PTB et PP vers le seuil électoral

"En Flandre, il existe un véritable vote antisystème alors qu'en Wallonie et à Bruxelles, on préfère s'abstenir et s'absenter" explique le politologue Pierre Verjans.

PTB et PP vers le seuil électoral
©Belga/Photonews
Stéphane Tassin

Les élections générales du 25 mai prochain révéleront inévitablement quelques surprises. A la lecture du récent baromètre de La Libre et en se penchant sur les résultats électoraux du scrutin provincial de 2012, on peut s’attendre à voir au moins un élu du PTB débarquer au Parlement wallon.

En compagnie du politologue de l’ULG, Pierre Verjans, nous allons tenter d’évaluer les chances du PTB (Parti du travail de Belgique) et du PP (dont le score dans notre baromètre tournait également autour des 4 %). Pour rappel, le seuil électoral permettant d’envoyer un représentant au Parlement est de 5 %.

Côté gauche tout d’abord, "En 2012, le PTB aux élections provinciales a récolté 83 % de ses voix en Wallonie dans les provinces de Liège et du Hainaut. Avec un taux de 4,7 % à Liège et 2,5 % dans le Hainaut. Ils ont tout intérêt à concentrer leur action politique dans ces régions industrielles".

Sur l’ancrage liégeois du PTB, Pierre Verjans voit deux raisons importantes : "Il ne faut pas oublier leurs maisons médicales qui sont pour eux une manière d’ancrer leurs pratiques politiques. Il y a un autre élément que l’on oublie souvent : lors de la période 1965-1985 où le PS était le plus puissant dans cette région, le Parti Communiste et le Rassemblement wallon faisaient des résultats supérieurs à leur moyenne wallonne. Il y a une tradition de vote pour les partis plus à gauche que le PS".

Si l’arrivée d’un parlementaire issu d’un autre parti que les quatre traditionnels est un bon signe pour la démocratie, on ne peut pas non plus parler de séisme : "Cela prouverait que le système n’est pas aussi sclérosé et plus ouvert que prévu". Pour Pierre Verjans, il est encore difficile d’examiner l’effet de cette situation sur le PS : "Il pourrait réagir en se regauchisant ou alors faire comme ils l’ont fait dès le soir des communales de 2012, tenter de démontrer que ce parti n’est pas crédible. Le PS pourrait également abandonner ce terrain-là et aller vers le centre, mais c’est évidemment risqué".

Côté droit à présent, si le PP connaît des sondages plutôt positifs actuellement, les élections provinciales de 2012 ne peuvent pas apporter d’éclairage intéressant, mais le politologue de l’ULG apporte d’autres éléments intéressants : "On peut se demander si l’équipe Modrikamen-Trullemans va réussir à remobiliser les troupes déjà mobilisées en 2010 et qui ont manifestement fait l’impasse en 2012 aux communales et provinciales. Est-ce qu’ils seront perçus comme une alternative politique ? Ils n’ont pas de discours précis sur l’identité nationale, ils incarnent plutôt la nostalgie d’une Belgique unie. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils vont s’implanter dans les milieux populaires. Modrikamen apparaît comme antisystème mais apparaîtra-t-il comme un des leurs ? L’avocat des actionnaires de Fortis n’apparaît pas comme un défenseur des pauvres… Maintenant il n’est pas exclu que Trullemans lui amène ce côté populaire".

Précisons quand même qu’après le dernier scrutin organisé dans le pays, c’est le Parti Pirate qui arrivait directement après les quatre partis traditionnels. Le PTB arrivant en 6e position. "Il est très difficile de savoir comment ils se comporteront en 2014".

Vote antisystème

Dans ce contexte, Pierre Verjans constate également qu’en Wallonie et à Bruxelles, les électeurs mécontents de l’offre électorale ne pratiquent pas de la même manière : "Aux communales de 2012, 20 % des électeurs inscrits ne sont pas allés voter ou alors ont voté blanc ou nul. C’est un record. Le précédent datait de 1999, après la crise de la dioxine, où ce chiffre atteignait les 18,5 %. En Flandre il existe un véritable vote antisystème alors qu’en Wallonie et à Bruxelles (21 % en moyenne depuis 1989) on préfère s’abstenir ou s’absenter".

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