Vervoort: "L’impact des Diables ne sera pas direct"

Rudi Vervoort revient sur les tensions communautaires.

Mathieu Colleyn
Vervoort: "L’impact des Diables ne sera pas direct"
©Haulot

Alors que le Parlement bruxellois fait sa rentrée ce mercredi, le gouvernement régional doit faire face à quelques tensions communautaires. Celles-ci sont parties d’une interview donnée au "Tijd" par le ministre-Président Rudi Vervoort (PS) qui a visiblement heurté son partenaire CD&V. Il y rappelle qu’un gouvernement pouvait être formé, qu’un budget pouvait même être voté sans majorité au sein du groupe néerlandophone du Parlement si la N-VA avait la volonté et la possibilité de bloquer les institutions bruxelloises. 

La ministre Brigitte Grouwels (CD&V) s’est émue à l’évocation de ce qu’elle estime être une rupture de l’équilibre institutionnel du pays. Un sentiment qui vient se greffer à l’hostilité néerlandophone vis-à-vis de la structure présentée par PS, MR, CDH et Ecolo pour tisser des liens entre la Wallonie et Bruxelles en vue des futurs transferts de compétences. Vervoort tente de regoupiller la grenade.

Il y a de l’eau dans le gaz entre francophones et néerlandophones de Bruxelles ? 


"Pour la première fois, j’ai pu mesurer le fossé qu’il y avait entre la presse francophone et néerlandophone. Si demain la N-VA l’emporte et qu’elle décide de bloquer, que se passe-t-il ? Je dis que certaines dispositions demeurent pour faire voter un budget ou désigner un ministre-Président et faire fonctionner la région. C’est tout."

On peut donc faire un gouvernement sans majorité dans le groupe linguistique flamand ? 

"Oui, mais c’est bancal évidemment. Le lendemain la rédactrice en chef du "Tijd" tweetait que les francophones étaient tout de même incroyables. C’est la meilleure de toutes, le journaliste a donné à l’interview un fil conducteur qui n’en est pas un." 

Le VLD exclut la N-VA alors le CD&V n’arrête pas de dire que c’est un parti démocratique avec lequel on peut négocier. 

"Je ne dis pas autre chose. Jusqu’à preuve du contraire c’est un parti démocratique. Je dis simplement qu’un blocage total n’est pas possible. Ça me fait réfléchir à ma manière de communiquer. C’est un signal que la campagne électorale va démarrer."

Il y a eu une réaction épidermique du CD&V. 

"Cette interview donne l’image que les francophones renforcent la N-VA. Mais ce n’était pas le propos. Je n’ai jamais dit que la N-VA n’est pas en mesure de faire un compromis." 

Dans le même temps le plan francophone Wallo-Brux crispe. 

"Sur la manière dont on a communiqué sur les accords de la Sainte-Emilie, il y a eu un défaut de concertation avec les Flamands de Bruxelles. L’image que cela donne : quatre présidents wallons qui expliquent comment ça va fonctionner à Bruxelles, en axant tout sur ce lien Bruxelles-Wallonie. Les Flamands disent "et nous alors ?". C’est légitime, mais les partis francophones n’ont fait que dégager un compromis entre visions régionaliste et communautariste." 

Depuis la présentation des accords de la Sainte-Emilie on n’a pas l’impression que cela bouge beaucoup… 

"Aujourd’hui, concrètement, on est nulle part. Il va falloir le faire avant les élections sur un modèle d’égalité de traitement et non avec des systèmes différents selon la communauté." 

D’où l’initiative doit-elle venir ? 

"Des francophones, mais cela se passe au niveau des partis, ce n’est pas mon rôle. Nous sommes à un moment clé où il faut concrétiser l’émergence du fait régional. A terme, l’idéal c’est que la Région reprenne la Cocom (l’institution amenée à gérer les allocations familiales à Bruxelles), mais ça n’est pas encore mûr, d’abord il faudra montrer que cela fonctionne. A l’approche des élections, les provocations extérieures vont se multiplier. Les ennemis de Bruxelles au Nord comme au Sud vont essayer de déstabiliser notre équipage. On est dans un paradoxe. Cet engouement populaire inattendu pour les Diables rouges correspond à une lame de fond qui transcende la frontière linguistique. Cela ennuie la N-VA, mais elle n’ose pas le dire car il y a des supporters dans son électorat. En même temps, l’évolution institutionnelle est en route. Il faut rendre l’émergence des Régions compatible avec un esprit belge. Et Bruxelles sera un catalyseur, c’est ici que cela réussira ou que cela ratera. La Belgique à laquelle beaucoup de gens croient doit se traduire en dehors des matches de foot." 

Cet engouement pour les Diables aura-t-il un impact sur les élections ? 

"Cela imposera de la retenue à certains partis politiques durant la campagne. Celui qui dira "La Belgique, c’est fini", au Nord ou au Sud, risque des difficultés. L’impact n’est donc pas direct. Notre volonté en tant que gouvernement est de dire "osons le fédéralisme de coopération". Et Bruxelles en sera le moteur. Stade, mobilité, voilà des dossiers où l’on doit montrer qu’on peut discuter. Si on regarde vers le sud il y a les questions de l’enseignement. Nous lançons une dynamique."

C’est votre message aux députés ? 

"C’est de montrer que ce qu’on a mis en place ce n’est pas du vent et qu’il faut continuer à travailler." 

On parle de grands projets, d’assainissement budgétaire. Cela n’empêche-t-il pas de voir la pauvreté, notamment à Bruxelles ? Les chiffres sont alarmants. 

"Les projets que nous développons concourent à générer de la richesse. Le vrai défi c’est que celle-ci soit partagée entre les Bruxellois. C’est l’enjeu. Sinon on passera au travers et cela menacera la cohésion sociale qui fonctionne mais reste fragile. Si on n’y croit pas autant faire autre chose que de la politique, cela ne sert à rien de se lamenter. Bruxelles est la plus belle étiquette du pays et il faut que les Bruxellois y gagnent aussi. Comme les Flamands et les Wallons."

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