Qui sera le super-Wallon en 2014 ?

Le choix du futur ministre-Président des gouvernements wallon et de la Communauté française sera un enjeu stratégique en 2014 : il faut continuer le redressement économique, accueillir les nouvelles compétences... Les candidatures pour occuper ce leadership n’affluent pas encore, même si plusieurs scénarios circulent.

Qui sera le super-Wallon en 2014 ?
©Monatge lalibre.be
Frédéric Chardon

Alors que les candidatures plus ou moins officielles commencent à rentrer pour prendre la tête du gouvernement bruxellois en 2014, c’est le calme plat en Wallonie. En apparence en tout cas. C’est un paradoxe car, justement, le jeu est très ouvert sur la question du leadership du futur gouvernement wallon et du futur gouvernement de la Communauté française, actuellement trusté (en raison de la "double casquette") par le PS et Rudy Demotte.

Ce dernier est candidat pour continuer le travail, pour peu évidemment que les socialistes soient toujours au pouvoir dans un an. Mais, à moins d’une petite révolution électorale, c’est franchement fort probable.

Le ministre-Président sortant va bénéficier, dans la course à sa propre succession, d’un bilan wallon assez bon : il y a encore énormément de chemin à parcourir, évidemment, mais l’économie du sud du pays remonte la pente face à la Flandre depuis 5 ans environ. Par ailleurs, de nombreux dossiers ont été menés à bien, que ce soit dans la réforme de la fonction publique, dans l’aménagement du territoire, dans l’anticipation de la réforme de l’Etat grâce au plan Horizon 2022, etc. On pourra toujours critiquer ces résultats, bien entendu. Toutefois, l’actuel ministre-Président pourra jouer la carte de la nécessaire continuité dans ces réformes qui mettent le sud du pays sur la bonne voie.

Donc, alea jacta est ? Les dés sont-ils jetés ? Non. Au sein du Parti socialiste, il y a d’autres pistes que la reconduction de Rudy Demotte. En fait, tout est dans tout : pour déterminer qui sera le nouveau capitaine des Wallons et des francophones, l’interpénétration entre les niveaux de pouvoir va être déterminante.

La première question est la clef du problème : que va devenir Elio Di Rupo ? Restera-t-il Premier ministre ? A ce sujet, il ne faudrait pas enterrer trop vite un gouvernement Di Rupo II en 2014. En effet, les trois partis traditionnels flamands (Open VLD, SP.A, CD&V), au pouvoir au fédéral, sont devenus des alliés objectifs face à la N-VA et au Vlaams Belang.

Par conséquent, ils ont et auront tendance à protéger l’actuel Premier ministre malgré son pedigree wallon, francophone et socialiste. En même temps, les trois partis nordistes sont devenus un peu faibles électoralement pour réclamer le poste de prochain "numero uno" au fédéral. On peut aussi douter fortement de leur envie d’envoyer leurs meilleurs éléments au casse-pipe. Par exemple, au CD&V, un Kris Peeters dirigeant le gouvernement fédéral serait une cible de choix pour Bart De Wever et ses troupes.

Bref, imaginons donc qu’Elio Di Rupo reste Premier ministre en 2014. Dans ce cas, tout est plus simple au PS. Paul Magnette ne doit pas rendre les clefs du boulevard de l’Empereur au Montois et peut se satisfaire de sa double mission : présider le PS et tenter d’embellir un peu l’avenir des Carolos en tant que bourgmestre. Automatiquement, la tête de Rudy Demotte est sauvée et ce dernier, comme il l’a d’ailleurs réclamé, peut rester le double ministre-Président du gouvernement wallon et du gouvernement de la Communauté française.

Scénario de hautes turbulences

Mais un tout autre scénario, de hautes turbulences celui-là, est possible : Elio Di Rupo ne peut plus rester Premier. Que va-t-il faire ? Reprendre la présidence du PS ? Ni Paul Magnette ni aucun autre socialiste n’oserait s’y opposer. Cependant, on imagine mal le bourgmestre de Charleroi accepter de s’enterrer dans la seule politique locale, même si on parle ici de la première ville de Wallonie. A la place, le Parti socialiste pourrait lui confier le poste de Rudy Demotte et donner un épais maroquin fédéral à ce dernier, il est si bon bilingue

Et Jean-Claude Marcourt ? Le ministre wallon de l’Economie ronge son frein depuis plusieurs années. Ce Liégeois est le père de la politique de redressement économique de la Région et, comme ministre, il maîtrise les dossiers comme le chef de cabinet qu’il fut. Il reste puissant au sein du PS, même si cette force s’exerce discrètement. Cependant, au PS actuel, ce sont les fédérations hennuyères qui pèsent le plus lourd. D’autres facteurs vont également le handicaper : ce n’est pas une bête médiatique ni un faiseur de voix. Et après autant d’années au sein des exécutifs fédérés, il n’incarnerait pas le renouveau.

Découvrez les candidats et scénarios ici.


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