Toute la machinerie socialiste se met en branle

Si ce n'est encore fait, la campagne électorale pour mai 2014 est lancée, chez les francophones aussi. Le PS entame une opération "Citoyens engagés" en affichant des liens resserrés avec SP.A et FGTB.

Toute la machinerie socialiste se met en branle
©Belga
P.P.

Premier congrès du président faisant fonction (sic) Paul Magnette, l’assemblée PS de ce dimanche, dans un auditoire de l’ULB à Bruxelles assez judicieusement choisi pour déborder, n’a pas seulement engagé une opération de "réflexion collective" baptisée "Citoyens engagés". Elle ouvre surtout la campagne 2014 du parti francophone le plus puissant. Une puissance que l’on a pu ressentir vouloir se déployer, ou redéployer, à trois niveaux.

1. "L’Action commune" Il n’est pas indifférent qu’Anne Demelenne, la secrétaire générale de la FGTB, ait été visiblement présente au congrès; et moins encore qu’elle ait sans doute ravi la première place à l’applaudimètre des militants pourtant très sollicités. Avec le syndicat, avec les mutuelles aussi, cette "Action commune" est redevenue un must, dont on sait que l’intensité varie cycliquement. "Anne, lance d’emblée une Laurette Onkelinx toutes griffes dehors, nos relations ne sont pas toujours faciles, mais le dialogue n’a jamais été rompu. Vous nous poussez à être le bouclier contre le néolibéralisme briseur de vies". Pour la fédération Mons-Borinage, Eric Thiébaut enjoint : "Nous devons expliquer aux centrales FGTB que nous sommes les seuls interlocuteurs crédibles." Si ce n’était pas encore assez clair, le salut de Paul Magnette : "L’Action commune est plus nécessaire que jamais."

2. PS/SP.A Après la famille socialiste interne, le cercle de famille s’agrandit entre socialistes belges. Oui, Johan Vande Lanotte renoue avec le vocable de "famille" socialiste. Car le vice-Premier SP.A prend la parole - de mémoire de camarade, ça faisait des lunes de grands soirs qu’un socialiste flamand n’était monté à une tribune socialiste francophone. Donc, Vande Lanotte : "La famille socialiste fait beaucoup de bruit, avec des idées bien tranchées. Entre PS et SP.A, les discussions peuvent être houleuses . J’en suis partiellement responsable Mais quand nos valeurs essentielles se trouvent attaquées, nous nous serrons les coudes." Ainsi, dit-il, cette attaque d’il y a quelques mois contre l’index, "c’est en rangs unis que les socialistes ont pu la parer". Son homologue Onkelinx l’avait déjà sympathiquement introduit : "Ensemble, on leur en fait voir, hein, Johan, à cette droite arrogante qui siège à nos côtés..." Pour parfaire l’entente plus que cordiale, John Crombez est là aussi. Paul Magnette rend hommage au secrétaire d’Etat SP.A en charge de la lutte contre la fraude fiscale, ce "chevalier rouge" qui "a fait plus en un an que d’autres (comprenons : Didier Reynders et le MR) en douze ans". Parole, à la sortie, d’un militant qui en a entendu bien d’autres : "Tiens, le SP.A qui est à gauche, c’est nouveau dans le paysage..."

3. La cible électorale. Bien sûr, les 150 minutes de discours vibrent d’un long haro contre "le ronronnement incessant de la droite, alors qu’elle a échoué sur tout", Magnette dixit. Mais la cible électorale ne peut pas être celle-là. Les centristes CD&V/CDH ? Pas un mot. Comme s’ils n’existaient pas. Ecolo, alors ? Mais non, et c’est inattendu : deux seules piques chez deux des quatorze présidents de fédération. La cible, elle, est implicite, mais présente en permanence : ceux qui s’indignent mais n’endossent pas de responsabilités, ce-qui-est-plus-facile. Entendez : la gauche débordant de la gauche PS, qui a fait frémir plus d’une chaumière socialiste aux communales. "Nous, nous sommes aux barricades", appuie Laurette Onkelinx. Tandis que Paul Magnette met en garde contre "les populismes" et cite Jaurès : "Le socialisme, ce n’est pas le Parlement ou la rue, mais le Parlement et la rue." En passant, c’est une Onkelinx plus acérée qui aura précédé un Magnette plus improvisateur. Symbole ? L’Internationale a cette fois ouvert la liturgie, annonçant les propos d’Onkelinx; tandis que c’est l’italien "Bella Ciao" qui l’a clôturée, prolongeant les propos de Magnette. Soit. L’incantation à la seule des gauches qui serait responsable, qui s’engage vraiment, n’écarte pas toute autocritique. "Nos militants demandent un message de gauche plus fort", indique ainsi Jean-Marc Delizée (fédération de Dinant-Philippeville); "Nous voulons, avec le SP.A, un renforcement de la gauche", prolonge Olga Zrihen (Soignies); "Nous insistons pour un profil plus clair à gauche", poursuit Philippe Tison (Thuin); "Nos concitoyens n’ont plus l’impression que le PS défend des valeurs de gauche, nous savons que ce n’est pas vrai, mais nos concitoyens ne le savent plus", termine Daniel Senesael (Wallonie picarde). Intéressant, sous l’œil astreint à la neutralité d’Elio Di Rupo, ci-devant Premier ministre.


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