La Belgique va-t-elle mieux qu’il y a un an?

Son image est meilleure, les tensions communautaires se sont apaisées mais l’économie et le social restent en berne.

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La Belgique va-t-elle mieux qu’il y a un an?
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OUI!

Les circonstances sont favorables pour Di Rupo

A croire qu’il en a ficelé le synopsis lui-même. Ce mardi, le Premier ministre s’apprête à vivre un jour de gloire. Il est d’abord attendu à la Chambre pour prononcer le dernier discours sur l’état de l’Union de la législature et peut-être même son dernier tout court. Après quoi il passera au vestiaire chercher sa belle écharpe aux couleurs nationales avant de prendre le chemin du stade roi Baudouin où se tiendra en soirée le dernier match qualificatif des Diables. En regardant la marée noir-jaune-rouge déferler dans les gradins, Elio Di Rupo pourra mesurer le chemin parcouru en un an par lui et son gouvernement.

Le 15 octobre 2012 précisément. Le scrutin communal a eu lieu la veille. La N-VA fait l’objet de tous les regards, et de tous les comptages. Son score d’ensemble est comparable à celui de juin 2010. Cela lui permet de bousculer de nombreuses majorités en Flandre, et de s’emparer d’une belle série de maïorats – dont celui d’Anvers qui offre à son leader, Bart De Wever, une tribune triomphale.

Ce n’est pas la seule avanie causée par ce scrutin. Affecté par la campagne électorale, le gouvernement fédéral s’est montré incapable de boucler son budget pour l’année 2013 dans les délais. Il n’est venu le présenter à la Chambre que le 21 novembre alors qu’il est généralement attendu le deuxième mardi d’octobre. La faute aux élections communales, mais aussi à un interminable bras de fer entre socialistes et libéraux qui s’est achevé sans réel vainqueur. Toutes les mesures spectaculaires ont été sèchement recalées. Quelques décisions douloureuses sont cependant prises : modération salariale en 2013 et 2014, hausse du précompte mobilier, etc.

On est un an plus tard, et le climat a changé. Il n’y a pas que les Diables rouges ou le prix Nobel belge. Même s’il ne se caractérise pas par une ambition démesurée, le budget 2014 est indolore. Le gouvernement évite ainsi de faire de nouveaux mécontents avant le scrutin de mai 2014. Il peut en outre s’enorgueillir d’avoir bouclé quelques chantiers d’envergure : l’imposante 6e réforme de l’Etat a été traduite en textes de loi et un statut unique aux ouvriers et employés est ficelé. Son action commence d’ailleurs à être reconnue. Pour preuve, l’essoufflement de la N-VA dans les sondages les plus récents.

L’euphorie qui semble avoir gagné le gouvernement pourrait cependant être de courte durée. Sa belle unité – de façade – risque bien de s’effilocher à mesure que les élections approchent .

Moins de séparatisme et davantage de Diables

L’image de la Belgique a-t-elle changé à l’étranger depuis un an ? Pour Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du journal français “Libération”, notre pays a tout simplement “disparu des écrans radars de l’actualité”. Selon le correspondant, seuls les Diables Rouges “ et leur parcours exemplaire” font encore parler de la Belgique hors de nos frontières. “ Mais sur le plan politique, tout le monde a oublié les problèmes de séparatisme, de crise politique en Belgique. Or pour beaucoup de journalistes, une bonne nouvelle n’est plus une nouvelle. ” Comment expliquer ce changement radical ? Selon M. Quatremer, “ l’anesthésiant Di Rupo a fonctionné à merveille auprès des Belges eux-mêmes et vis-à-vis de l’extérieur”. “ Le Premier ministre donne l’impression que tous les problèmes sont derrière nous, qu’il n’y aura plus de réformes de l’Etat, que le phénomène de la N-VA va s’essouffler”, explique-t-il. L’image donnée par la Belgique à l’extérieur, lors de ces crises, n’était “ ni positive, ni négative”. “Mais le séparatisme est une question qui angoisse beaucoup d’Européens.” Mais, d’après M. Quatremer, ce n’est pas parce que la mer est calme qu’une tempête n’est pas en préparation. “ Avant un tsunami, la mer est d’ailleurs très, très calme. Un anesthésiant endort là où cela fait mal, mais ne soigne pas la blessure. Ceux qui connaissent la situation sur place savent que les problèmes communautaires vont vite ressurgir.” Quant aux Diables, ils n’atténueront pas les tensions entre communautés. “ La génération ‘black-blanc-beur’ n’a pas résolu les problèmes d’intégration en France et la Tchécoslovaquie jouait une demi-finale de la Coupe du monde, deux ans avant d’exploser”, conclut le journaliste.

Au Voka, le patronat flamand, on reste sceptique. “ Je ne sais pas si l’image de la Belgique a évolué mais le message positif (‘on peut gagner’) lancé par tous nos sportifs qui réussissent est intéressant. Mais il faut que cette image corresponde à la réalité économique du pays, ce qui n’est pas vraiment le cas”, explique l’administrateur-délégué Jo Libeer qui craint de tomber dans des scénarios à la “Fred and Ginger” des années 1920 aux Etats-Unis. “C’était l’époque des grosses productions hollywoodiennes où tout le monde s’amusait tout en étant coupé de la réalité. On connaît la suite, avec la crise des années 1930.”

Pour Philippe Suinen, le patron de l’Awex, la Belgique est à la mode et “pas seulement en France.” “O n est perçu comme un laboratoire où on trouve souvent des solutions. Et puis on a un prix Nobel, une équipe de football au top. A l’étranger, le regard porté sur la Belgique est amusé, positif. Il s’approche parfois de l’admiration.”


