Elio Di Rupo est-il encore socialiste?

La concertation sociale est en panne. Vingt mille travailleurs défileront ce jeudi matin pour crier leur hostilité à la rigueur imposée par le gouvernement. Un gouvernement emmené par...un socialiste.

V.d.W.
Elio Di Rupo est-il encore socialiste?
©Photonews

La concertation sociale est en panne. Vingt mille travailleurs défileront ce jeudi matin pour crier leur hostilité à la rigueur imposée par le gouvernement. On aurait pu croire que l’arrivée au 16, rue de la Loi, d’un socialiste, wallon, aurait constitué une sorte d’assurance sociale pour les syndicats, désormais assurés que leurs revendications soient entendues. C’est loin d’être le cas.

Dressons un constat, tout d’abord. Depuis que la crise s’est abattue sur l’Europe, des mouvements sociaux, parfois très violents, se sont développés dans presque tous les pays. En Belgique, de mémoire de pavé, on n’a plus vu défiler les manifestants en front commun syndical depuis bien longtemps. Vaille que vaille, malgré la rigueur, la Belgique connaît une certaine paix sociale.

Mais à quel prix !, soupirent les syndicats, qui ont déjà dû avaler quelques couleuvres de taille : dégressivité des allocations de chômage, limitation dans le temps des allocations d’insertion, réforme des pensions, modération salariale, réforme de l’index En d’autres temps, une seule de ces mesures aurait jeté les blousons rouges, verts et bleus dans les rues des Bruxelles.

A présent, la marmite syndicale bout. En particulier en Wallonie. Les camarades estiment qu’Elio Di Rupo, avec le temps et la fonction qu’il occupe, est devenu plus social-démocrate que socialiste. Obligé de faire la synthèse entre des partis francophones - plutôt au centre ou à gauche - et des partis flamands - plutôt à droite -, il éprouve, dit-on dans les rangs syndicaux, beaucoup de mal à garder la maison du peuple au milieu du village. "A quoi sert donc d’avoir un Premier ministre de gauche si la politique suivie est le copié-collé des revendications patronales ?", regrette un syndiqué. La réponse du PS fuse : "Sans nous, c’eût été bien pire. Nous, socialistes, sommes des gestionnaires responsables, il fallait donc agir et prendre des mesures. Mais nous avons sauvegardé l’essentiel, à savoir l’indexation. Car il est faux de dire que les salaires sont gelés. Et réformer les pensions aujourd’hui, c’est assurer le payement de toutes les pensions, demain. D’ailleurs, les plus petites ont été augmentées."

Un autre socialiste bien en cour analyse : "Dire que le PS a lâché la gauche syndicale, c’est faux. Le Premier ministre est là pour arbitrer. Il ne doit pas représenter le PS. Les autres partis ne l’accepteraient pas. Celle qui le fait, c’est Laurette Onkelinx. Et contrairement aux autres vice-Premiers ou Premières, elle ne se tait jamais. Elle crie quand il le faut. C’est-à-dire souvent C’est pour cela qu’Elio veut l’avoir en permanence à ses côtés et c’est pour cela qu’elle n’est pas présidente du PS."