Lutgen: "Je laisse les vieilles recettes au PS et MR"

C’est à Louvain-la-Neuve que "La Libre Belgique" a "cueilli" Benoît Lutgen à chaud, juste après son congrès idéologique de samedi. Il explique la volonté de rupture portée par le projet CDH exposé ce week-end.

Lutgen: "Je laisse les vieilles recettes au PS et MR"
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Mathieu Colleyn

C’est à Louvain-la-Neuve que "La Libre Belgique" a "cueilli" Benoît Lutgen à chaud, juste après son congrès idéologique de samedi. Il explique la volonté de rupture portée par le projet CDH exposé ce week-end.

Le radicalisme CDH que vous aviez évoqué en 2011 semble prendre un peu de contenu en ce week-end de congrès. Enfin ?

J’avais fixé l’objectif de remettre en selle un centre d’étude, de créer des liens avec la société civile, le monde universitaire, patrons et syndicats afin de réfléchir à un projet de société. Ce travail de plusieurs mois a permis de produire une charpente idéologique concentrée sur quelques éléments forts : l’éducation et l’émancipation avec des accents plus affirmés quant à la responsabilisation de chacun; le partage avec une fiscalité plus juste et enfin cette volonté d’apporter du sens à notre action politique en ces temps de crise.

Il y a aussi l’idée d’un basculement : on ne peut plus répéter les mêmes recettes d’avant crise, dites-vous. Vous prônez une rupture par rapport à une croissance basée sur le consumérisme. Quelle croissance voulez-vous ?

Le projet du CDH est très radical sur ce plan. Notre conviction est profonde : croire que le consumérisme ou le productivisme seront des réponses pour aujourd’hui et pour demain, c’est se leurrer. Je laisse ces vieilles recettes d’antan aux socialistes et aux libéraux. Actuellement, on assiste à une espèce de course folle qui consiste à dire que le PIB et qu’une croissance uniquement économique vont régler les problèmes, qu’il suffit de relancer un peu la croissance ou la production. C’est un mauvais chemin. La vraie croissance pour moi doit intégrer d’autres indicateurs comme le bien-être et l’éducation.

Mais la croissance économique, il en faut non ?

Je ne suis pas en train de prôner la décroissance. Jamais de la vie. Je dis que les indicateurs qui nous guident dans nos décisions politiques doivent prendre en compte la santé, le bonheur et l’épanouissement dans la société. Il faut aussi pouvoir évaluer les politiques au regard de l’ensemble de ces critères. C’est une autre façon de voir et de porter la société. La crise ne va pas s’arrêter du jour au lendemain. C’est une démarche qui fait appel à la créativité.

Vous opposez le poing levé et la main tendue… Il n’y a pas de main tendue dans les autres partis ?

Ce qui est sûr c’est que j’entends beaucoup de recettes d’une autre époque qui viennent du PS et du MR. J’entends dire d’un côté que ce serait la faute aux patrons, de l’autre on dit qu’il faut que ce soit les plus fragiles qui portent la crise. Ce n’est pas comme cela qu’on crée les conditions nécessaires à un pays pour avancer. Ce raisonnement vaut pour l’Europe.

Le consumérisme pour vous, c’est la création abusive de besoins factices, la production de biens périmés au bout de six mois ? C’est cela ?

Je ne suis pas dans le "ni, ni". Nous voulons proposer une voie différente et positive, un message porteur d’espoir. Ce projet a pour but de créer de la confiance. La crise est économique, financière, environnementale mais c’est aussi une crise de confiance. Comment voulez-vous que le citoyen ait confiance dans le monde politique quand celui-ci s’agite chaque jour en s’envoyant des invectives et en faisant toujours porter la responsabilité sur d’autres. La gauche et la droite ont une responsabilité importante et c’est normal car leur idéologie est basée sur le matérialisme et leur pensée sur le bien-être est exclusivement tournée vers la consommation : "J’ai donc je suis". Notre voie est différente, nous voulons donner une direction à la société. Pour prendre un exemple : le désendettement est nécessaire mais on le force avec une brutalité inouïe, à un rythme intenable et cela sans donner de perspectives.

Elio Di Rupo veut changer le cap de l’Union européenne, vous êtes donc sur la même ligne ?

Je fixe mon cap moi-même. J’ai toujours dit que l’austérité n’apporte pas de message porteur d’espoir. Comment voulez-vous que les jeunes puissent croire en l’Europe ? L’Europe n’est plus un espace de sens et de valeurs mais un espace de comptabilité, de bâtons budgétaires, de bons et de mauvais points. Derrière, il y a des peuples qui souffrent.

Vous revenez avec votre révolution fiscale. Vous aviez demandé au Premier ministre de lancer cette réflexion. Qu’en est-il ? Et n’est-ce pas préférable de repousser une telle réforme après 2014. Le gouvernement a assez de travail comme cela, non ?

C’est vrai que le gouvernement n’a pas mis en place les groupes de travail comme je l’avais souhaité. Je me réjouis malgré tout car une commission commune Chambre-Sénat s’est mise en place. Les parlementaires vont pouvoir plancher sur le sujet. Il faut prendre le temps pour un nouveau pacte fiscal. Il est urgent que l’on commence à travailler sur cette question. Qu’on arrête de mettre des rustines sur un système qui prend de l’eau de toutes parts.

Quelles niches fiscales visez-vous ?

Je ne dis pas qu’il faut toutes les supprimer mais il faut les évaluer. La plus connue c’est les intérêts notionnels dont profitent des entreprises qui jettent des travailleurs dans la rue. Moi, ça continue à me poser un problème. Il y a d’autres exemples. Il faut redonner du sens à la fiscalité, cela va plus loin que le soutien au travail, à l’environnement. C’est ici encore une question de confiance. Un indépendant n’a pas les experts fiscaux à côté de grosses entreprises qui ont les moyens de faire face à la complexité du système. Pour moi c’est un déni de démocratie Cela renforce la crise de confiance. La simplification et le sens, donneront de la confiance et de l’adhésion.

Vous voulez rester loin du “concert médiatique”, dites-vous. Y a-t-il quelque chose de malsain dans le fonctionnement des médias ?

Je ne me permettrai jamais de dire une chose pareille. Je veux rester moi-même. Il y a une responsabilité partagée entre les médias et le politique. On est dans l’immédiat : le fait divers du jour et la loi qu’on va sortir pour y répondre. Il faut pouvoir sortir de cela. Je veux me mettre tous les jours dans la réalité et la prospective et il n’y a que 24 heures dans une journée.

D’un point de vue démocratique, il est bon de se confronter à un regard extérieur et indépendant, non ?

Bien sûr, heureusement que la presse fait son travail et, à mes yeux, elle n’a pas assez de moyens pour bien le faire. Je dis simplement une chose : la critique, on peut aussi la rencontrer dans les villages et dans les quartiers sans caméras et sans journalistes. Je ne sais pas le faire sans y aller moi-même. Ce n’est pas le débat du dimanche midi qui fait avancer la société, me semble-t-il.

Certaines inimitiés semblent ressurgir entre Joëlle Milquet de Didier Reynders dans le dossier syrien. Qu’en dites-vous ?

Joëlle Milquet a bien répondu à ce problème. Je trouve ça juste un peu dommage que certains versent dans des petits jeux politiques. Comme Joëlle Milquet l’a dit, l’enjeu mérite mieux.

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