L’Olivier doit retrouver pied

Moins de douze mois effectifs nous séparent encore de la multiple explication électorale de mai 2014. C’est dire si les politiques vont devoir mettre le paquet ! Pas moins aux étages fédérés qu’au département fédéral.

Paul Piret
L’Olivier doit retrouver pied
©Reporters

Retirons la pause estivale; soustrayons l’approche du scrutin. Désormais, moins de douze mois effectifs nous séparent encore de la multiple explication électorale de mai 2014. C’est dire si les politiques vont devoir mettre le paquet ! Pas moins aux étages fédérés qu’au département fédéral. Quoique sur des tonalités diverses.

Les enjeux, au gouvernement Di Rupo, paraissent d’office déborder de son sort propre, dans des perspectives post-électorales à l’avance cuisantes. Tandis que, s’agissant des deux gouvernements Demotte, le défi est autrement circonscrit autant que peu flatteur : derrière des chantiers à mener à bien, démentir l’image d’un fruit prématurément blet.

Rappelez-vous. Avant la trêve pascale, ou printanière, c’est un glacial hiver qui est venu transpercer les Oliviers wallon et francophone. Une copie d’Horizon 2022, un budget 2013 ajusté, un premier accord gouvernemental sur la réforme du fameux Cwatupe (le code de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme) : tout était programmé et promis aux derniers jours de mars.

En lieu et place, rien. Au mordant imprévisible, un court-circuit est venu griller les compteurs PS-Ecolo-CDH, et en cascade encore bien. Ce fut la virulence des réactions aux premières pistes, pourtant attendues, de tarification progressive de l’électricité; ce fut l’intensité du dévoilement des dérives financières du photovoltaïque, qui ne pouvaient pourtant pas être une révélation; ce fut la curée parlementaire sur l’armistice éolien, pourtant acquis en gouvernement quelques jours auparavant. A ce niveau d’intensité, les (d)ébats énergétiques ont assez changé de nature, par-delà leur contenu, pour interpeller la tripartite sinon sur sa survie, déjà sur ses possibilités de reconduction.

Le feu au lac

Dès lors, c’est peu écrire que les deux majorités doivent, sous peu et en peu de temps, beaucoup démontrer. Si elles en ont encore la capacité. Ou la volonté.

L’accouchement le plus proche sera, pour les gouvernements "conjoints", le premier ajustement de leurs budgets mêlés de 2013. On l’a indiqué ici ("La Libre" du 3 avril), les derniers paramètres connus (n’oublions pas leur volatilité) imposent d’identifier 200 millions pour maintenir les exercices régional et communautaire dans leurs balises. Ce n’est pas mortel; les efforts seront plus lourds pour l’initial 2014 si les espoirs de reprise sont déçus; et plus encore en 2015, à charge des exécutifs nouveaux, qui devront intégrer de nouvelles compétences. Il y aura pourtant de quoi s’échauffer : le contentieux avec les fédéraux sur les compétences usurpées n’est pas vidé (et pour cause, il n’a même pas encore été ouvert !); des besoins restent à préciser (nouveaux engagements d’enseignants, plan Cigogne III, contrat de gestion des Tec ); les communes commencent à crier famine.

Et puis, il y aura cet "Horizon" à 10 ans, que les annonces de fermetures ou restructurations à répétition (sidérurgie, verre, Caterpillar) ont relégué à l’accessoire, plutôt qu’à en démontrer la nécessité d’autant plus aiguë. En clair, il s’agit d’atterrir. Donc, politiquement, pour les tripartites, de démontrer que ce n’est pas juste "un truc à Demotte" (sic).

Et encore, des nœuds restent serrés. On pense aux pôles, interpôles, etc. de l’enseignement supérieur sur lesquels le ministre Marcourt et les lobbies chrétiens n’ont pas fini de croiser le fer. On pense surtout à l’aménagement du territoire, où le feu a commencé à atteindre le lac. A savoir ? Le schéma des implantations commerciales, dans d’interminables limbes; le développement de l’éolien, qui devient délicat à mesure qu’il se déploie; le schéma général de développement territorial (le Sder), dont l’actualisation annoncée reste une grosse affaire; et bien sûr ledit Cwatupe, dont la réforme nous est promise de semaine en semaine, et dont on a de quoi se demander sérieusement si elle pourra être menée à bien d’ici au printemps prochain.

Le territoire donc, comme l’énergie : ce sont de gros dossiers à charge des ministres Ecolo, qui arrivent sinon à maturation, à débat politique, au moment même où le climat devient délétère à l’égard des verts - hasard ou nécessité ?

Et on ne vous parle pas de la réforme de l’Etat. Qu’en dire, dès lors que la commission chargée d’auditionner les experts ne prend même pas la peine de synthétiser ses travaux ? C’est comme si, à tort, le report encore officieux des transferts de compétence à 2015 était de nature à reporter leurs préparatifs, alors qu’il doit juste les faciliter. Il est vrai, ici, ce n’est pas la crédibilité du seul Olivier qui est engagée. Loin s’en faut.

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