Ce qu'il reste à faire avant les élections : les défis du gouvernement

Mardi, Elio Di Rupo prononcera le discours sur l’état de l’Union. Il restera alors 6 mois aux partis de la majorité pour boucler ses dossiers.

Ce qu'il reste à faire avant les élections : les défis du gouvernement
©BELGA
Frédéric Chardon, Mathieu Colleyn, Vincent Rocour

Le gouvernement Di Rupo a bouclé son dernier budget. Le Premier ministre doit maintenant prononcer une dernière fois le "discours sur l’Etat de l’Union" - ce sera mardi à la Chambre et au Sénat. Et après ? Après, ce sera le début d’une longue ligne droite, d’une interminable ligne droite vers les élections législatives, régionales et européennes du 25 mai 2014 - " la mère de toutes les élections " comme on la baptise à la N-VA en salivant.

Les responsables de parti affirmeront tous, et la main sur le cœur, que leur esprit n’est pas encore accaparé par la campagne électorale, qu’ils ne s’y mettront qu’au dernier moment et que d’ici là, ils ne vont pas manquer de boulot.

Mais comment croire à leur sincérité ? Certes, il y a encore du pain sur la planche pour le monde politique. Le gouvernement fédéral a une réforme de l’Etat à boucler. Il ferait bien de finir par s’accorder, malgré ses fractures idéologiques internes, sur une révision de la loi de sauvegarde de la compétitivité de 1996. Il aurait tout intérêt à mettre de l’ordre dans le secteur bancaire.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’esprit des femmes et des hommes politiques belges est déjà entièrement accaparé par la perspective du scrutin. Tout ce qui sera entrepris jusque-là pourra être jaugé à cette aune. Les partis de la majorité voudront prouver la pertinence des politiques qu’ils ont menées, qu’ils ont ramené la Belgique à tous les points d’équilibre. Ceux de l’opposition vont tenter de démontrer exactement l’inverse. Le combat sera acharné. La faute en grande partie à la N-VA dont le grand rêve séparatiste effraye jusque dans les rangs les plus neutres. (V.R.)

Elio Di Rupo, Premier ministre (PS)

L’obligation d’achever le travail commencé

La direction d’équipe. L’une des tâches les plus complexes du Premier ministre sera sans doute de tenir son équipe. Les ministres de son gouvernement vont petit à petit se laisser gagner par la fièvre préélectorale. Elio Di Rupo (PS) aura déjà pu goûter aux joies de la désunion lors de la confection toute récente du budget 2014 de l’Etat. Le CD&V s’est opposé à la baisse de la TVA sur l’électricité parce qu’elle était estampillée SP.A, un concurrent direct.

Le travail à boucler. La législature s’est caractérisée par deux grands chantiers : la réforme de l’Etat et le retour progressif à l’équilibre budgétaire. Des mesures ont été prises. Mais il faut vérifier que la mise en œuvre de la réforme institutionnelle et la marche vers l’assainissement respectent la bonne cadence. D’autres réformes, comme celle de la justice, doivent aussi être définitivement menées à bien.

Des réformes à engager . Si de nombreux dossiers ont pu être bouclés sous la législature, il en reste au moins deux en souffrance : la réforme de la loi de 1996 sur la sauvegarde de la compétitivité et celle du secteur financier. (V.R.)

Joëlle Milquet, vice-première ministre (CDH) et ministre de l'Intérieur

Milquet "finalise"

La ministre de l’Intérieur (CDH) se targue d’avoir fait adopter un nouveau plan national de sécurité, d’avoir créé un plan de sécurité pour les transports en commun bruxellois et d’avoir renforcé le personnel policier depuis 2012. Ainsi que d’avoir fait adopter la loi sur les sanctions administratives dont les arrêtés d’exécution sont attendus dans les prochains mois. Une nouvelle loi sur les gardiens de la paix doit également être présentée au Parlement. Jusqu’aux élections, la ministre de l’Intérieur œuvrera en vue de finaliser "l’optimalisation" des services de police, qu’elle coulera dans un projet de loi. Un texte qui a déjà été approuvé par le kern en juillet dernier. Il s’agit de réorganiser les services afin de renforcer la présence policière sur le terrain. Pour le début de l’année prochaine, Joëlle Milquet devrait "finaliser" la réforme de la sécurité civile. Objectif : créer "34 zones de secours au service du citoyen" sur le territoire belge. Elle s’engage également à harmoniser les statuts du personnel des services incendie et à renforcer le centre de crise. Dernier chantier : la réforme du Conseil d’Etat. ( M. Co.)

Didier Reynders, vice-premier (MR) et ministre des Affaire étrangères

L’homme-orchestre

Local et international. Les mois qui viennent vont être déterminants pour Didier Reynders : il doit en même temps courir les cénacles internationaux tout en réussissant son ancrage local bruxellois. Le tout en assumant le rôle de chef de file des libéraux francophones au sein de l’équipe Di Rupo… Didier Reynders est très intelligent, garde toujours son impassibilité teintée d’ironie, est une bête de travail, d’accord. Mais là, ça commence à faire beaucoup. Pour l’après-mai 2014, les observateurs de la vie politique lui donnent quelques perspectives intéressantes : pourquoi pas ministre-Président bruxellois si le MR revenait aux affaires dans les Régions ? Ou alors rester au fédéral comme vice-Premier ou, carrément, comme Premier ministre ? Dire qu’il n’y pense pas le matin en se rasant serait une erreur… Les obstacles sont nombreux jusqu’au saint Graal fédéral : score de la N-VA, du PS, évolution des négociations pour la formation de la prochaine coalition… En attendant, aux Affaires étrangères, il devra entre autres veiller à garantir la continuité dans les missions économiques princières menées désormais par la princesse Astrid. ( F.C.)


Johan Vande Lanotte, vice-premier (SP.A) et ministre de l’Économie


Le "kaiser" critiqué

Goed bestuur . En tant que vice-Premier ministre SP.A, le kaiser d’Ostende voudrait faire avaler au partenaire socialiste francophone la réforme de la loi sur la modération salariale (la loi de 1996). C’est que dans un contexte électoral, le SP.A ne veut pas être assimilé en Flandre à l’image du PS à l’égard de la compétitivité salariale de la Belgique. Et les blocages autour de la réforme de la loi de 1996 sont l’occasion pour le vice-Premier SP.A de rappeler qu’il n’est pas sur la même longueur d’onde vis-à-vis du PS. Cela renforce son image de bon gestionnaire. Mais cette même image a été ternie ces dernières semaines par les jeux de pouvoir et la "realpolitik" implacable menée par Vande Lanotte dans les nominations à la tête des entreprises publiques relevant du fédéral. En particulier à la SNCB, où le vice-Premier a placé un proche (Jo Cornu). Il a dû s’expliquer dans la presse du nord du pays à plusieurs reprises. Ce n’est pas la première fois que son emprise et sa volonté de contrôle sur les rouages du secteur public sont dénoncées. Il ne lui reste que quelques mois pour redorer son blason.( F.C.)


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