Hoyos :"Toucher à l’index, mauvaise réponse à un vrai problème"

L’indexation automatique des salaires s’est à nouveau invitée dans l’actualité, ces derniers jours. La coprésidente d’Ecolo, Emily Hoyos, donne le point de vue de son parti sur la question.

Hoyos :"Toucher à l’index, mauvaise réponse à un vrai problème"
©Johanna de Tessières
Laurent Gérard

L’indexation automatique des salaires s’est à nouveau invitée dans l’actualité, ces derniers jours. D’un côté, le gouvernement s’attelle à une nouvelle adaptation du calcul de l’index en matière d’alimentation et de télécoms, après avoir travaillé sur la prise en compte des soldes et sur les prix de l’énergie. D’autre part, le PS, farouche défenseur de ce système de protection du pouvoir d’achat des travailleurs et des allocataires sociaux, s’est pour la première fois montré ouvert à une éventuelle réforme de l’index, pour autant "qu’on trouve un meilleur système" (dixit Laurette Onkelinx). La coprésidente d’Ecolo, Emily Hoyos, donne le point de vue de son parti sur la question.

Faut-il réformer l’index ?

Toucher à l’index est une mauvaise réponse à un vrai problème, qui est la compétitivité de nos entreprises, qui dépend en partie du coût du travail. Et c’est vrai qu’en Belgique, il y a un problème de coût du travail. Par contre, il n’y a pas de problème de salaire poche. Nos travailleurs ne gagnent pas trop. Or, quand on touche à l’indexation des salaires, on touche au coût du travail mais aussi au salaire poche. Nous, nous voulons une diminution du coût du travail via un déplacement de la fiscalité, qui est aujourd’hui beaucoup trop importante sur le travail.

Pourquoi ne pas dès lors instaurer “un index net”, qui porterait uniquement sur le salaire net que touche le travailleur et pas sur le salaire brut que paye l’employeur ?

Il y a plein d’idées qui circulent. Celles qui retiennent notre attention, ce sont celles qui ont un impact sur le coût du travail sans toucher au salaire poche, et qui n’ouvrent pas une boîte de Pandore, comme le font tous ceux qui ouvrent des petites ou des grandes portes sur "la modernisation" de l’index (index forfaitaire, index supprimé pour les gros salaires ). Mais au-delà des déclarations, si on s’en tient aux décisions prises, le gouvernement fédéral triture l’index, par exemple pour qu’il s’adapte aux achats faits pendant les périodes de soldes. Là, on pénalise justement ceux qui ont le plus besoin d’un vrai index et qui se débrouillent comme ils peuvent notamment en achetant en solde. Et cela alors qu’il y a moyen de toucher au coût du travail, sans mettre en danger le financement de la sécurité sociale, en réorientant les intérêts notionnels pour qu’ils allègent le coût du travail dans les PME qui en ont le plus besoin ou en taxant les plus-values spéculatives.

Pour vous, il n’y a donc aucune raison de modifier l’index ?

Non. Et pendant que l’on passe tant de temps à se disputer là-dessus, on ne consacre pas assez d’énergie aux vrais problèmes : le coût du travail reste élevé; les revenus du travail diminuent alors que ceux du capital augmentent; et on accentue la pression sur les travailleurs et les demandeurs d’emploi.

Pourtant l’index ne protège pas de manière efficace le pouvoir d’achat des bas revenus, comme l’a montré une récente étude.

Ce qui sûr, c’est qu’en triturant l’index comme il le fait, le gouvernement fédéral ne protège pas les bas revenus et ne met pas davantage les hauts revenus à contribution.

Mais si l’index ne protège pas bien le pouvoir d’achat des bas revenus, ne serait-il pas intéressant de l’améliorer ?

Bien sûr, le système n’est pas parfait, et il va l’être de moins en moins si on y touche ici et là. Mais il a au moins le mérite d’exister et de protéger, au moins imparfaitement, les travailleurs de la hausse du coût de la vie. Ce n’est pas en chipotant à l’index qu’on va durablement résoudre notre problème de compétitivité. Pour cela, il faut des mesures courageuses en matière de fiscalité. Je vois plein d’ingéniosité pour triturer l’index; j’aimerais voir la même créativité pour triturer les intérêts notionnels, afin qu’ils arrêtent de profiter massivement à des gens qui délocalisent leurs activités en prenant des décisions dans des conseils d’administration à 20 000 km d’ici.

Revoir la pondération du panier de la ménagère, qui sert de base au calcul de l’indexation, ne peut-il pas être intéressant ?

Les mesures sur la table ou déjà décidées pour "moderniser" le panier de la ménagère visent à diminuer l’impact de l’index. Avec la mesure sur les soldes, le gouvernement espère gagner 0,4 %. Cela ne vise pas à mieux protéger les bas revenus.

Ecolo n’a-t-il pas de propositions en matière d’index pour mieux les protéger ?

Non. Le système est certes imparfait mais son imperfection ne le rend pas caduque. Et il permet de continuer à remplir sa première mission, à savoir assurer un non-décrochage des salaires par rapport à l’évolution du coût de la vie. En fait, la question de l’index n’est pas un problème de tabous, mais de fantasmes. On pense que si on touche à l’index, on va résoudre d’un coup le problème du coût du travail. Mais de toute façon, j’ai la conviction qu’on maintiendra un système d’indexation des salaires, car c’est aussi un moteur de développement de notre économie. D’autres études ont montré que l’index était une des raisons pour lesquelles la Belgique a mieux résisté à la crise.

En tenant ce discours aujourd’hui, à un an des élections, vous courtisez les syndicats.

Nous étions aux côtés des manifestants lors des deux dernières journées d’action car on estime effectivement qu’il y a d’autres manières de sortir de la crise et qu’il faut se donner de l’oxygène pour investir dans notre économie et recréer une dynamique et de l’espoir plutôt que d’avoir pour seul projet politique la recherche de l’équilibre budgétaire.

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