Rudy Demotte: "Kris Peeters a de l'empathie pour nous"

Y a-t-il un avenir pour la sidérurgie à Liège ou les travailleurs d’ArcelorMittal sont-ils bercés d'illusions? Quel sera le principal enjeu des élections de 2014? Quelle attitude adopter face à la stratégie de communication de De Wever? Un préaccord PS-MR est-il déjà conclu? Le ministre-président wallon Rudy Demotte est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

Jonas Legge
Rudy Demotte: "Kris Peeters a de l'empathie pour nous"
©Montage Chelle (lalibre.be)

Y a-t-il un avenir pour la sidérurgie à Liège ou les travailleurs d’ArcelorMittal sont-ils bercés d'illusions ? Quel sera le principal enjeu des élections de 2014 ? Quelle attitude adopter face à la N-VA et à la stratégie de communication de Bart De Wever ? Un préaccord PS-MR est-il déjà conclu ? Rudy Demotte, ministre-président de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

Une manifestation assez violente des salariés d'ArcelorMittal s'est tenue mercredi à Strasbourg. Ces travailleurs sont en plein désarroi et ne croient plus à une issue favorable. Quelle est l'issue que vous prônez ?

ArcelorMittal a une relation brutale aux interlocuteurs sociaux et il a mangé sa parole au moins deux fois. Le gouvernement est donc prêt au rapport de force. Cependant, des obstacles existent, et notamment la législation pour se réapproprier des outils abandonnés et laissés en friche par un industriel. Mais, en Wallonie, nous ne sommes pas indignes au point de ne pas mériter le respect des industriels. Donc nous n'acceptons pas que des friches subsistent juste au cas où, et ce au détriment de l'activité économique et pour échapper aux contraintes financières ainsi qu'à la dette environnementale.

Vu que les caisses de la Région wallonne sont vides, peut-on se diriger vers un "portage", sorte de nationalisation en attendant une reprise ?

Le "portage" n'est pas exclu. Mais il faut analyser s'il n'entre pas en confrontation avec le droit européen de la concurrence. Quant aux finances, en cas de "portage", c'est une action provisoire. Donc on prendrait en main une partie des outils dans l'attente qu'un repreneur se manifeste. On ne "porte" que ce qui peut, à un moment donné, intéresser un repreneur. Une stratégie est en construction mais on n'a pas de piste privilégiée.

N'est-ce pas bercer les travailleurs d'illusions, à un million d'euros la consultance, que de désigner experts et banque sur des pistes très aléatoires de reprise ?

L'alternative serait, elle, l'abandon. Mais nous sommes toujours dans le temps où nous devons trouver la voie à adopter et les différentes branches de l'alternative. On peut poursuivre l'activité ou s'orienter vers la reprise.

Vu la conjoncture actuelle et la saturation du marché de l'acier, une reprise semble improbable...

Ce n'est pas exact. Si on regarde l'acier aujourd'hui, à l'échelon mondial, le marché est au même niveau qu'avant la crise. Par contre, l'Europe et surtout l'Europe du nord ont diminué leur production et ont donc perdu des parts de marché. Dès lors, il faut se demander pourquoi, et notamment au niveau européen.

Les messages de la Région wallonne à l'égard de Mittal ne sont-ils pas contradictoires ? A la fois, on le traite de tous les noms mais on lui lance un appel solennel à s'engager.

Je n'ai jamais tenu de double discours. J'ai une fois utilisé le terme, que j'assume pleinement, de "margoulin", qui qualifie celui qui spécule à une échelle médiocre. Et ce n'est pas de Mittal que je parle en tant qu'individu, mais je m'attaque à une stratégie, notamment de non-respect de la parole donnée.

Que répondez-vous à tous les observateurs reprochant leur lenteur aux gouvernements Olivier que vous présidez ?

Parfois certains critiquent un point qui n'est pas passé en Conseil des ministres, alors que 90 autres ont été abordés. Il faut regarder la route dans toute sa diversité. Mais j'admets que la configuration triangulaire est difficile, surtout en période de disette où on ne peut faire plaisir à tout le monde. Dès que vous êtes à trois partis, un accord avec un des partenaires en laisse forcément un autre sur le côté.

