Budget: "Sans De Croo, on aurait fini depuis plusieurs jours"

La discussion budgétaire semble avoir quitté le terrain purement politique. "C’est devenu complètement irrationnel. Désormais, on fait surtout de la psychologie", confie un participant. Les travaux ont repris à 11h30.

V.d.W.
Budget: "Sans De Croo, on aurait fini depuis plusieurs jours"
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La discussion budgétaire semble avoir quitté le terrain purement politique. "C’est devenu complètement irrationnel. Désormais, on fait surtout de la psychologie", confie un participant. "C’est clair, sans Alexander De Croo, on aurait déjà fini depuis plusieurs jours", souffle un autre. Et il est vrai que le "jusqu’au-boutisme" du ministre libéral flamand met les nerfs de ses collègues à rude épreuve. Certains finissaient même par se demander si les libéraux flamands ne voulaient pas... provoquer des élections anticipées, estimant qu’une croisade "anti-PS" pourrait être rentable sur le plan électoral en Flandre. Et de se souvenir que le même Alexander De Croo, avait, il y a 3 ans, à la même époque "débranché la prise" du gouvernement Leterme, rejetant à l’époque le compromis qui se dessinait sur la scission de BHV.

"Pure folie", réagissait un autre ministre. "S’il croit que faire tomber un gouvernement peut être rentable pour les partis, pour le sien en particulier, qu’il se souvienne de ce qu’il s’est passé aux élections il y a 3 ans, précisément."

Bref, on l’aura compris, la tension était palpable, jeudi à la reprise des négociations. D’un côté, Alexander De Croo répétait qu’il voulait avant tout réduire les dépenses et refusait de nouveaux impôts. "Des impôts ? Quels nouveaux impôts", s’énervait un vice-Premier. Mais tous le savent : prendre les propositions d'Alexander De Croo, c’est prendre le risque de retarder encore la conclusion des travaux. Certains avancent une explication : "C’est la nouvelle présidente du parti, Gwendolyn Rutten qui l’a mis sous pression. S’il revient dans son parti avec une collection d’impôts, il se fera lyncher..." Dès lors, le mot d’ordre était de temporiser. "On finira quand on finira", disait l’un. "Ce sera peut-être un peu après Pâques", précisait un autre. "A Pâques, ou à la Trinité " lâchait un troisième. Tout cela alors que, oui, toutes les mesures possibles sont sur la table depuis quelques jours.

Les partisans de l’accord qui se dessine n’en finissent pas de justifier la stratégie choisie, stratégie qui a été approuvée par le Commissaire aux Affaires économiques et financières, Olli Rehn. Pourquoi a-t-il fallu corriger le budget 2013 ? Pour deux raisons : parce que la croissance a plongé (0,2 au lieu de 0,7 %) et parce que les recettes sont beaucoup moins importantes. Dès lors, un léger assouplissement de la trajectoire a été admis : ce ne sera plus 2,45 % de déficit cette année mais un peu plus. Et ce à deux conditions : qu’il y ait un effort structurel de 1 % et que la dette repasse sous la barre des 100 % du PIB.

Impossible ? Non. L’effort demandé est certes important. Mais la Commission a estimé que, dans le budget initial, il y avait déjà 0,5 % d’effort structurel. Les entités fédérées devront, elles - dans le budget qu’elles déposeront en avril - assuré 0,2 % d’effort complémentaire. Restera donc, à charge du fédéral, un effort équivalent à 0,3 % à réaliser, soit un peu plus d’un milliard d’euros. Avec ces mesures structurelles-là, le déficit sera de 2,45 %. Mais le gouvernement veut aller plus bas. C’est la raison pour laquelle il cherche à définir de nouvelles réductions de dépenses (primaires, en Sécu, en santé) mais aussi des augmentations de recettes. "Le tout est très raisonnable", affirme-t-on dans les cercles ministériels. Quant à la réduction de la dette, on identifiera des actifs à vendre. On fixera un objectif à atteindre à la fin de l’année (1,5 ou 2 milliards).

Donc voilà où l’on en était, jeudi soir. Difficile de prévoir, une fois encore, l’issue de réunion. "Tout peut arriver. Mais il est clair que l’on prendra le temps qu’il faudra pour arriver à un bon accord", concluait un participant habitué des négociations budgétaires. Tout vient à point à qui sait attendre.


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