NON!

La descente aux enfers

Si certains croient déceler, ici et là, l’un ou l’autre timide signe de reprise, difficile d’en faire de même sur le plan social. Logique, les mouvements économiques se répercutent toujours avec un temps de retard sur la situation sociale. Et à l’heure de dresser l’Etat social de l’Union, Elio Di Rupo et son équipe n’ont pas de quoi pavoiser, en comparaison avec la situation d’il y a 12 mois.

Jugez plutôt. Le dernier bilan dressé par l’Office national de l’emploi (Onem) faisait état de 433 824 chômeurs complets indemnisés en août dernier. C’est 23 250 de plus qu’un an plus tôt, soit une augmentation de 5,7 %. Selon la Banque nationale, le taux de chômage en Belgique n’a jamais été aussi élevé ces dix dernières années qu’il ne l’est actuellement, avec 8,7 % de la population active recensés sans emploi en juin dernier. Et la Belgique doit s’attendre à voir grimper ces chiffres en 2014.

Le chômage des jeunes est particulièrement inquiétant : selon Eurostat, en août dernier, il était de 23,8 %, soit 3,4 % de plus qu’un an auparavant.

Seul point positif dans ce rayon, le recul de la prépension, désormais nommée chômage avec complément d’entreprise. Entre les 2es trimestres 2012 et 2013, le nombre de prépensionnés a reculé de 3,4 %. Cependant, malgré sa volonté d’augmenter le taux d’occupation des travailleurs âgés, le gouvernement doit encore trop souvent recourir à la prépension.

Autre indicateur de la situation sociale du pays, le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale, attribué notamment aux exclus du chômage. Là aussi, la situation s’est empirée en un an. Au premier trimestre 2013, on comptait quasi 100 000 minimexés (98 427 exactement, soit 2,2 % de plus qu’au même trimestre 2012). Les CPAS sont débordés et inquiets pour l’avenir, car la limitation des allocations d’insertion dans le temps fera sentir ses premiers effets au 1er janvier 2015 et poussera des milliers de jeunes du bureau de chômage vers celui du CPAS. Et le renforcement de la dégressivité des allocations de chômage ne va rien arranger.

Enfin, le gouvernement Di Rupo a connu une année chahutée sur le plan de la contestation sociale. Le 21 février 2013, le front commun syndical mobilisait de 30 à 40 000 manifestants dans les rues de Bruxelles, contre le gel des salaires et l’austérité. Le 6 juin, FGTB et CSC remettaient le couvert et débarquaient dans la capitale avec plus de 25 000 militants pour un bon statut unique. Désormais, le dossier du statut est en voie d’aboutir – “c’est à mettre au crédit du gouvernement” , dit Claude Rolin (CSC) – et les syndicats semblent calmés. Mais ils savent que la réforme de les lois sur la norme salariale et sur l’indexation automatique des salaires reviendront vite sur le tapis.

La compétitivité de l’économie belge stagne

L’économie belge est-elle plus ou moins compétitive qu’il y a un an ? Quoi que dise Elio Di Rupo dans son discours sur l’état du pays ce mardi, c’est la stagnation. En tout cas, selon le classement international du forum économique mondial. En effet, pour 2013, la Belgique occupe la 17e position parmi les pays les plus compétitifs du monde. Tout comme en 2012 : exactement la même place pour les Belges. CQFD.

Enfin, tout n’est pas si simple car la compétitivité, c’est avant tout une question qui se pose par rapport aux autres. Et en particulier par rapport aux pays voisins. Et là, la situation est inquiétante pour la Belgique. Par exemple, l’Allemagne a grappillé deux places supplémentaires dans le classement mondial des pays les plus compétitifs et atteint désormais la 4e position. Les Pays-Bas font également mieux que les Belges et occupent la 8e place.

Pourquoi la Belgique ne s’améliore-t-elle pas ? La compétitivité d’une économie, c’est un ensemble de facteurs , note Geert Vancronenburg, économiste en chef à la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Il y a le coût salarial, le coût de l’énergie, l’impôt des sociétés… Et la Belgique n’a pas connu en 2013 une année significative dans ces domaines.

Evidemment, avec les énormes efforts de réduction du déficit budgétaire consentis par les autorités publiques, c’est la disette en ce qui concerne les mesures qui stimulent la compétitivité. Le fédéral a tout de même débloqué entre 400 et 500 millions d’euros pour la réduction des charges. C’est déjà bien mais il faudrait parler en milliards d’euros et non en centaines de millions d’euros pour avoir une vraie relance , constate l’économiste en chef de la Feb.

En effet, certains indicateurs économiques restent mauvais. Par exemple, les chiffres de la valeur ajoutée créée par l’industrie ne sont pas bons ou encore la part de marché de la Belgique dans l’économie mondiale est en régression.

L’écueil le plus tranchant concerne le coût salarial, toujours trop lourd du point de vue des entreprises. Le non-règlement de la question de l’automaticité de l’indexation des salaires en fait partie, même si l’enjeu est aussi devenu très symbolique.

Reste que, comme indiqué, notre pays se maintient dans le classement “compétitivité” du forum international. D’où vient malgré tout cette stabilité alors que le coût du travail et de l’énergie pose de lourds problèmes aux entreprises ? De l’enseignement, de la formation, des soins de santé ou encore de la qualité des entreprises.

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