Paul Magnette, un chef qui sait enfin "cheffer"

Thierry Giet, l’homme affable qu’Elio Di Rupo avait installé dans son bureau, au boulevard de l’Empereur, savait faire beaucoup de choses mais il ne savait pas "cheffer". Avec Paul Magnette, c’est autre chose.

Paul Magnette, un chef qui sait enfin "cheffer"
©Correspondants
V.d.W.

On connaît la phrase de Jacques Chirac : "Un chef, c’est fait pour cheffer." Thierry Giet, l’homme affable qu’Elio Di Rupo avait installé dans son bureau, au boulevard de l’Empereur, savait faire beaucoup de choses - serrer les mains, parler, sourire, étudier un dossier - mais il ne savait pas "cheffer". "Thierry, chaque fois qu’il présidait une réunion à laquelle Elio assistait, il s’excusait presque de diriger les débats à la place d’Elio. Thierry a travaillé sérieusement mais il est resté ‘dedans’, ‘enfermé’. Il n’a pas réussi, ou plutôt pas voulu prendre l’apparence du pouvoir qui lui avait été confié", explique un membre du bureau du PS.

Avec Paul Magnette, c’est autre chose. Désigné - à sa grande surprise, il ne l’a appris que 24 heures avant l’annonce officielle - à la présidence du PS, Paul Magnette n’a eu aucune peine à revêtir les habits de président du PS. C’est tout juste si l’on pense encore à affubler sa fonction d’un dégradant "ff", "faisant fonction". "C’est la démonstration, note un autre socialiste , que le problème du remplacement d’Elio n’était pas un problème de statut, mais bien un problème de personnalité." Et maintenant que Paul Magnette est en place, tout le monde se dit, au PS : "Mais bon sang, c’est bien sûr, c’est lui qu’il aurait fallu désigner en décembre 2011, dès qu’Elio Di Rupo est devenu Premier ministre." Oui, mais voilà, le Premier ministre en question n’était pas très pour. "En fait, Thierry convenait à beaucoup de gens à l’époque. A Elio, qui voulait un président docile et transitoire. Mais aussi à Laurette qui ne voulait pas perdre sa chance de devenir un jour présidente du PS. Or, on sait que celui qui est dans la place peut avoir un avantage." On y reviendra.

Paul Magnette, donc, a pris ses quartiers au "Boulevard" avec une certaine aisance. Il est arrivé avec son équipe, ses attachés de presse, ses idées. "Mais les présidents du PS savent aussi qu’ils ne font que passer alors que le parti, lui, reste. Ils sont là pour garder le temple, l’embellir, le développer. Ce qui compte, ce n’est pas tant leur action personnelle que la grandeur du parti."

On est toujours un peu surpris quand on entend ce genre de sentence dans la bouche d’un homme du XXIe siècle. Un homme aux allures plutôt jeunes et aux idées modernes. Et pourtant, c’est la stricte réalité. D’ailleurs, on peut se demander si les directeurs du centre d’études du PS, le prestigieux centre Emile Vandervelde - même De Wever dit qu’il n’y en a pas deux comme cela en Europe - n’a pas, dans les faits, plus de pouvoir que le président lui-même. "Cela se vérifie souvent dans les réunions. Lors de la négociation gouvernementale, il est arrivé plusieurs fois qu’Anne Poutrain, actuelle directrice de l’IEV, empêche Elio Di Rupo d’accepter un élément qu’elle jugeait contraire au programme du PS. Et lors des discussions actuelles, entre présidents de partis, sur l’avenir de l’espace francophone, on sent que c’est elle qui dirige la manœuvre, c’est elle qui pousse à une structure très régionaliste alors que Paul Magnette est plus nuancé", note un autre président de parti.

Malgré cela, en interne, Paul Magnette a pris ses marques. Le simple fait d’oser organiser un congrès sur les valeurs du PS démontre qu’il se sent pleinement investi de la fonction. "Le seul problème est qu’il n’osera jamais prendre le gouvernement de front alors qu’à la base, cela gronde : la réforme des allocations de chômage, par exemple, c’est un truc dont les militants se souviendront aux élections", explique un syndicaliste.

Paul Magnette est en place jusqu’en 2015. La suite ? Tout dépendra du résultat du PS aux élections. Si le PS gagne, si le PS reste dans les gouvernements Et si Di Rupo n’est plus Premier ministre, on lui laissera sans doute reprendre la place qu’il a prêtée à Thierry Giet et à Paul Magnette. Mais si le PS se plante, si le PS est écarté, Elio Di Rupo pourrait avoir quelques difficultés à retrouver son strapontin. "Le simple fait de penser cela peut apparaître comme un signe de défiance à l’égard d’Elio. C’est juste de l’analyse. Ce sera cela la difficulté de Paul : rester si Elio n’est pas reconduit ou si Laurette a envie d’y aller."

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