Indolore, le budget? Pas pour tout le monde

Le contrôle budgétaire ne fera de mal à personne a laissé entendre le gouvernement. A y regarder de plus près, plusieurs mesures imposent des réductions de dépenses à toute une série d’institutions qui, elles, rendent des services publics. Tour d’horizon.

La rédaction
Indolore, le budget? Pas pour tout le monde
©AFP

Le contrôle budgétaire ne fera de mal à personne a laissé entendre le gouvernement. A y regarder de plus près, plusieurs mesures imposent des réductions de dépenses à toute une série d’institutions qui, elles, rendent des services publics. Tour d’horizon.

13 millions

Bpost doit être "plus efficace"

bpost sera touchée par les mesures budgétaires : l’enveloppe allouée à la société anonyme de droit public se verra rabotée de 13 millions d’euros dès cette année. Le chiffre est confirmé chez bpost. "En fait, c’est le plafond maximum de notre rémunération, calculée en fin d’année en fonction des services réels prestés, qui est diminué", fait savoir un porte-parole de l’ancienne Poste. L’Etat belge demande donc à bpost de devenir "plus efficace". "Ce que nous faisons chaque année un peu plus. Nous sommes une entreprise créative et moderne et nous pourrons très bien continuer à gérer nos services, même, s’il le faut, avec de l’argent en moins." Mais faut-il tout de même avoir des craintes pour l’emploi des 28 000 équivalents temps plein que compte l’entreprise ? "Non, aucune", répond catégoriquement le porte-parole. A noter enfin que d’après bpost, ce rabotage n’a "rien à voir" avec la décision récente de la commission européenne. Celle-ci a estimé que bpost a bénéficié d’une "surcompensation" lors du précédent contrat de gestion. "Nous avions dû rembourser 300 millions d’euros nets à l’Etat belge. Mais ce sont deux dossiers totalement séparés", rappelle-t-on chez bpost.

25 millions

L’armée va encore casquer

L’on pouvait imaginer que l’arrivée de Pieter De Crem dans les rangs des vice-Premiers allait mettre la Défense à l’abri. Nenni ! Le contrôle impose encore 25 millions d’euros de restrictions budgétaires, après les 100 millions de l’an dernier. Qui va casquer ? Ni le cabinet du ministre ni l’armée ne se prononcent. "Le montant va être recherché sur les crédits de fonctionnement, dit Kurt Verwilligen, porte-parole du ministre. Ces dossiers sont étudiés chez nous, puis vont être transférés aux départements." Autrement dit, on attend l’avis d’experts. Plus question, semble-t-il, de toucher au plan d’investissement en trois axes qui a fait la fierté du ministre De Crem l’an dernier. Même si certaines économies sont "industrielles" : les retards de livraisons d’hélicoptères NH90 et de l’avion de transport Airbus A400M tombent, de ce point de vue, à pic. Et s’il n’y a pas d’économies structurelles en tant que telles, des adaptations porteront quelques fruits. Ainsi, la formation de nos pilotes en France va-t-elle être modifiée, et tout le personnel belge rassemblé à Cazaux. Une rationalisation non encore budgétée.

37,4 millions

Des CPAS avec un C comme Citrons?

Les CPAS "ne veulent plus être pressés comme des citrons". Tel est le "coup de gueule" que les wallons d’entre eux ont voulu exprimer, en AG de fédération, pas plus tard que le 22 mars. Et de réclamer dans la foulée "une réflexion globale sur la politique sociale"; que les gouvernements ne prennent plus de décision "sans moyens suffisants"; que les autorités de tous niveaux considèrent l’action sociale "comme une priorité de leur politique"

Le moins que l’on puisse écrire, c’est qu’ils n’ont pas été forcément entendus, à relever que sur 249 millions de réduction des dépenses primaires identifiés par le gouvernement Di Rupo, 37,4 le sont à l’enseigne de nos Centres publics d’aide sociale ! Sans autre précision à ce stade, il est question de 32 millions sur les revenus d’intégration et de 5 autres sur l’aide aux ressortissants non européens.