La Wallonie est encore régulièrement pointée du doigt pour ses difficultés économiques et financières. En avez-vous marre que l'image d'une région à la traine lui colle à la peau ?

Oui, d'autant que ce n'est pas vrai. J'en discutais avec Kris Peeters ce mercredi. Vu la grave situation en Flandre actuellement, il a de l'empathie pour nos difficultés en Wallonie. Mais il ne faut pas relâcher l'effort car ce qui nous attend est encore dur. La Wallonie est aujourd'hui en position de résilience sur le plan économique mais cette résilience nécessite encore des efforts sur elle-même.

Lors de la 6e réforme de l’État, l'architecture institutionnelle de l'espace francophone va être revue. En Flandre, Région et Communauté ont été fusionnées. Côté francophone, faut-il maintenir le double concept ?

Les Flamands tenaient à cet espace communautaire comme réceptacle de leurs revendications. Leur prétendue fusion est liée à la minorité de Flamands à Bruxelles. Bruxelles est un faire-valoir, une vitrine et n'est pas considéré en tant que tel comme un enjeu territorial vivant par lui-même. Le mépris d'une certaine Flandre à l'égard de Bruxelles est évident. Comment la N-VA qualifie Bruxelles dans son programme ? "Waterhoofdstad", ce qui signifie "capitale hydrocéphale" et donc "hypertrophiée".

Pour les Wallons et Bruxellois, l'optique est différente. La relation en terme de poids des entités est différente. De plus, Bruxelles a ses outils spécifiques et communautaires. L'intégration de ces composantes en une entité est donc plus complexe. C'est pourquoi nous avons lancé le concept de Fédération Wallonie-Bruxelles. C'est ce modèle qui va sans doute encore se développer à l'avenir.

Quel sera le principal enjeu des élections de 2014 ?

De vivre et d’appliquer la 6e réforme de l’État dans l’intérêt des citoyens des trois régions et avec en ligne de mire le développement économique.

On sent un durcissement des positions des partis flamands à l'égard de la N-VA. Enfin ?

Johan Vande Lanotte a dit "évitons de faire de la publicité à ce parti". Il faut avoir la même attitude. Les déclarations sur les tenues vestimentaires, le char "SS-VA" au carnaval d’Alost,... sont des outils de communication marketing.

En 2014, vous souhaitez repartir avec la même équipe en Wallonie et à Bruxelles ?

Je suis partant pour toute équipe qui veut porter les couleurs de la Wallonie. Ce qui serait cohérent, c'est d'avoir un système dans lequel les majorités peuvent collaborer au mieux aux différents niveaux de pouvoir. Plus les majorités ont des composantes proches, plus le dialogue est simple et plus nous (francophones et Wallons) aurons de poids par rapport à la Flandre.

Certains affirment que Françoise Bertieaux aurait annoncé qu'un deal était conclu avec le PS pour 2014 et que le MR reprendrait l’enseignement dont le PS ne veut plus. Une sortie étonnante. Les tractations ont commencé en coulisses ?

Nous n'avons aucune discussion inter-partis. Les cartes devront être rebattues. Je comprends que certains fassent des vœux mais rien n'est joué pour personne. Je n'ai aucune connaissance de cet accord.

D'après le Médiamètre politique RTBF-Auxipress de janvier 2013, vous pointez exceptionnellement en 12ème place des personnalités en vue. Or, sur toute l’année 2012, vous figuriez à une lointaine 26ème place. Est-ce l'actualité qui veut cela ou c'est une volonté de votre part d'occuper l'espace médiatique ?

Je ne me bats pas pour être dans les médias. Si je suis monté un peu en force en janvier, c'est pour valoriser ce que nous faisons en interne. Je souhaite faire davantage parler de la Wallonie et de la FWB.

Le départ de votre chef de cabinet de longue date, Renaud Witmeur, est-il un signe de votre affaiblissement personnel au PS et dans les exécutifs ?

Pas du tout. Sa décision m'attriste parce que c'est un brillant technicien et un ami de longue date. Mais ça va permettre de rebattre les cartes, de revoir la manière de travailler.