Magnette: "220 jours de campagne, c'est beaucoup trop"

Le président du Parti socialiste répond aux critiques libérales sur la réduction des dépenses et la relance. Et refuse d'entrer en campagne pour "continuer le travail de fond".

Entretien > Vincent Rocour et Mathieu Colleyn
Magnette: "220 jours de campagne, c'est beaucoup trop"
©JC Guillaume

Pas de droits sans devoirs. Le Parti socialiste reprend à son compte la formule lancée en leurs temps par les libéraux pour l’adresser non plus aux allocataires sociaux mais aux entreprises. Des aides aux entreprises d’accord. Mais pas des cadeaux. les aides devront être conditionnées. A la veille du congrès de son parti, ce dimanche à Charleroi, le président du PS Paul Magnette réplique au MR.


Le MR prône une réduction des impôts de 5 milliards. De l’argent jeté par les fenêtres ?

Je ne sais pas. Il paraît qu’il y a une étude du centre Jean Gol qui estime les effets retour de leur plan. Mais elle n’est pas sur le site du centre Jean Gol.

Le gouvernement parviendra-t-il à modifier la loi de sauvegarde de la compétitivité de 1996 avant la fin de la législature ?

Tout dépend de la bonne volonté de chacun. Nous avons ouvert la discussion sur le coût salarial. On a aussi ouvert celle sur l’obligation des entreprises à former les travailleurs – car on voit que les entreprises ne forment pas autant qu’elles le devraient.

On a plutôt l’impression que vous l’avez fermé ce débat.

Pas du tout. Nous l’avons ouvert. Mais il faut le mener de manière sérieuse. Un groupe d’experts a remis une analyse très sérieuse. Si on mène un débat objectif sur la base de ces chiffres, on peut sûrement trouver un accord équilibré.

Le plan de relance ficelé par le gouvernement n’est-il pas très faible ?

On se focalise sur les 236 millions d’euros du dernier exercice budgétaire. Mais en un an, c’est 1,1 milliard d’euros qu’il a consacré à la relance.

Beaucoup disent que c’est insuffisant…

Il y a un an, nous étions les premiers à vouloir de la relance. Je suis content de voir que tout le monde veut à présent de la relance, et encore plus de relance. Mais cela doit être de la vraie relance. Une réduction des impôts de 3 ou de 5 milliards de manière linéaire, ce n’est pas de la relance. C’est une distribution de cadeaux à des gens qui n’en ont pas besoin, et qui ne profitera pas à la société.

Le MR demande précisément qu’on parle à nouveau de la relance…

On n’a pas clôturé le débat sur la relance. On a juste clôturé celui sur le budget pour le soumettre à la Commission européenne avant le 15 octobre.

On peut donc faire plus ?

Si, au sein du gouvernement, il y a des partis qui disent qu’on peut taxer les plus-values sur actions à l’impôt des personnes physiques et verser le produit de cette taxation dans une hausse de la quotité exemptée sur les salaires moyens, je signe tout de suite.

Ne peut-on pas encore réduire les dépenses ?

Réduire, réduire. C’est très bien. Mais en même temps, tout le monde dit qu’il faut plus de policiers dans la rue, plus de pompiers, plus de magistrats pour résorber l’arriéré judiciaire. A droite, j’entends souvent cet argument de la réduction des dépenses. Mais il faut me dire lesquelles il faut supprimer. On a déjà fait beaucoup.

Vous dites que beaucoup a été fait et que beaucoup doit encore être fait. Le message c’est : il faut nous laisser travailler après les élections de 2014 ?

On est en 2013. Tout le monde a déjà le regard braqué sur les élections de 2014. Mais 220 jours de campagne, c’est beaucoup trop. En 2013 en tout cas, il faut continuer le travail de fond.

La N-VA fait campagne sur l’éviction du PS hors de la majorité fédérale. Cela vous inspire quoi ?

On a un peu de mal à suivre la N-VA. Il y a d’abord eu la sortie de Geert Bourgeois qui voulait une grande réforme de l’Etat, puis celle de Siegfried Bracke, qui disait qu’il fallait au contraire faire du socio-économique et plus de l’institutionnel et enfin celle de Bart De Wever se situant un peu entre les deux.

Ce qui est clair à la N-VA, c’est qu’elle ne veut plus du PS au fédéral…

Cela ne m’étonne pas puisque leur objectif est la fin de l’Etat et le démantèlement de la sécurité sociale. Ils sont nationalistes. Nous sommes européens. Ils sont de droite. Nous sommes de gauche. C’est logique.

Sera-t-il facile de trouver un accord avec la N-VA en 2014 qu’en 2010 ?

Je ne sais pas comment ils ont évolué. Ce que je peux vous dire, c’est qu’en 2010, on a essayé pendant 400 jours avec eux et que cela n’a rien donné. Et qu’ensuite, en 140 jours, avec d’autres partis, on a trouvé un accord sur une réforme de l’Etat, sur un programme de gouvernement et sur un plan d’assainissement. Mais je ne veux pas me focaliser sur la N-VA. Vous aurez remarqué que je n’en ai pas parlé jusqu’au moment où vous m’avez posé votre question la concernant.

Daniel Bacquelaine s’est félicité que le gouvernement mène une politique libérale… Elio Di Rupo est le Premier ministre d’un gouvernement de droite ?

Monsieur Bacquelaine devrait relire ce qu’il disait il y a deux ans. Il ne voulait alors pas de relance. Il voulait de la rigueur à tout prix. Si on avait refusé de desserrer un peu l’effort, on aurait dû trouver aujourd’hui 5 milliards d’euros d’économie en plus. Sans faire de relance. C’est un petit jeu partisan qui consiste à dire que le gouvernement est de droite en espérant qu’une partie de l’électorat du PS se déporte sur l’extrême gauche et nous prive de sièges. C’est un peu jeu politicien. Mais ce qu’il dit n’est pas vrai.


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