impression que pour les politiques francophones, il est très difficile de comprendre ce que c’est d’être une minorité linguistique.

Les néerlandophones de Bruxelles sont-ils mal à l’aise dans leur ville ?

Disons que les problèmes sont les mêmes pour les néerlandophones et les francophones à Bruxelles. Mais les néerlandophones ont une difficulté supplémentaire : il n’est pas toujours facile d’être compris en néerlandais lorsque l’on s’adresse à la commune ou à la police. Et au niveau communal, les initiatives néerlandophones, dans la plupart des cas, on s’en désintéresse.

Pourtant chaque commune, à l’exception de Woluwe-Saint-Pierre dispose d’un échevin flamand.

Les communes reçoivent de l’argent pour cela. Mais quelle compétence attribue-t-on à ces échevins ? On peut aussi se demander pourquoi il faut un échevin flamand pour défendre les intérêts et les initiatives des Flamands à Bruxelles. Est-ce que les échevins francophones ne peuvent pas faire cela ?

Comment jugez-vous que la façon dont la presse francophone parle de la N-VA ?

Il y a beaucoup de chose qui m’énerve dans la presse francophone. Mais aussi dans la presse néerlandophone. Je suis un vrai N-VA (rires). Plus sérieusement, on sort parfois des déclarations de leur contexte. Cela conduit à des caricatures. Et puis, il y a des sous-entendus qui nous font passer pour un parti d’extrême droite. Cela me dérange.

On perçoit parfois à l’égard des francophones de l’hostilité de votre part ?

Je ne vois pas cela.

Bart De Wever a comparé les Wallons à des junkies…

C’était une métaphore. Il ne parlait pas des gens ou des chômeurs. La similarité avec les junkies, c’était l’addiction. L’addiction de la Région wallonne vis-à-vis des transferts financiers. Nous ne sommes pas circonspects par rapport aux gens. Mais par rapport aux institutions et aux partis francophones.

Peut-on comprendre à la N-VA que cette métaphore a été mal perçue ?

Ce n’était peut-être pas la métaphore la plus intelligente qui ait été prononcée.

Quand la N-VA refuse de reconnaître Bruxelles comme une Région à part entière ou parle de cogestion de la capitale, les francophones le prennent pour une provocation…

Je le répète : on ne parle pas de cogestion de Bruxelles pour l’instant. On verra lors de notre congrès. D’autre part, je reconnais la Région bilingue de Bruxelles-Capitale. Ma question, c’est : "Est-ce que les Communautés ont encore un rôle à jouer ici ?" Si on répond oui à cette question, alors on peut déjà dire que Bruxelles n’est pas une Région comme les autres.

On ne peut quand même pas dire que les francophones sont incapables de faire un geste à l’égard des Flamands. Ils viennent de conclure une sixième réforme de l’Etat…

Oui. Mais l’histoire de la Belgique nous apprend que les francophones ne font un geste que quand il n’y a pas d’autres choix. Ce geste n’aurait pas été posé si la N-VA n’était pas devenue si forte.

La N-VA s’est déclarée confédéraliste. Pouvez-vous définir ce que c’est le confédéralisme ? En droit public, une confédération, c’est une fédération d’Etats indépendants…

Notre idée, c’est le confédéralisme à la belge. C’est un fédéralisme très fort où les Régions décident elles-mêmes de ce qu’on met en commun.

N’est-ce pas, dans votre esprit, une étape avant l’indépendance ?

Je vais être comme les francophones : attendons de voir.

Mais le parti est toujours indépendantiste ?

Après les élections de 2014, on veut réaliser le confédéralisme.

La N-VA pourrait-elle changer et abandonner son rêve d’indépendance ?

Tout peut changer. Dans le parti, il y a des séparatistes, des confédéralistes et même des fédéralistes. L’idée de base, c’est qu’il faut plus d’autonomie pour les Communautés et les Régions. C’est cette idée qui est importante. Pas les mots qu’on utilise pour l’exprimer.

Vous personnellement, vous êtes indépendantiste ? Vous souhaitez une Flandre indépendante avec Bruxelles comme capitale ?

Avant j’étais indépendantiste. Maintenant, je me suis un peu modéré. Un bon modèle confédéraliste me conviendrait. Mais il doit être bon, avec une Région bruxelloise mieux gérée et les droits des néerlandophones plus respectés.

Si les droits des néerlandophones étaient mieux respectés à Bruxelles vous accepteriez de confier plus de pouvoir à la Région ?

Oui. Mais je n’y crois pas.