"Contrairement au MR, nous n'avons pas d'affinités avec la N-VA"

Le co-président d'Ecolo ne croit pas au soudain virage amorcé par la N-VA. Olivier Deleuze ne peut envisager la côtoyer dans un gouvernement que "si autre chose n'est pas possible".

Vincent Rocour
"Contrairement au MR, nous n'avons pas d'affinités avec la N-VA"
©Christophe Bortels

Le co-président d'Ecolo ne croit pas au soudain virage amorcé par la N-VA. Olivier Deleuze ne peut envisager la côtoyer dans un gouvernement que "si autre chose n'est pas possible".

Olivier Deleuze, les partis de la majorité fédérale alignent des accords. Cela a l’air d’aller pour eux, non ? 

Ils gèrent. Mais où est leur projet ? Je ne vois pas. 

On ne peut quand même pas ravaler les accords ouvriers/employés, l’accord institutionnel ou la nomination des top managers à de la simple gestion…

J’aimerais qu’on me dise quel est le projet au-delà de mai 2014 ? Ce n’est pas suffisant d’atteindre l’équilibre en 2014 ou 2015. C’est nécessaire, mais pas suffisant. Il serait, paradoxalement, bon de prendre un peu de recul alors qu’on a le nez de plus en plus plongé dans le guidon. Le baril est aujourd’hui à 108-109 dollars. Il va connaître de nombreux soubresauts. Son prix dépend d’une région complètement flottante. C’est un élément dont il faut tenir compte aujourd’hui. Pas au moment où cela deviendra intenable. 

Mais à quoi cela sert ? Vous n’allez pas faire un projet alors qu’il y a des élections dans neuf mois ? 

Mais bien entendu. Pourquoi ? Non pas pour le réaliser la semaine prochaine. Mais pour offrir une perspective aux gens. Qu’est-ce qu’on fait par rapport à l’économie financière, par rapport à la dépendance énergétique, par rapport aux inégalités ? Il y a 610893 demandeurs d’emploi en Belgique, de plus en plus de temps partiels, de contrat à durée déterminée. Voilà ce que les gens ressentent. Ils se fichent bien de savoir que c’est un certain Monsieur Fontinoy qui est président du CA de la SNCB. Ce qui les intéresse c’est de savoir s’ils seront serrés dans le train qui les conduit au travail et s’ils arriveront à l’heure. 

La compétence des responsables qui sont désignés à la tête des entreprises publiques n’est pas sans influence sur la qualité des services publics… 

Bien entendu. Mais on n’a pas l’impression que cela a été le critère déterminant dans les engagements qui viennent d’être réalisés. On revient à la question : quel est le projet ? Il s’est passé récemment des événements réjouissants : la succession positive entre Albert II et Philippe, les accords institutionnels,… Cela a créé un sentiment d’appartenance en Belgique. Du coup la N-VA baisse. Mais ce sentiment, il faut le cultiver. Cela passera aussi par plus de justice sociale. 

Mais si la N-VA est dans le prochain gouvernement, il ne reprendra probablement pas le projet que la majorité actuelle pourrait élaborer… 

Si cela dépendait de nous, la N-VA ne sera dans le prochain gouvernement que s’il n’y a pas moyen de faire autrement. Contrairement au MR, il n’y a, chez Ecolo, aucune affinité avec la N-VA. Il n’y a ni l’affinité sécuritaire à la Destexhe ni économique à la Reynders. Personne à Ecolo n’a jamais dit que si la N-VA n’était pas séparatiste, il y aurait moyen de travailler avec elle. La N-VA, c’est si tout le reste ne fonctionne pas. 

Pas de cordon sanitaire non plus donc ? 

Non. Il ne faut pas banaliser les termes. Le cordon sanitaire, c’est pour les partis néofascistes. La N-VA n’est pas néofasciste. Et puis si les francophones devaient dire "ce sera sans la N-VA", ils lui feront une publicité terrible. 

Certains à la N-VA proposent de mettre la priorité sur le programme socio-économique. C’est un revirement ? 

Non. Foutaise. D’ailleurs Siegfried Bracke s’est fait taper sur les doigts après sa sortie. La N-VA est un parti séparatiste. Au moment où l’équipe nationale de football, la royauté, les accords institutionnels rendent leur thèse moins séduisante, le loup remet une deuxième pelisse d’agneau sur lui. 

Ramener le budget de l’équilibre, ce n’est pas un projet en soi ? 

Ce n’est pas suffisant. Mais ce n’est pas un but en soi. Entre parenthèses, le déficit cumulé fédéral est de 380 milliards d’euros alors que le déficit de toutes les entités francophones, Bruxelles comprises, c’est 10 milliards d’euros. On n’a donc pas de leçon à recevoir du fédéral. Cela ne va pas quand on voit que les revenus du travail diminuent par rapport aux revenus du capital. Cela crée un sentiment légitime d’injustice. Il faudrait une fiscalité qui a du sens. Tout le contraire des intérêts notionnels, qui en jettent tous azimuts selon des mécanismes si complexes que ce sont les plus malins qui partent avec le magot. 

Faut-il supprimer les intérêts notionnels comme le demande le CDH ? 

Non, pas les supprimer. Mais il faut favoriser les PME, les secteurs porteurs d’emploi. On peut aussi diminuer le taux des intérêts notionnels. Que doit encore faire ce gouvernement d’ici les élections ? Il faut dresser un mur entre les banques de dépôt et les banques d’affaire. Un bon gros mur de séparation. Le gouvernement avait promis de le faire. On attend toujours. Le Parlement va se pencher sur un projet de réforme de la fiscalité. Quelles seront les propositions d’Ecolo ? On viendra avec des propositions. Mais vous croyez sérieusement qu’il y aura un accord au Parlement sur une grande réforme fiscale à quelques semaines des élections ? Le gouvernement a désigné des top managers à la tête d’une série d’entreprises publiques. Que pensez-vous du casting ? Il me laisse indifférent. Je remarque qu’il y a un ancien ministre de la Justice dans ce casting (Stefaan De Clerck - Ndlr). Il s’occupait de la Justice. Maintenant il va s’occuper de téléphonie. Il est peut-être bon. On verra. Mais on n’a pas fort vu le projet de gestion. 


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