Miller recadré par Charles Michel

Le MR a donc remis les points sur les "i" du sénateur Richard Miller. C’est en tout cas ce que l’on peut conclure du déroulement de la journée de lundi chez les libéraux. Elle aura démarré par une réunion des élus bruxellois.

Miller recadré par Charles Michel
©Etienne Scholasse
Mathieu Colleyn

Le MR a donc remis les points sur les "i" du sénateur Richard Miller. C’est en tout cas ce que l’on peut conclure du déroulement de la journée de lundi chez les libéraux. Elle aura démarré par une réunion des élus bruxellois. A l’ordre du jour : la polémique qui oppose depuis la fin de la semaine dernière le sénateur précité au député bruxellois Alain Destexhe. Ce dernier s’était opposé, par une lettre adressée à la présidence du parti, à un projet de résolution cosigné par Richard Miller. Ce texte, également soutenu par le SP.A, le PS, Ecolo et Groen, entendait baliser la lutte contre l’islamophobie. L’idée étant de rassembler sous ce terme une série de phénomènes discriminatoires dont les musulmans sont victimes. "Une démocratie ouverte et libre doit constamment offrir des possibilités de critiquer et de contester les idées, les convictions et les points de vue , dit le texte, toujours présent mardi sur le site Internet du sénateur MR. C’est pourquoi il faut faire une distinction claire entre la critique (religieuse) légitime et l’islamophobie."

Pour établir cette distinction, le projet de résolution reprend une liste de huit critères qui, s’ils sont rencontrés en nombre dans un discours ou, disons, une action, leur donnerait un caractère islamophobe. C’est cette liste qui a fait bondir Alain Destexhe, suivi par son parti. Ces critères et la définition de l’islamophobie qui en découle sont ainsi jugés liberticides et contraires aux valeurs libérales. Les voici :

- considérer l’islam comme un bloc monolithique, fermé et statique, incapable de s’adapter à des situations nouvelles;

- considérer l’islam comme isolé et "différent", dépourvu d’objectifs et de valeurs communs et partagés avec d’autres cultures, et comme une conviction qui n’est pas influencée par les autres cultures et sur lesquelles elle ne produit aucun effet;

- considérer l’islam comme inférieur à l’Occident et à certaines valeurs qui y sont associées, bref le taxer de culte barbare, irrationnel, primitif et sexiste;

- considérer l’islam comme violent, menaçant, partisan du terrorisme, impliqué de manière active et combative dans "un choc des civilisations";

- considérer l’islam comme une idéologie politique, utilisée à des fins politiques et militaires visant à instaurer son hégémonie;

- rejeter radicalement les critiques que l’islam formule à l’égard de l’Occident;

- faire preuve d’hostilité envers l’islam pour légitimer la discrimination et l’exclusion sociale des musulmans;

- accepter qu’une hostilité affichée envers les musulmans est un phénomène naturel et ordinaire.

N’est-ce pas le droit le plus strict de chacun de, par exemple, "rejeter radicalement les critiques que l’islam formule à l’égard de l’Occident" , plaide-t-on du côté des opposants au texte. En clair, ces critères empêcheraient toute critique de l’islam. Alain Destexhe est à nouveau monté au créneau lundi, suivi par nombre d’élus bruxellois du MR, Didier Reynders en tête. Le texte fut jugé imbuvable lors de cette réunion. La semaine dernière, le député s’était également montré hostile à l’utilisation même du mot "islamophobie" considérant celui-ci comme une création visant à empêcher toute critique de l’islam sous le couvert de la lutte antiracisme.

Lundi après-midi, c’est Charles Michel "himself" qui organisait une rencontre entre quatre yeux avec Richard Miller. A la suite de cela, une quinzaine de mandataires, dont Alain Destexhe, étaient réunis au MR. Mardi, le porte-parole répétait la position qui s’était dégagée de ces réunions de crise :

- 1 : Richard Miller, dont "la maladresse" fut soulignée, doit retirer sa signature du texte;

- 2 : le groupe au MR du Sénat est invité à rédiger une autre proposition visant la lutte contre toutes les discriminations, les libéraux ne voyant pas pourquoi il faut dissocier la discrimination envers les musulmans des autres discriminations. Les sénateurs ont entamé leurs travaux dès hier. Quand à Richard Miller, il ne semble pas avoir l’intention de retirer sa signature du premier projet de résolution avant que le texte MR soit finalisé.

PS et Ecolo continuent de soutenir le projet de résolution qui demande au gouvernement de se montrer proactif en matière de lutte contre l’islamophobie.

Sur le même sujet