Polémique Reynders-CD&V: un spectacle honteux, estime Rik Torfs

Depuis quelques jours, les chrétiens-démocrates flamands et le chef de file des libéraux francophones au gouvernement s'échangent des amabilités sur fond de dossier ACW.

Polémique Reynders-CD&V: un spectacle honteux, estime Rik Torfs
©Christophe Bortels
J. Lgg. (avec Belga)

"Un spectacle honteux". C'est en ces termes que le sénateur Rik Torfs (CD&V) a commenté la polémique qui oppose son parti au vice-Premier ministre MR, Didier Reynders.

Depuis quelques jours, les chrétiens-démocrates flamands et le chef de file des libéraux francophones au gouvernement s'échangent des amabilités sur fond de dossier ACW. Ce week-end, le président du CD&V, Wouter Beke, a remis le couvert en évoquant de nombreuses "bévues" de M. Reynders quand il détenait le portefeuille des Finances.

Ce mercredi, dans "Le Soir", "De Morgen" et "Het Laatste Nieuws", le vice-Premier MR a comparé M. Beke à l'un des ses meilleurs ennemis, Philippe Moureaux (PS). "Je ne savais pas que Philippe Moureaux avait un frère au nord du pays", a-t-il lâché avant d'indiquer qu'à ses yeux le CD&V avait dépassé les bornes ce week-end. Il l'a d'ailleurs fait savoir mardi matin lors de la réunion du comité ministériel restreint.

Le libéral a également ajouté que "pendant huit ans, il y avait un parti (NdlR: le CD&V) qui était dans l'opposition. Et il continue à croire qu'il y est toujours".

"Des erreurs d'estimation de recettes"

Lorsqu'il évoque le contrôle budgétaire, il s'interroge également sur "l'ampleur des chiffres". "Comment se fait-il qu'en trois semaines on passe à 2,8 milliards ? C'est beaucoup d'argent, 2,8 milliards (...) Je trouve que quand l'écart va de un milliard à deux milliards et demi, ça vaut la peine de poser des questions. Je pense qu'il y a eu des erreurs d'estimation de recettes."

Ce lundi, le nouveau ministre des Finances Koen Geens a évoqué des pistes "one shot" pour combler le trou budgétaire. "Il a rectifié ses propos. Ce fut une erreur de dire ça. Mais bon, il vient d'arriver. Il a voulu dire que dans un contrôle budgétaire, il n'est pas anormal d'avoir des mesures 'one shot'. Cela dit, quand je le proposais dans une autre législature, il y avait un groupe de l'opposition (NdlR: le CD&V) pour nous le reprocher", poursuit Didier Reynders dans Le Soir.

"Avec les dossiers que j'ai, j'aurais sorti bien autre chose"

Certains soupçonnent M. Reynders d'être à l'origine de fuites dans le dossier ACW et Arco qui a contraint le vice-premier CD&V, Steven Vanackere, à démissionner. Le libéral a balayé les accusations d'un revers de la main.

"Sur la façon dont on a réglé la garantie pour les coopérateurs d'Arco, je sais tout. Si j'avais voulu faire des fuites ces dernières années, les journaux auraient manqué de papier. Mais je ne l'ai pas fait: nous avions un accord et nous l'avons exécuté", a-t-il dit dans "Het Laatste Nieuws". "Avec les dossiers que j'ai, j'aurais sorti bien autre chose", a-t-il complété dans "Le Soir".

M. Torfs s'est refusé à prendre parti. "Si des politiciens ont du plaisir à se refiler le valet noir et à rire d'un humour qui n'est pas toujours du plus haut niveau, qu'ils ne se gênent pas. Mais qu'ils se rendent compte qu'ils s'affairent dans la plaine de jeux de la politique belge et que dans le monde, les choses se passent autrement", a-t-il souligné sur les ondes de la VRT.

Le sénateur regrette les attaques personnelles sur lesquelles a débouché l'affaire ACW. "L'attaque personnelle est souvent la meilleure preuve qu'il n'y a de véritable argument". Et d'insister sur la nécessité de rompre avec une culture politique dans laquelle des personnes non élues, qui n'ont pas de compte à rendre, décident de tout en coulisses.

"Quand Reynders est nerveux tout est possible"

Philipe Moureaux n'a pas manqué de répondre à M. Reynders sur Twitter, avec l'acidité qu'il affectionne quand il évoque l'ex-ministre des Finances:

Didier Reynders confirme avoir porté la question au "kern"

Le vice-Premier ministre Didier Reynders a confirmé mercredi avoir fait une mise au point la veille en conseil ministériel restreint pour que cessent les attaques du CD&V à propos de sa politique alors qu'il était titulaire, dans les trois derniers gouvernements, du portefeuille des Finances, tout en assurant que "tout se passe bien au sein du gouvernement" avec ses collègues chrétiens-démocrates flamands. "Cela (ces attaques) devrait s'arrêter. On ne peut pas continuer à subir des attaques alors que l'on a assumé une responsabilité à la demande-même du CD&V", a-t-il affirmé à son arrivée à un nouveau conseil restreint, en faisant référence à la garantie accordée en novembre 2011 par l'Etat aux coopérants d'Arco, le bras financier de l'ACW en Flandre et du MOC au sud du pays - la même que celle précédemment octroyée aux détenteurs de livrets d'épargne, à hauteur de 100.000 euros par personne physique.

"Je comprends les difficultés dans lesquelles se trouve le CD&V, mais ce n'est pas une raison pour s'en prendre à ce point-là à un membre du gouvernement", a ajouté M. Reynders, en parlant d'"attaque très claire" lui attribuant une responsabilité dans le dossier Arco.

"J'ai été ministre des Finances durant douze ans, j'en suis très fier. Je crois que ce que j'ai fait tout ce qu'il fallait pour sauvegarder les épargnants belges, y compris 800.000 coopérateurs d'Arco, à la demande du CD&V", a-t-il fait valoir.

Sur le même sujet