Modrikamen : "La N-VA ? Un exemple"

Le président du PP veut occuper tout l’espace à la droite du MR.

Entretien> Francis Van de Woestyne
Modrikamen : "La N-VA ? Un exemple"
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L’information, révélée ce week-end, date d’il y a un an : Mischaël Modrikamen, le président du Parti populaire, aurait participé à une réunion de toute l’extrême droite européenne, le 9 juillet 2012, réunion organisée dans les locaux du Parlement européen. Nous lui avons demandé quelques explications.


Confirmez-vous votre présence à cette réunion, en juillet 2012 ? 

Ce n’était pas une réunion de l’extrême droite européenne. J’ai été invité à une réunion de l’International Civil Liberties Alliance : il s’agit d’organisations qui défendent les libertés menacées par l’islamisme. Il y avait des conférenciers qui venaient de l’Europe entière. L’un d’eux a expliqué comment, en Angleterre, sur quelles bases juridiques, il avait obtenu l’interdiction de construire des mosquées salafistes. Je confirme que j’étais là et j’y retournerai, c’était très intéressant. 

L’autre délégation belge était celle du Vlaams Belang ? 

Je ne sais pas si le Belang était présent. Je ne connais pas ces gens. 

Vous y avez croisé le père Samuel. Il aurait commencé son discours par ces mots : "Une mosquée en Europe, c’est pire que le nucléaire"… 

Il a fait une intervention sur le sort des chrétiens dans les pays du Moyen-Orient. Sujet auquel je suis également sensible. J’ai discuté avec lui. C’est un homme extrêmement sympathique, intéressant. 

Quels sont vos rapports avec l’extrême droite européenne ? 

Je n’en ai aucun. 

Vous avez déjeuné récemment avec Marine Le Pen ? 

C’est quoi ce procès ? L’un et l’autre n’ont rien à voir. 

On a parfois de la peine à vous situer sur l’échiquier politique belge… On définit les gens par rapport à leurs relations. 

Tout ce qui est à droite du MR, c’est le PP. Le MR est au centre, j’occupe tout le reste. Je veux ramener les gens qui votaient extrême droite à se rassembler dans un mouvement démocratique. 

Comment est-elle, Marine Le Pen ? 

J’ai donc effectivement déjeuné avec Marine Le Pen. Je trouve qu’elle a beaucoup de qualités. J’ai plaidé pour une alliance entre l’UMP et le FN français. Il n’y a pas de raison que la gauche puisse faire alliance avec Mélenchon ou les Ecolos et que l’UMP ne puisse pas s’allier avec le FN. J’étais récemment à l’étranger à un colloque avec des gens de l’UMP. 

Qui cela ? 

Le top de l’UMP. Mais inutile de rendre cela public. 

Au niveau européen, quelles sont vos références ? 

Les partis qui me conviennent, au niveau européen, c’est l’UDC en Suisse, le parti UKIP de Nigel Farage au Royaume-Uni. J’aime bien Marine Le Pen mais je ne me retrouve pas dans son côté antieuropéen ni dans les anciennes déclarations de son père ni dans son côté étatique. 

La N-VA, aussi ? 

Oui, bien sûr, elle est un exemple. Je n’ai pas leur fibre nationaliste. C’est aussi un parti de rupture et je suis, comme Bart De Wever, confédéraliste.

Le PP sera-t-il en ordre de marche pour les élections de 2014 ? 

Bien entendu. Nous avons lancé le journal "Le Peuple" : 65 000 lecteurs après trois mois. A la rentrée, il y aura "La télévision du Peuple" : nous ferons des débats télévisés, en direct, sur Internet. Notre congrès statutaire aura lieu le 9 novembre et il y aura élection à la présidence : je vous annonce déjà que je serai candidat à ma succession. 

Présenterez-vous des listes pour les trois niveaux : régional, fédéral, européen ? 

Nous présenterons des listes à tous les niveaux. Je serai candidat soit au niveau européen, soit au niveau fédéral. 

Cette fois-ci, attacherez-vous une attention particulière à vos candidats ? Laurent Louis a un peu disjoncté… 

Il a plus que disjoncté. Depuis quatre ans, j’ai pu tester la loyauté, le sérieux des gens qui m’entourent. Nous aurons des candidats de valeur, capables de représenter dignement le PP. 

Vous vous êtes disputé avec beaucoup de monde. D’aucuns ont commencé à travailler avec vous et ont fini par claquer la porte. C’est votre caractère ? 

Mon caractère est très accommodant. Quand vous créez un parti, soit vous êtes très sélectif, soit vous ouvrez grands les bras et puis vous faites le tri. C’est ce que j’ai fait. C’est arrivé à d’autres partis : Ecolo a mis dix ans à se stabiliser. Voyez aussi l’histoire de Wilders aux Pays-Bas. Au début, il a mis à la porte une série de gens. A présent le PP est stable. Tous ceux qui ont quitté le PP tentent d’exister en critiquant le PP, c’est pathétique. Aujourd’hui, notre programme est clair. 

Rappelez-en trois lignes… 

1. Le ras-le-bol est généralisé face à l’immigration. Donc stop à l’immigration. Il faut imposer le fait qu’on s’adapte à nos valeurs et non l’inverse. Les immigrés viennent ici pour contribuer et non pour se servir. 

2. Réduire les impôts sur le travail et réduire les dépenses publiques. 

3. Les enfants sont les enfants des familles et pas les enfants de l’Etat : les parents doivent retrouver le libre choix de l’école. Mon positionnement, c’est d’être en rupture avec les partis traditionnels, notamment par rapport au MR qui n’assume plus sa position à droite.

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