Le tour de Flandre du Dr Vande Lanotte

Johan Vande Lanotte, ce n’est pas le genre d’homme politique à mener ses campagnes sur les réseaux sociaux. Il affectionne les méthodes à l’ancienne.

V.R.
Le tour de Flandre du Dr Vande Lanotte
©Reporters

Johan Vande Lanotte, ce n’est pas le genre d’homme politique à mener ses campagnes sur les réseaux sociaux. Il affectionne les méthodes à l’ancienne : le contact direct, et même le porte-à-porte. Il faut l’avoir vu, dans sa bonne ville d’Ostende, courir les rues, au pas de charge, avec son équipe de campagne derrière lui, passer de maison en maison. Il a un petit mot pour chacun. L’échange n’est jamais très long. Mais utile et souvent bien placé.

Ce coup-ci, le vice-Premier ministre SP.A lance la campagne de loin. Hier, il a donné le coup d’envoi d’un tour de Flandre occidentale qui le conduira dans chacune des 64 communes de la province. Il ira là où sont les électeurs. Dans les salles paroissiales, les centres culturels, les arrière-salles de bistrot. A l’ancienne, disait-on. Il ne fait désormais plus aucun doute que les prochaines élections seront cruciales.

Johan Vande Lanotte affiche une double intention pour son "Ronde". Il prétend d’abord vouloir défendre la politique menée par l’actuel gouvernement. On a suffisamment dit que les ministres flamands montraient peu de zèle à vendre auprès de l’opinion publique de Flandre un exécutif dirigé par un socialiste wallon. Lui, il montre l’exemple contraire.

Et puis, il veut distiller la bonne parole pour l’avenir. "Comme socialiste, j’ai le droit, et même le devoir de dire ce que je veux pour la Flandre, énonce-t-il. Mais, aujourd’hui, j’ai le sentiment désagréable que le projet pour la Flandre a été accaparé par d’autres."

Johan Vande Lanotte n’est jamais aussi fort que quand il peut mélanger slogan électoral et grandes analyses socio-politiques. C’est l’actuel président du parti, Bruno Tobback, qui mènera le SP.A dans la campagne. Mais c’est Johan Vande Lanotte qui charpentera le contenu de son programme. D’où l’intérêt d’aller l’écouter ce lundi soir à Wervik, là où il a effectué sa première étape. Où il a donné le ton si pas de la campagne, au moins de celle du SP.A. Une bonne mesure des débats qui occuperont l’espace politique durant un an.

On peut dès lors penser que la fiscalité sera au menu de la campagne. Johan Vande Lanotte a défendu les impôts bec et ongles. Avec des formules bien roulées. "Nous payons effectivement beaucoup d’impôts, a lâché le professeur Vande Lanotte. Un Gantois moyen paye trois fois plus d’impôt qu’un Bulgare moyen. Et pourtant de nombreux Bulgares viennent s’installer à Gand alors que les Gantois qui déménagent en Bulgarie sont rares." La preuve que "les pays avec des impôts bas sont aussi des pays où le bien-être est bas".

Un impôt juste sur les entreprises

Cela n’empêche pas qu’une réforme des impôts soit nécessaire pour Johan Vande Lanotte. "Ils ne sont pas justement répartis". Les revenus des grandes entreprises et des grosses fortunes ne sont pas assez taxés et ceux du travail le sont au contraire trop lourdement. Le docteur Vande Lanotte estime qu’il faut opérer un glissement. "Un vrai glissement, qui conduit à une baisse pour les uns et une hausse pour les autres." Et de prévenir que si on veut le SP.A dans le prochain gouvernement, il faudra instaurer ce que certains ont appelé un impôt minimal sur le revenu des entreprises.

Ardent défenseur de l’impôt, le vice-Premier SP.A reconnaît cependant que les dépenses publiques sont trop élevées aujourd’hui. "Plus de 50 % du PIB , c e n’est pas tenable", dit-il. Il a fait ses calculs. "Avec une croissance économique normale comprise entre 1,5 % et 2 % du PIB, il devrait être possible de réduire les dépenses publiques de 0,5 % du PIB par an." Dans ce cas, "nous serons en dessous des 50 % du PIB en 2020".

Voilà qui promet cependant des exercices budgétaires douloureux pendant de longues années encore. D’autant que le SP.A voudrait dégager de l’argent pour l’emploi des personnes peu qualifiées. Johan Vande Lanotte estime que les cotisations sociales sur les bas salaires doivent être drastiquement réduites, de 33 % à 5 %. "Cela coûtera beaucoup d’argent, cela ne se fera donc hélas pas en un an, mais c’est la voie qu’il faut prendre pour donner une chance aux travailleurs peu scolarisés", assène-t-il.

Celui qui se dit "Flamand" répète enfin qu’il n’est pas favorable à un nouveau tour de chauffe institutionnel. "Nous ne pouvons pas à nouveau faire dépendre la formation du prochain gouvernement à une réforme de l’Etat. Nous l’avons fait en 2010 et 2011. Si nous n’avions pas perdu ces deux années, notre déficit serait actuellement en dessous de 2 % et notre dette ne se situerait pas à 100 %." Le credo de Johan Vande Lanotte, c’est de faire fonctionner la sixième réforme de l’Etat. Et de conclure : "L’intérêt des citoyens flamands est supérieur à l’intérêt de la nation flamande". Un uppercut à la N-VA.

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