Les sept péchés capitaux en politique selon Steven Vanackere

L’ancien vice-Premier ministre CD&V publie son premier essai. “La Libre” l’a lu en primeur.

Christian Laporte
Les sept péchés capitaux en politique selon Steven Vanackere
©photonews

Démocrate-chrétien dans la ligne du christianisme social qui va “Rerum novarum” à la théologie de la libération en passant par le cardinal Cardijn et son “voir, juger, agir”, l’ancien vice-Premier ministre Steven Vanackere est très loin d’être un cynique. C’est plutôt un homme s’efforçant de trouver des convergences positives au profit de tous les groupes sociaux.

En retrait de l’avant-scène politique depuis sa démission de l’équipe Di Rupo, le député sort ce mardi “De Eerste steen”, un essai sur “les sept péchés capitaux en politique et dans la société” que “La Libre” a pu lire en primeur francophone.

Qu’on ne s’y méprenne pas : l’ancien vice-Premier et ministre des Finances de formation juridique, économique et politologique n’est pas devenu théologien. Mais immergé depuis sa prime enfance dans un milieu catholique ouvert et avec des gênes politiques très marqués – un grand-père, Remi Wallays, sénateur-bourgmestre de Wevelgem et un père, Leo, qui fut député CVP et gouverneur de Flandre occidentale – Steven Vanackere était tout désigné pour relire la politique et la vie en société à l’aune des sept péchés capitaux.

L’auteur prévient très vite le lecteur : “Même pour ceux qui n’y voient pas des agressions contre la volonté de Dieu, les sept péchés capitaux interpellent sur tout ce qui peut mener dans une existence humaine à des frustrations sur des occasions manquées.”

Du reste, faut-il avoir la foi pour constater qu’au top des péchés, les hommes et les femmes politiques se laissent souvent manipuler par l’orgueil ? Et qu’une certaine “méritocratie” finit par évacuer la démocratie même si “l’électeur a toujours raison”… L’orgueil n’épargne personne : l’auteur se rappelle l’excès d’optimisme de son parti début 1999 six mois avant d’être envoyé dans l’opposition pour cause de crise de la dioxine. Le président Van Peel se sera mordu les doigts d’avoir ri trop des libéraux… L’ avarice est non seulement un vilain défaut mais permet à Vanackere d’aborder le toujours très chaud mais un brin populiste dossier des salaires des politiques, mais aussi de revenir sur la crise financière et ses dangereuses conséquences sur la construction européenne.

En abordant la luxure, Vanackere ne livre pas une version belge de “Sexus Politicus” et va jusqu’à douter de l’assertion que “le pouvoir érotise”. L’envie par contre est très présente “car un homme politique décidé est souvent jaloux . Surtout contre ses propres collègues de parti… L’auteur part aussi de ce péché pour déplorer que le débat politique porte trop souvent sur l’accessoire et ne peut cacher son malaise à cet égard.

La gourmandise amène Vanackere à mettre le microcosme en garde contre les excès qui en politique peuvent conduire à l’esclavage, à l’addiction. Et à pas mal de dérapages en ces temps “où il faut être online en permanence et à l’affût de faire/de donner des scoops”.

Ce qui peut mener à des tensions gouvernementales : Vanackere évoque un scoop à son encontre donné par un collègue du gouvernement qui l’a admis devant lui mais ne s’est pas excusé.

Sans atteindre les sommets du Sénat italien, le monde politique pèche souvent par colère. Pour l’ex-ministre “c’est même un genre politique très prisé”. Reste que lui-même prône volontiers de vrais compromis selon l’étymologie latine que “tout le monde fait une promesse” plutôt que de considérer que “chacun est mécontent de manière égale

Enfin, la paresse amène quelques utiles mises au point : le long processus d’une loi n’est pas synonyme de paresse mais certains politiques trafiquent les réalités pour entretenir des tensions. Et de citer les effets collatéraux de la scission de BHV ou ce Loch Ness récurrent qu’est le “Wooncode”.

En bon chrétien, Vanackere nous livre encore quelques vertus face aux péchés et seule vraie concession à une approche biographique, il devance la question sur sa démission autour de l’affaire Belfius : oui, il aurait pu rester et se montrer impartial jusqu’au bout malgré ses racines démo-chrétiennes, mais les pressions devinrent trop fortes. “Une peau d’éléphant convient à un éléphant, pas à un homme”…

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