Maingain: “Cessons de diviser les francophones”

Le président du FDF craint que la réforme de l’Etat n’appauvrisse Bruxelles et la Wallonie. Il propose un plan de relance axé sur la formation, l’enseignement. Il dénonce aussi les travers de la gestion publique au sud du pays.

Francis Van de Woestyne et Mathieu Colleyn
Maingain: “Cessons de diviser les francophones”
©Christophe Bortels

Dans un climat difficile pour l’opposition fédérale, Olivier Maingain, président du FDF, avance quelques-unes de ses priorités programmatiques. 

Dans les sondages, la perception du travail du gouvernement fédéral est bonne et ce, malgré vos critiques régulières.

Il y a eu, en effet, un été riche d’enthousiasmes. Certains sont sincères, d’autres sont plus feints. Les sincères ? Incontestablement une passation de témoin exemplaire entre les deux Rois. Cela a eu un effet revalorisant pour tout le pays. Mais il y a eu aussi des enthousiasmes dans la majorité dont on a vite vu, à la rentrée, qu’ils n’étaient que des amours qui ne durent qu’un été. On semble dire que grâce à l’équipe nationale, qui a d’indéniables mérites, tout serait réglé… Alors mettons l’équipe nationale et Marc Wilmots à la tête du pays et on aura réglé tous nos problèmes…

Il n’y a pas que cela, reconnaissez que le début de l’été a été riche en accords…

Il y a un climat de volontarisme, auquel nous participons en disant que nous voulons tenir tête au nationalisme. Mais il y a encore beaucoup d’incertitude sur l’avenir du pays. Je ne combats pas le nationalisme flamand parce qu’il est flamand – ce serait absurde – mais je pense que la lutte contre le nationalisme est une exigence démocratique essentielle. Ici et ailleurs. Si on ne réussit pas cela, toute la construction européenne risque d’être menacée.

Ce qui fait régresser le nationalisme, n’est-ce pas aussi la perception d’un gouvernement qui travaille, engrange des accords, stabilise le pays…

Non, le gouvernement ne fait pas reculer le nationalisme de manière structurelle. Car les gens vont découvrir que la réforme institutionnelle n’a pas été pensée, conçue dans l’intérêt des citoyens. Tous les experts le disent : on va vers un appauvrissement des compétences qui vont être transférées. Allocations familiales, soins de santé, aide aux personnes : dans tous les secteurs, les moyens budgétaires ne suivront pas. Pareil pour la déductibilité des emprunts hypothécaires. A l’heure actuelle, elle n’est plus totalement garantie : on ne transférera que 40 % des moyens. En matière d’allocations familiales, on va constater qu’un enfant n’est plus égal à un enfant. Et la retenue au précompte professionnel ne sera plus identique pour des personnes travaillant dans la même entreprise mais habitant dans des régions différentes. Croyez-vous que l’on crée une cohérence dans un pays en faisant naître de telles divergences?

On peut remédier à cela et c’est le principe de la responsabilisation que le Sud du pays développe de la richesse et assure les mêmes prestations sociales…

Mais alors, il ne fallait pas lui ajouter un handicap supplémentaire. Car cette ré­forme va forcer les deux Régions, Wallo­nie et Bruxelles, à démul­tiplier les efforts qu’elles doivent déjà faire pour tenter de réduire leur dif­férentiel en matière de ri­chesse produite.

Bruxelles a un très beau taux de richesse produite…

Oui mais vous savez bien qu’elle ne bénéficie pas à Bruxelles. Voilà pourquoi nous mettrons au cœur de nos revendications le payement d’une partie de l’impôt des personnes physiques sur le lieu du travail. C’est la seule ma­nière, avec l’élargissement de Bruxelles, de pérenni­ser le refinancement de Bruxelles.

La Wallonie en souffrira…

On peut après cela recréer des mécanis­mes de solidarité entre Bruxelles et la Wallonie. Mais la source d’appauvrisse­ment est ailleurs. Elle réside dans la divi­sion du système.

Tous les partis francophones – et même les partis flamands de la majorité – se sont engagés à faire fonctionner la réforme de l’Etat sans en réclamer une nouvelle. Vous y croyez ?

Cela suppose qu’on dise clairement à un parti comme la N-­VA qu’on ne gouvernera pas avec elle. Car comment peut-­on être naïf au point de croire que l’on peut isoler le socio­économique de l’institutionnel ? Je ne vis personne en disant cela…

… si, si, vous visez clairement Didier Reynders…

Le calcul fait par certains d’atteindre des objectifs partisans en utilisant la N-­VA se fait au détriment de l’avenir des franco­phones et de Bruxelles. Car c’est là qu’est la menace.


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