Malaise préélectoral au MR

Charles Michel est sous tension à l’heure de faire les listes.

Mathieu Colleyn
Malaise préélectoral au MR
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Nouveau coup dur pour le MR. La sénatrice Dominique Tilmans ne se présentera pas aux prochaines élections. Le retrait de l’ex-tête de liste luxembourgeoise intervenant quelques jours après celui, plus symbolique encore, de la ministre fédérale Sabine Laruelle, braque à nouveau les projecteurs sur le MR.

Et pose une question : ces départs sont-ils liés à des tensions internes ? Les récentes déclarations du député wallon Jean-Luc Crucke, immédiatement rectifiées par le président, ont par ailleurs suscité d’autres questionnements internes sur le leadership dans le parti.

A quelques mois des élections, Charles Michel est-il en mauvaise posture ?

Relativisons : nous sommes en période préélectorale. Les partis politiques ont entamé leurs consultations en vue de constituer les listes. Cet exercice donne toujours lieu à quelques remous qui ne sont pas propres au MR. Certains candidats sont impatients d’être rassurés quant à leur place sur les listes alors que d’autres sont tentés d’exister médiatiquement, pas toujours très adroitement.

Pour autant, Charles Michel est loin de marcher sur du velours à l’intérieur du MR. Et ce pour plusieurs raisons.

1. Les vieilles fractures. Les clans Reynders/Michel sont loin d’avoir disparu. On notera que Sabine Laruelle, Dominique Tilmans sont tout deux "reyndersiens". Et, à l’heure de placer les candidats, Charles Michel doit naturellement pousser en avant ceux qui l’ont soutenu pour remplacer Didier Reynders à la présidence du MR. On le constate pour Willy Borsus en Wallonie ou encore Vincent De Wolf, la future tête de liste régionale bruxelloise. Même si ce choix ne fait pas l’unanimité. Pour en revenir à Dominique Tilmans, son départ ne serait pas étranger au fait que la tête de liste à la Chambre au Luxembourg soit d’ores et déjà promise à Benoît Piedboeuf, un proche de Charles Michel. A l’intérieur du MR, on fait aussi remarquer que même certains "Renaissance", le groupe d’élus qui avait soutenu l’avènement de Charles Michel à la présidence du parti, furent déçus par le maintien au gouvernement fédéral, non seulement de Didier Reynders, mais de Sabine Laruelle et d’Olivier Chastel, lancé au départ par Reynders. De même, c’est encore un "reyndersien", Daniel Bacquelaine, qui dirige le groupe MR à la Chambre.

2. Un message brouillé. La sortie de Jean-Luc Crucke est exemplative. A trop flirter avec la N-VA, on risque d’associer son image avec un parti détesté en Belgique francophone. Une proximité trop affirmée est d’autant plus inopportune que la N-VA ne va pas bien. Au-delà de ses déboires clochemerlesques, ses liens avec l’extrême droite étaient encore mis en avant cette semaine par la presse flamande. Charles Michel a d’ailleurs directement réaffirmé "la ligne du parti" en déclarant qu’il n’avait aucune confiance envers les nationalistes. Jean-Luc Crucke a donc bien commis une erreur stratégique alors que l’objectif de départ était de profiler Didier Reynders comme Premier ministrable. Le déroulement de l’affaire Tecteo n’a pas non plus joué en faveur du MR. Ses mandataires avaient voté en faveur du rachat de "L’Avenir" par l’intercommunale avant d’être déjugés par les instances du parti. Dans la foulée, Alain Jeunhomme, un desdits mandataires, a démissionné, y compris de son poste de chef de cabinet de Sabine Laruelle. Selon certaines sources, cet épisode aurait précipité l’annonce de la ministre en charge des indépendants.

3. Une faible popularité. Malgré le fait que le MR soit la deuxième force politique francophone, son président ne décolle guère dans les sondages. Le dernier baromètre de La Libre (septembre) confirmant une stagnation autour des 11 % d’opinions favorables. Charles Michel est par exemple derrière son homologue du CDH Benoît Lutgen pourtant beaucoup moins présent sur la scène médiatique. "Ça ne prend pas", confient certains libéraux alors que la crédibilité interne d’un homme politique dépend aussi de sa popularité.

Ce contexte et cette succession d’événements politico-médiatiques font désordre alors que Charles Michel doit ne pas décevoir ses proches tout en ménageant ceux qui le sont moins. Et au terme des élections, faire monter le MR dans les majorités régionales. S’il y parvient, tout lui sera pardonné. Sinon…Mathieu Colleyn