"Il y a un problème à la N-VA mais le match n’est pas fini !"

Bart De Wever dépassé par Maggie De Block au hit-parade de la popularité, crise dans la section de Turnhout et Danny Pieters qui fait des siennes au Sénat, la N-VA n'est pas au mieux, mais pour le politologue Carl Devos, il ne faut pas vendre la peau de la N-VA avant les élections.

"Il y a un problème à la N-VA mais le match n’est pas fini !"
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Christian Laporte

C’est la crise dans la section de Turnhout, et Danny Pieters fait de la résistance pour garder son indemnité de sortie du Sénat. Puis les derniers sondages ne sont pas très positifs pour son parti, et lui-même s’est fait dépasser au hit-parade de la popularité par Maggie De Block. Pourtant, malgré tous ces contretemps, Bart De Wever s’efforce de calmer le jeu.

Dans une interview à la "Gazet van Antwerpen", le président de la N-VA appelle ses troupes au calme et les invite "à ne pas se laisser prendre aux jeu de nos adversaires politiques et de certains leaders d’opinion".

Alors, crise ou non à la N-VA ? Le politologue Carl Devos décrypte la situation pour "La Libre". "A l’extérieur du parti, on dit que la N-VA va mal mais ses responsables nous assurent qu’un sondage interne les gratifie toujours de 31 % des voix. C’est vrai que le débat avec des assertions contradictoires sur le confédéralisme a jeté quelque trouble, et puis il y eu cette étonnante déclaration de De Wever voyant bien Kris Peeters rempiler comme ministre-Président."

Pour Carl Devos, il y a cependant un changement important : "Depuis dé cem bre 2011, le parti nationaliste n’a cessé de critiquer le gouvernement fédéral, le qualifiant de ‘gouvernement francophone d’impôts’. Le vent tourne puisque même le chef de groupe à la Chambre, Jan Jambon, a admis qu’on ne peut pas accuser l’équipe Di Rupo de ne rien faire. Mais elle n’en fait pas assez à son goût ; son action est trop limitée et arrive trop tard. Il n’empêche que le comportement des partis flamands de ce gouvernement a aussi changé : ils ont fini par croire eux aussi à la réussite du gouvernement. Mieux, depuis la fin de l’an dernier, ce dernier a résolu toute une série de problèmes. D’accord, ce sont peut-être des petites réformes, mais globalement son bilan est loin d’être dérisoire…"

Carl Devos n’exclut pas que cette suite de bons résultats finisse par profiter aux trois grands partis traditionnels. "Au début du gouvernement, la N-VA avait beau jeu de dénoncer la faiblesse de l’équipe mais celle-ci a réussi des réformes. Il n’est pas sûr que l’opinion flamande accepte de mettre à la tête du pays la N-VA qui par la voix de Jambon demande des mesures encore plus drastiques, des économies qui feront encore plus mal…"

Le politologue constate aussi qu’il reste un immense flou autour de l’idée du confédéralisme et de la nécessité ou non de lancer aussi une septième réforme de l’Etat. Mais davantage encore autour d’une majorité pour y arriver.

"Les partis flamands n’y semblent pas acquis. Seul Kris Peeters laisse la porte ouverte pour tenter de conserver son électorat le plus pointu. La N-VA ne nous dira que fin janvier, début février comment elle voit le confédéralisme. Mais cela ne veut pas dire qu’elle pourra l’imposer. Même si le parti maintient son score de 2010, cela ne fera jamais qu’un peu moins d’un tiers de l’électorat; ce n’est vraiment que s’il monte à 40 % comme en rêve Geert Bourgeois que la N-VA pourrait imposer ses vues."

Certains commentateurs se demandent si Bart De Wever n’a pas commis d’erreur stratégique en axant tout sur le maïorat d’Anvers…

"C’est vrai que sa situation personnelle n’est pas facile : il a promis d’exercer son mandat pendant six ans mais qui pourrait alors être le candidat de la N-VA pour le 16, rue de la Loi ou comme ministre- Président flamand ? Pourtant, si Bart De Wever ne met pas tout son poids dans la balance, le parti y perdra aussi une part de sa crédibilité. Et puis, sa position comme président et comme porte-parole est tellement forte qu’aucun de ses lieutenants ne peut vraiment émerger car on ne l’écouterait pas."

Comme Stevaert au SP.A

Pour le politologue, on pourrait mutatis mutandis faire une comparaison avec la situation du SP.A lorsqu’il était dirigé par Steve Stevaert. "Il y avait bien d’autres personnalités qui auraient pu prendre la parole mais on n’accordait d’attention qu’à l’homme politique d’Hasselt."

Cela dit, Carl Devos ne parierait certainement pas encore sur une confirmation des perceptions actuelles : "Nul ne peut nier qu’il y a des problèmes à la N-VA mais le gouvernement fédéral ne peut pas dire que le match est gagné. La N-VA peut encore rebondir sur certaines décisions à venir comme la loi sur les banques ou la politique de relance. Et puis, croyez moi, ils vont certainement lancer eux-même une forte contre-offensive dans les semaines et les mois à venir. On est loin d’être à un ‘game over’…"

Christian Laporte

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