Double risque pour la N-VA

Bart De Wever a capté toute l’attention des médias mais il risque d’en payer le prix.

Chardon Frédéric
Double risque pour la N-VA
©Belga

Bart De Wever n’a pas vraiment provoqué de raz-de-marée noir et jaune. En donnant, enfin, une vision plus précise de ce qu’elle entend par confédéralisme, la N-VA a fait un pari et a surtout pris deux gros risques. Tout d’abord, le danger pour la N-VA est électoral : le Flamand moyen, qui est tout sauf un révolutionnaire, va-t-il suivre ces propositions jusque dans les urnes ? Selon les résultats diffusés jeudi soir d’un sondage express réalisé pour le compte de la chaîne VTM, 42 % des personnes interrogées seraient favorables aux plans dévoilés par la N-VA. Inversement, 52 % des sondés sont opposés au détricotage radical que veulent imposer les nationalistes flamands à l’Etat belge.

Bigre, 42 % d’opinions favorables, c’est beaucoup et c’est peu à la fois. C’est beaucoup pour un projet aussi ouvertement opposé à la "Belgique de papa". Et c’est fort peu car ces 42 % ne se transformeront pas automatiquement en voix N-VA le 25 mai 2014. Restons prudents bien sûr, on ne sait pas comment la campagne va se dérouler et les troupes de Bart De Wever peuvent très bien créer une dynamique électorale en leur faveur qui les ferait monter en puissance ces prochains mois.

Perte de "pureté"

Toutefois, si les rapports de force politiques restent stables au nord du pays, il est probable que la N-VA ne pourra pas obtenir des électeurs flamands un mandat suffisamment fort pour imposer aux francophones, complètement hostiles à ces idées, de remettre les compteurs institutionnels de la Belgique à zéro. Et après une éventuelle défaite, une stagnation électorale ou même une demi-victoire ? Si la N-VA doit ranger ses idéaux confédéralistes, ce sera le coup de bambou. Avec de nouveaux départs et guerres intestines chez les nationalistes ? Certains analystes estiment que si l’électeur flamand ne la suit pas massivement, la N-VA pourra alors justifier un adoucissement de son discours communautaire et une entrée au gouvernement fédéral, qui est pourtant le symbole des maux qu’elle dénonce. Mais alors, dans ce cas, la formation nationaliste perdrait sa "pureté" communautaire et se banaliserait. Avec à la clef une possible spirale négative dans les sondages et les échéances électorales ultérieures.

Autre prise de risque pour la N-VA : l’isolement total. Les autres partis flamands savent très bien que le programme dévoilé tout récemment est irréalisable au moins en raison des blocages politiques profonds qu’il engendrerait chez les francophones. Du coup, les autres formations nordistes auront beau jeu jusqu’aux prochaines élections de taper sur leur adversaire N-VA en dénonçant le caractère utopique de son programme institutionnel. Il semblerait d’ailleurs que du côté de l’Open VLD une contre-offensive se prépare : lors de leur prochain congrès programmatique, les libéraux flamands devraient en effet se déclarer clairement en faveur de fédéralisme belge afin, notamment, de rompre avec les thèses de la N-VA. De même, au SP.A, il serait idéologiquement difficile d’accepter, par exemple, la mise à mort totale et définitive de la solidarité nationale.

Par contre, le CD&V est plus ambigu. Les sociaux-chrétiens flamands - pas tous - sont tentés de se rabibocher avec les nationalistes, d’aller dans leur sens. Ce n’est pas tellement Wouter Beke, le président raisonnable du CD&V, qui pourrait ouvrir la porte mais plutôt Kris Peeters, le fougueux ministre-Président flamand. A ce sujet, la ministre régionale bruxelloise CD&V Brigitte Grouwels a déclaré vendredi qu’elle ne rejetait pas complètement les propositions de la N-VA sur Bruxelles…

Toutefois, selon une source bien informée, les trois partis flamands au pouvoir au fédéral pourraient ne pas associer la N-VA à la future majorité pour éviter une nouvelle crise dans la formation du gouvernement en 2014. Avec une exclusion de la N-VA au niveau de l’exécutif flamand également. Mais, en échange, ils pourraient exiger en parallèle le rejet du PS dans l’opposition afin de ne plus être mis en porte-à-faux en Flandre en raison de cette alliance avec les socialistes.