Déclaration gouvernementale: Di Rupo et sa "recette belge"

Ce discours sur l'état de l'Union permet au Premier ministre de se féliciter des mesures prises et réformes en cours: sécurité, budget, entreprises publiques, emploi,...

rédaction en ligne (avec Belga)
Déclaration gouvernementale: Di Rupo et sa "recette belge"
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C'est donc la dernière déclaration de politique générale, avant les élections prévues le 25 mai prochain. Ce discours sur l'état de l'Union permet au Premier ministre de se féliciter des mesures prises et réformes en cours. Il annonce également les grandes lignes politiques que le gouvernement suivra dans les prochains mois. Comme le précise d'emblée le Premier ministre: "L’heure n’est pas aux envolées électorales. L’heure est toujours au travail".

Elio Di Rupo a dressé un bilan de l'action du gouvernement durant une législature essentiellement consacrée à la réforme de l'Etat et l'assainissement des finances publiques.

Parmi les mesures prises, Elio Di Rupo pointe le budget: "Depuis le début de la législature, nous avons réalisé 22 milliards d’économies. Du jamais vu. Nous avons pour ça réduit fortement les dépenses de l’État. Nous n’avons pas augmenté les impôts sur le travail ni la TVA". Et d'ajouter "Depuis fin 2011, le Gouvernement applique la "recette belge": un équilibre entre rigueur budgétaire et mesures de relance".

"En moins de deux ans, nous avons stabilisé notre pays et l'avons remis sur les bons rails", a certifié Elio Di Rupo, remerciant les partis de la majorité ainsi que les écologistes, associés à la négociation institutionnelle.

Mais tout cela n'empêche pas que 15% de la population continue à vivre dans la pauvreté alors que le pays compte environ un demi-million de chômeurs complets indemnisés et de bénéficiaires de l'intégration sociale. "Le nombre de gens qui perdent leur emploi reste trop élevé. Car même si notre situation est meilleure que dans d'autres pays d'Europe, chaque emploi perdu est de trop. Et je pense à tous les drames sociaux que représente la perte d'un emploi", a dit le Premier ministre, alors qu'un travailleur d'ArcelorMittal a mis fin à ses jours mardi.

Selon Elio Di Rupo, la prochaine législature devra se focaliser sur une "grande réforme fiscale" qui permettra de créer les conditions favorables à l'augmentation du taux d'emploi et stimulerait la croissance économique.

Une politique de relance a toutefois été mise en place, permettant d'augmenter le salaire poche d'1,4 million de travailleurs, réduire la facture d'énergie, commencer à réduire l'écart salarial avec les pays voisins, baisser les charges au profit des PME.

Le gouvernement poursuit la mise en place de sa politique d'emploi active, a-t-il répondu face à ces drames. "Ainsi, nous avons décidé de faire passer de 27 à 30 l'âge limite donnant droit à des baisses de charges sociales, alors que l'engagement de ces jeunes sera possible après 6 mois de chômage et non plus 12 mois".

Le bilan pourra être fait l'année prochaine, avant les élections fédérales, régionales et européennes de mai 2014. "L'heure n'est pas aux envolées électorales. L'heure est toujours au travail. Il n'est pas question de nous reposer sur nos acquis, même s'ils sont considérables", a dit le chef du gouvernement, égrenant cependant les grands chantiers achevés par son équipe.

Il en profite aussi pour réagir aux récentes polémiques autour des managers des entreprises publiques: "Certains ne semblent pas le comprendre: les managers d’entreprises publiques ont aussi une responsabilité à l’égard de l’Etat et des citoyens."

Concernant le secteur bancaire, Di Rupo appelle à séparer les activités à risques des activités de dépôt: "L'assainissement du secteur est et reste une priorité du gouvernement. Nous devons protéger les citoyens qui ne désirent pas que l'on spécule avec leur épargne."

La crise économique a été causée par la défaillance des banques et l'accord de gouvernement prévoit d'assainir le système financier. Certains observateurs soulignent cependant qu'il est trop tard, à moins de six mois de la fin de la législature et que le ministre des Finances Koen Geens ne se montre guère pressé. Mais pour Elio Di Rupo, "il est essentiel de prendre des mesures pour séparer les activités à risques des banques de leurs activités de dépôt", et, a-t-il précisé, "conformément avec l'accord de gouvernement, le ministre des Finances formulera prochainement des propositions".

