Maingain: "Tous les partis doivent se remettre en question"

Dimanche, les FDF se pencheront sur les listes électorales. Dans un climat que certains annoncent tendu. Olivier Maingain veut provoquer un changement radical dans la gestion de Bruxelles.

Mathieu Colleyn
Maingain: "Tous les partis doivent se remettre en question"
©IPM

Ce dimanche, les FDF seront réunis en conseil général et devront se prononcer sur les projets de listes électorales, élaborés en très petit comité au top du parti. Alors que s’annonce le retrait de Damien Thiéry de la scène politique nationale, certaines craintes, notamment chez les jeunes FDF, commencent à s’exprimer en interne. Par ailleurs, peu d’information filtre sur la composition des listes. Olivier Maingain confie à "La Libre" l’état de ses ambitions électorales, assumant une présidence autoritaire.


Si vous entrez dans un gouvernement, vous allez devoir coordonner la mise en œuvre d’une réforme de l’Etat que vous détestez. Comment allez-vous gérer cette contradiction ? 

Nous aurons la franchise d’expliquer aux habitants qu’il faudra d’autant plus de courage que ceux qui ont plaidé pour cette réforme ont été imprévoyants. C’est le courage des politiques que d’assumer ce qu’ils n’ont pas accepté. On ne va pas se mettre au balcon et fuir nos responsabilités parce que d’autres ont pris des risques inconsidérés. Nous dirons que certains arbitrages résultent de cette réforme. Les Bruxellois, comme les Wallons, peuvent entendre le langage de la vérité. Il vaut mieux leur parler franchement plutôt que de faire croire que la réforme est neutre sur le plan budgétaire et qu’elle n’aura par exemple aucune conséquence sur les allocations familiales. En coulisses, tous m’ont dit qu’il faudra revoir le niveau de ces allocations. C’est plus honnête de le dire avant les élections, c’est encore une de nos différences avec les autres. 

Si vous êtes au pouvoir, allez-vous torpiller cette réforme ? 

Nous sommes des légalistes. Si la loi est votée, elle est votée. Mais notre parti doit être présent en force dans les institutions bruxelloises pour éviter que ceux qui font preuve de faiblesse, voire de complaisance, vis-à-vis du chantage institutionnel de certains responsables flamands - je ne dis pas de tous - ne puissent pas avoir prise. Sinon, Bruxelles est un oiseau pour le chat. 

Avez-vous conclu un accord préélectoral avec le PS ? 

Chez nous ? Alors là ! 

Certains évoquent un axe Vervoort-Gosuin et l’opposition FDF est relativement douce avec l’Olivier ces derniers temps. 

Didier Gosuin a mené une opposition intelligente, crédible et respectée de tous. Il ne tire pas tous azimuts, il a été très dur, a dénoncé des imprévoyances quant à la gestion publique. Nous ne sommes courtisés par personne, nous n’avons aucun engagement et sommes équidistants à l’égard des autres partis. Il faudra un changement radical de gestion publique et ceux qui ne veulent pas l’accepter vont affaiblir Bruxelles. Vous parlez d’alliance, j’ai le sentiment que certains ont tenté d’avoir la contrepartie de leur reniement. Nous n’avons rien renié. 

Vous visez le MR. Etes-vous capable de vous entendre avec lui ? 

Nous pouvons nous entendre avec tous les partis. Beaucoup, au MR, se rendent compte qu’ils n’ont pas fait les choix les plus souhaitables. Beaucoup nous disent avoir eu tort de ne pas respecter les accords avec nous. De manière générale, l’ambiguïté qui demeure chez certains au sein du MR vis-à-vis de la N-VA trouble profondément l’électeur et les cadres moyens du parti. Cette sorte de tentation permanente de jouer avec les extrémistes du côté flamand perturbe. 

Est-il possible de réformer la gestion publique avec le PS ? 

Oui. Tous les partis doivent se remettre en question. Ceux qui se sont installés dans des habitudes et des avantages acquis auront encore plus d’efforts à faire. Il ne faudra pas se contenter de demi-mesures : il faudra supprimer des institutions qui font double emploi. Il va falloir rationaliser, faire en sorte que les opérateurs soient plus efficaces, moins dispendieux et plus utiles pour la croissance et la cohésion sociale. Il faut un contrôle plus strict de la dépense, des intercommunales doivent disparaître, il faut revoir les rémunérations de certains mandataires. 

Et si jamais la communauté flamande présente la N-VA comme partenaire de gouvernement à Bruxelles ? 

Un accord de gouvernement avec la N-VA est impensable. Il y a deux majorités à Bruxelles, une dans le groupe linguistique néerlandais, l’autre dans le groupe linguistique français, c’est un vice terrible de construction de la Région bruxelloise. Les partis francophones n’ont pas le choix de leurs partenaires flamands. Nous avons toujours plaidé contre cette logique. Comment croire qu’on va dégager un consensus si la majorité qui s’impose comprend la N-VA ? J’ose croire que les partis flamands ne tomberont pas dans ce piège. C’est à Bruxelles qu’on verra les effets désastreux du confédéralisme : l’amorce du traitement différencié des citoyens selon leur langue. C’est une menace pour la cohésion sociale, c’est synonyme d’éclatement immédiat. Il n’y a rien de tel au niveau fédéral. 

Et si la N-VA est incontournable ?

Si la N-VA et le Belang sont majoritaires, c’est la fin des haricots. J’ose croire que les autres partis flamands ne joueront pas la carte du pire, mais il ne faudra pas qu’ils nous disent que pour cela, il y aura un prix à payer. On les connaît un peu.


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