Maggie De Block redonne espoir aux libéraux flamands

Maggie De Block, secrétaire d'État à l'Immigration, cartonne dans les sondages. Son parti, l'Open VLD, mise beaucoup sur elle pour les prochaines élections. Son style politique qui évite les simples coups de com' séduit la Flandre.

Vincent Rocour
Maggie De Block redonne espoir aux libéraux flamands
©BELGA

C’est la nouvelle star en Flandre. Maggie De Block truste désormais les premières places dans les hit-parades de popularité. Le baromètre "Le Soir"/RTL la plaçait même sur la plus haute marche du podium, devant Bart De Wever et Kris Peeters, alors que celui de "La Libre" et de la RTBF la voyait juste derrière eux. Sa progression en deux ans est véritablement bluffante. "Quand elle a été nommée secrétaire d’Etat à l’Immigration", rappelle le politologue Carl Devos (université de Gand), "tout le monde s’interrogeait sur le choix effectué par le président de l’Open VLD à l’époque, Alexander De Croo."

Les raisons de son succès ? Une simplicité désarmante. Et cette volonté affichée de ne pas passer pour une professionnelle de la politique. "Elle ne se présente pas comme une grande politicienne du type De Wever ou Peeters", explique Luc Van der Kelen, éditorialiste au "Het Laatste Nieuws". "N’attendez pas de Maggie De Block de grandes analyses socioéconomiques. Elle travaille sur ses dossiers et évite soigneusement d’en sortir. Elle fait de la politique comme elle faisait la médecine. Elle est au chevet des électeurs comme si elle était au chevet de ses patients. Elle est très maternelle".

Carl Devos partage cet avis. Et prolonge. "Maggie De Block a tout de suite affiché une posture d’outsider", analyse-t-il. Elle ne se pose pas en gagnante. Elle ne prétend pas incarner le modèle idéal de l’homme ou de la femme politique. Elle paraît en fait ‘comme tout le monde’. Et les gens aiment cela... D’autre part, c’est une personnalité forte, avec une communication très intelligente. Elle ne se laisse pas guider par ses émotions. Ce qui fait qu’elle est difficilement attaquable en Flandre. Même la N-VA a loué son travail".

Mais son succès ne tient pas qu’à sa personnalité. Maggie De Block a aussi pu bénéficier de circonstances favorables. "Pour la première fois depuis longtemps", poursuit Carl Devos," l’équipe gouvernementale s’était fixé une politique assez claire en matière d’asile et d’immigration. Même le parti socialiste s’y était rallié. Maggie De Block avait une ligne, une direction, qu’elle pouvait suivre sans être contestée. Dans le précédent gouvernement, c’était moins clair. Joëlle Milquet et Annemie Turtleboom se sont beaucoup disputées sur le dossier de l’asile".

Et puis, il y a un geste qui a touché directement la Flandre : sa décision de reverser au trésor public 90 millions d’euros que son département n’avait pas dépensés. "Les gens ont fort apprécié", appuie Carl Devos. "Même si on peut se demander si c’est le signe d’une bonne politique. Les infrastructures d’accueil des sans-abri sont chroniquement en manque de moyens".

Une arme électorale

Mais que peut faire Maggie De Block de cette popularité si rapidement acquise ? "Elle sera cependant sans doute une figure de la campagne électorale", pronostique Luc Van der Kelen. "Son parti va jouer sur les femmes fortes du VLD. A côté de la présidente du parti Gwendolyn Rutten, qui affiche une certaine fermeté, elle incarnera plutôt la figure de la mère. La distribution des rôles se fera assez naturellement".

Pour le journaliste, Maggie De Block fera certainement un grand résultat dans le Brabant flamand. "Comparable à celui de Bart De Wever", avance-t-il. Ce qui sera salutaire pour l’Open VLD. "Une personne comme elle ne vient jamais seule", dit-il. "Elle tire un parti, lui donne de l’espoir, entraînant dans son sillage Gwendolyn Rutten ou Annemie Turtelboom".

Mais de là à penser que Maggie De Block puisse jouer un rôle de leader, il y a un pas que les observateurs se refusent déjà à franchir. "Il est un peu tôt pour dire si elle peut prendre un rôle politique en vue", remarque Carl Devos. "Il faut voir si elle va maintenir sa progression dans les sondages. Sa popularité est récente. Et elle n’a toujours pas été confrontée à une élection. D’autre part, si elle est populaire, son parti ne l’est pas. L’Open VLD est le troisième, voire quatrième parti de Flandre. Et il est difficile de devenir le numero uno de Flandre si votre parti reste deuxième ou troisième".

Ce qui est sûr, c’est que cette popularité va contraindre Maggie De Block à jouer un rôle plus en vue. Ce qui n’est pas sans risque. "Elle a bâti sa popularité en restant concentrée sur sa compétence", constate Carl Devos. "Sans faire de grandes déclarations politiques. Mais si sa popularité continue à monter, elle ne pourra pas rester au balcon. Son parti voudra en faire une arme électorale. Elle sera immanquablement utilisée comme symbole de la réussite du VLD au sein du gouvernement fédéral. Cela stimulera les troupes. Mais alors Maggie De Block sera obligée d’élargir le champ de ses interventions. On l’interrogera sur la fiscalité, sur les relations avec la N-VA. Elle devra alors descendre dans la grande arène politique et débattre avec un Kris Peeters et un Bart De Wever. On verra alors si elle pourra maintenir sa popularité".


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