Il faudra que les entités fédérées mettent en oeuvre la réforme de l'Etat, sans précédent, qui, selon le Premier ministre a fait bouger le centre de gravité vers les Régions et les Communautés, a dit M. Di Rupo. "Je voudrais (...) vous faire part de ma conviction. les Régions et Communautés auront besoin de temps pour bien mettre en place un changement aussi fondamental. Les 5 années de la prochaine législature ne seront pas de trop pour s'approprier ce nouveau cadre institutionnel", a-t-il souligné alors que certains, au nord du pays, disent déjà vouloir se concentrer sur la septième réforme de l'Etat.

"Ensemble, Etat fédéral, Régions, Communautés, citoyens et entreprises, nous sommes capables de grandes choses. Avec la confiance retrouvée, la Belgique va de l'avant", a-t-il dit en conclusion de sa déclaration de gouvernement. Et d'ajouter: au final, ce gouvernement est celui qui a fait le "choix" de s'attaquer aux problèmes, de construire des ponts, "d'agir plutôt que critiquer", "d'avancer plutôt que de rester sur place"

Il a été applaudi durant une minute sur les bancs de la majorité. La Chambre votera jeudi après-midi la confiance au gouvernement.

En moins de deux ans, nous avons stabilisé notre pays et l’avons remis sur les bons rails #begov 'L’heure n’est pas aux envolées électorales. L’heure est toujours au travail'
Le Premier ministre promet de renforcer la sécurité des citoyens ("droit fondamental") en augmentant le nombre de policiers en rues.

Nous augmentons la présence policière sur le terrain et les zones de secours seront mieux financées #begov


Pour l'opposition, le gouvernement a manqué l'occasion de prendre les mesures attendues

Il ne reste que quelques mois au gouvernement avant les élections et, malgré les défis qui l'attendent, il n'a pas annoncé les mesures importantes qui permettraient de les relever, a jugé en substance l'opposition, mardi, après la déclaration de politique générale du Premier ministre, Elio Di Rupo, devant le parlement. 

"La situation des Belges aujourd'hui, c'est la pauvreté qui augmente, c'est le nombre de citoyens qui perdent leur emploi qui augmentent, ce sont des entreprises qui sont en difficulté. Or, les recettes belges que nous a présentées le Premier ministre ne suffisent pas. Il ne reste que quelques mois: on ne peut plus se contenter de promesses et de paroles. Il y a des mesures très concrètes à présenter aux citoyens, maintenant", a souligné la cheffe de groupe Ecolo, Muriel Gerkens.

Les Verts regrettent le peu de précisions qu'ont reçu les parlementaires à propos de grandes réformes attendues comme celle du milieu bancaire. Il s'étonnent aussi des absents de la déclaration: la politique énergétique et les mesures à mettre en oeuvre avec les Régions pour réduire la facture d'énergie ainsi que l'amélioration du service des chemins de fer.

"Une déclaration convenue sans grand élan et sans objectifs chiffrés", a déploré le président des FDF, Olivier Maingain.

A ses yeux, il manque des grandes mesures touchant l'indexation des gros salaires ou la réduction des charges sur les bas et moyens salaires.

"C'est un gouvernement qui souffre de ses contradictions et n'ose pas faire des choix essentiels. C'est un gouvernement qui aura été de transition. Il a gagné du temps mais n'a pas travaillé en profondeur", a ajouté M. Maingain.

Les nationalistes flamands ont regretté une liste de "petites mesures". "Je veux bien voir que le gouvernement a fait des choses mais il n'a rien fait d'essentiel. Aucun problème n'est résolu sur le fond. Tout reste en surface", a affirmé le chef de groupe N-VA, Jan Jambon.

Le Premier ministre a fait allusion au travail que fourniraient le fédéral et les Régions en vue de la relance.

"Nous sommes en faveur de la coopération entre les différents niveaux de pouvoir, y compris les communes. Oui, la Flandre est prête à coopérer avec le fédéral mais chacun dans le cadre de ses compétences", a souligné M. Jambon.



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