Dira-t-on que, sur l’ensemble, ce ressac est une goutte d’eau ? Peut-être, mais c’est dans un contexte général de croissance de la précarisation, d’effritement de protections sociales qui ramènent de nouveaux publics aux CPAS, et de décisions non assumées financièrement par le pouvoir fédéral. Ainsi, ici, les exclusions des chômeurs font retomber sur les CPAS, donc sur les communes finalement, un surcoût estimé pour la seule Wallonie à plus de 52 millions en 2011. D’autres compétences fédérales pèsent en ordre croissant sur les CPAS, relatives à l’accueil des demandeurs d’asile, au regroupement familial, à la gestion des chèques-mazout ou aux peines alternatives.

25 millions

Coopération : l’objectif de 0,7 % du PIB s’éloigne encore

L’une des victimes du dernier conclave est la coopération au développement. Son budget se voit en effet réduit de 25 millions d’euros. Pas de quoi inquiéter cependant Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11). C’est que ces 25 millions sont finalement peu de chose, comparés aux 400 millions d’économie décidés lors du contrôle budgétaire 2012. "Ici, 25 millions vont être ponctionnés sur un budget total de 1,4 milliard, explique M. Zacharie . Je ne sais pas comment, mais a priori, ce sera via des techniques comptables, comme le report d’engagements en faveur de la Banque mondiale ou via des budgets de la CTB (l’Agence belge de développement, NdlR) qui ne sont pas toujours dépensés."

Ceci dit, le signal n’est pas bon. "Sans ces 25 millions, le niveau de l’aide au développement belge va passer de 0,51 % à 0,50 % du Produit intérieur brut. On s’éloigne de plus en plus de l’objectif européen de 0,7 % à l’horizon 2015", regrette Arnaud Zacharie.

"Comme aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne ou en Grèce, la réduction des dépenses publiques belges affecte l’aide au développement, alors que d’autres pays (France, Royaume-Uni, Allemagne, Luxembourg, ), malgré les plans d’austérité, maintiennent les budgets d’aide au développement, conclut-il . Nous ne trouvons pas normal que des économies se fassent sur le dos des pays pauvres."

30 millions

Le groupe SNCB passe encore (mais un peu) à la caisse

Le groupe SNCB est l’une des victimes habituelles des confections de budgets et autres conclaves au fédéral. Bien souvent, quelques dizaines de millions d’économies sont trouvés dans les dotations publiques octroyées par l’Etat à l’entreprise ferroviaire et à ses différentes branches (Infrabel, la SNCB à proprement parler, etc.). Et cette fois-ci, ce sont 30 millions qui ont été dénichés dans l’enveloppe destinée à permettre à l’entreprise ferroviaire d’assumer ses missions de service public. Ce trou soudain dans les comptes du groupe n’est toutefois pas tellement élevé si on le compare à ce qui s’est déjà fait.

Dans un passé très récent, en effet, d’autres réductions de la dotation publique, plus conséquentes, ont été décidées. Fin 2011, le gouvernement a réduit les vivres de 70 millions d’euros pour 2013 et de 100 millions pour 2014, à prendre dans l’enveloppe destinée aux investissements (infrastructures, matériel roulant...).

Ici, les 30 millions seront plutôt pris dans l’enveloppe destinée à la dotation dite "de fonctionnement" (par opposition à la dotation d’investissement). Il est vrai que les budgets destinés au plan d’investissement jusqu’en 2025 avaient déjà été fort rabotés (de 40 milliards à 26 milliards).

Mais, les 30 millions d’euros de réduction auront bien un impact en interne : ils devraient, nous dit-on, faire gonfler encore un peu plus la dette faramineuse du groupe SNCB (près de 4 milliards d’euros).

Sur le même sujet