Le CD&V donne un coup de barre à droite avant le scrutin

Le CD&V se dote d’un nouveau programme, ce week-end. Il évoque un gel des salaires jusqu’en 2018.

Vincent Rocour
Brussels, Belgium, October 03th, 2013. Wouter BEKE president flemish party CD&V © REPORTERS / THIERRY DU BOIS
Brussels, Belgium, October 03th, 2013. Wouter BEKE president flemish party CD&V © REPORTERS / THIERRY DU BOIS

C’est dans un centre de délassement - le Center Parc de Lommel - que le CD&V va se doter d’un nouveau programme politique. Sans doute pour se donner une image moins austère. Ou pour attirer le plus grand nombre. Outre les séances de sauna, les congressistes pourront d’ailleurs aussi faire de la zumba avec la ministre bruxelloise Brigitte Grouwels, du djembé avec la présidente du Sénat Sabine De Bethune, du tir à l’arc avec le ministre de la Défense Pieter De Crem ou de la "pétanque moderne" avec le président du parti Wouter Beke. Il n’y a pas à dire : on sait s’amuser au CD&V.

En Flandre, c’est le deuxième parti après le SP.A qui toilette son programme politique de fond en comble. La réflexion est partie d’un constat : l’identité du CD&V est devenue trop floue. Des frondeurs comme l’ancien sénateur Rik Torfs l’avaient dit brutalement. Le président du parti Wouter Beke - lequel vient d’être réélu pour trois ans - avait bien été obligé d’admettre que l’image du CD&V méritait un relooking. Il a pris l’initiative. En décembre 2012, après des élections communales plutôt réussies, il lançait l’opération "Innesto".

"Innesto" en italien, cela veut dire la greffe. Il fallait interpréter ce choix comme cela : le CD&V ne coupe pas ses racines, il va partir de son ADN pour créer un programme plus en phase avec le contexte politique et la société moderne.

Une trentaine de personnes ont planché un an sur ce ressourcement des valeurs. Un texte d’une centaine de pages est sorti de la réflexion. C’est ce texte qui sera soumis aux congressistes. Des constats sont posés. Des mesures proposées. C’est dense. Fouillé. Parfois fort général. A certains endroits, très concret (lire ci-contre).

Le socio-économique avant tout

On remarquera que le projet de manifeste est pratiquement muet sur la structure de l’Etat. Il n’utilise ainsi à aucun moment le mot "confédéralisme". Le chapitre institutionnel se limite en fait à des propos de bon sens. Il s’intitule d’ailleurs sobrement : "Une Flandre forte dans une Belgique qui fonctionne" . Au CD&V, on appelle cela "le confédéralisme positif".

En revanche, le volet socio-économique est nettement plus développé. Et plus musclé. Le CD&V propose ainsi de réduire le handicap salarial d’ici 2018 quitte "à prolonger le gel des salaires jusque-là" voire même d’augmenter le temps de travail moyen avec maintien du salaire. Voilà qui ne va pas faire plaisir au pilier syndical, il est vrai, de moins en moins influent au sein du parti. Le CD&V estime par ailleurs que la taxation du travail doit s’alléger. Il accepte d’envisager un glissement de la charge vers les revenus du capital, sur la fiscalité environnementale voire sur la consommation. Mais, pour lui, c’est clair : l’essentiel de l’effort devra être fait en réduisant les dépenses de l’Etat, qui doivent descendre en dessous des 50 % du PIB. Ce week-end, le CD&V pourrait bien donner un coup de barre à droite.V.R.