Existe-t-il de la place à la droite du MR?

Le parti "La Droite" a invité les différentes formations situées "à la droite du MR" à présenter des listes communes en 2014. Un tel rassemblement verra-t-il le jour? Pourra-t-il peser? Analyse avec les politologues Pascal Delwit et Pierre Vercauteren.

Existe-t-il de la place à la droite du MR?
©Montage lalibre.be

Le parti politique "La Droite" a lancé un appel, ce dimanche, aux différentes formations situées "à la droite du MR" pour présenter des listes communes lors des élections fédérales, régionales et européennes de mai 2014.

"Il va falloir regrouper les forces", a précisé le porte-parole de La Droite, Aldo-Michel Mungo (sur notre photo, au centre). Ce dernier espère ainsi pouvoir faire cause commune avec le Parti libertarien, des formations anti-charia, des anciens de LiDé, le parti fondé par Rudy Aernoudt (sur notre photo, à gauche), mais aussi éventuellement le Parti populaire.

D'après Pascal Delwit, politologue de l'ULB, il est "peu vraisemblable" qu'un tel rassemblement voit le jour. "Le Parti populaire (PP) a une structure trop agencée autour de Mischaël Modrikamen (sur notre photo, à droite). De plus, il a connu des problèmes avec Mungo. Je ne les vois donc pas s'associer." Contacté par LaLibre.be et contrairement à ses habitudes, le président du PP a préféré ne pas réagir suite à l'appel lancé par La Droite.

De son côté, le Parti libertarien a déjà décliné l'invitation, en précisant dans un communiqué que "choisir entre la gauche et la droite revient à choisir les libertés à abandonner. Le Parti libertarien se bat pour toutes les libertés individuelles".

Quant aux autres formations, il est difficile pour elles d'exister. Et même en s'assemblant, on imagine mal qu'elles puissent acquérir un poids suffisant.

"Se lancer dans un mouvement pour créer un nouveau parti est toujours très complexe en Belgique", décrypte le politologue à l'UCL Mons Pierre Vercauteren. "Soit on rassemble certaines personnalités soit on fédère des partis proches sur l'échiquier politique. Mais chacun a ses spécificités qui sont difficilement conciliables, que les partis soient de gauche ou de droite."

M. Vercauteren évoque même un "parcours d'obstacles", tant les égos peuvent entrer en conflit, tout comme les divergences de programmes. "Et puis, le message commun doit pouvoir rencontrer un électorat, ce qui n'est jamais gagné. Ici, aucune des personnalités ne peut d'ailleurs se prévaloir d'un mandat politique qui fait état d'un capital électoral."

Le MR a pris conscience de la perte essuyée en 2010

L'appel lancé par La Droite risque donc de rester lettre morte. Mais l'un des petits groupes de droite peut-il espérer peser seul lors du prochain scrutin ? "L'espace est plus ténu qu'en 2010. Car le MR a pris conscience de la perte au fédéral qu'il avait essuyée, notamment au profit du PP, à cause de son positionnement plus centriste à l'époque. Le parti libéral a donc adopté une ligne politique plus droitière, refermant le potentiel électoral qui existait à sa droite", analyse M. Delwit.

De plus, en 2014, l'état des finances au niveau européen et les tensions communautaires en Belgique vont certainement orienter les électeurs vers un vote pour un des grands partis traditionnels.

Cependant, comme lors de chaque élection, certains électeurs vont certainement revendiquer un vote ethnocentriste et protestataire, favorisant l'extrême droite. "Mais ce courant n'est plus vraiment incarné par un parti. Et l'incompétence notable des dirigeants d'extrême droite ne joue pas en leur faveur. Et puis, le FN a perdu l'une de ses seules forces : pouvoir utiliser le nom et le logo du FN français", estime le politologue de l'ULB.

Ces différentes petites structures de droite, articulées autour d'un chef qui incarne à lui seul le parti, semblent donc vouées à vivoter avant de disparaitre. Est-ce le sort du PP qui, lors de l'élection de 2010, avait incarné un courant plus à droite que le MR ? "La tourmente de l'affaire Fortis avait donné une vraie présence à Modrikamen, qui défendait les petites actionnaires. Mais le PP n'a pas assez performé. Et, aujourd'hui, selon moi, son tour est passé", analyse Pascal Delwit. Et Pierre Vercauteren de surenchérir : "les problèmes avec Laurent Louis et le conflit avec Rudy Aernoudt n'ont rien arrangé. Ces antécédents risquent de jouer contre lui".

Finalement, comme le résume Pascal Delwit, "le charisme peut aider mais on ne construit pas un parti autour d'une personnalité". Jean-Marie Dedecker peut en témoigner au nord du pays...


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