Dupriez: "On n'ose plus faire de voyages parlementaires"

Après cinq ans au régime "Ecolo", le Parlement wallon veut se présenter comme un modèle de gestion. Mais Patrick Dupriez, son président, trouve que l'on est parfois allé trop loin.

Entretien > Frédéric Chardon et Alice Dive
Dupriez: "On n'ose plus faire de voyages parlementaires"
©Christophe Bortels

A moins de six mois du mégascrutin de mai 2014, Patrick Dupriez (Ecolo), le président du Parlement wallon, fait le bilan de la présidence de l’assemblée par les écologistes.

Votre greffier, le patron de l’administration du Parlement, aurait des méthodes excessives vis-à-vis de ses employés. C’est vrai ?

Vous faites référence à un article de Sud Presse. J’ai été choqué par cet article. C’est une attaque en règle d’un haut fonctionnaire qui n’a pas la même possibilité de se défendre qu’un mandataire public. Avec des faits qui sont montés en épingle, parfois erronés et mensongers. Le greffier du Parlement a abattu un travail exceptionnel depuis qu’il est ici. Tout le monde ne mesure pas combien ce Parlement a bonifié en cinq ans, il a changé de siècle. Il faut comparer cela avec tout ce qui a été découvert ici au sein de l’administration du Parlement wallon, et comprendre à quel point ces réformes étaient indispensables.

Vous parlez de l’héritage de José Happart ?

Je ne vais pas dire "de José Happart", je vais parler d’un mode de fonctionnement qui, a plus d’un titre, pouvait incarner les maux wallons et qui alimentait un imaginaire pas forcément positif. Porter de telles réformes, ça n’est pas toujours facile. Le greffier a un très haut niveau d’exigences et a une très haute vision de ce que doit être un Parlement. Son point fort n’est pas le relationnel. Soit. Mais considérer que les gens travaillent dans la terreur, c’est indécent vu le travail accompli.

Le Parlement wallon a beaucoup évolué ces cinq dernières années, dites-vous. C’était sous la présidence d’Emily Hoyos, puis de la vôtre. Ecolo lave toujours plus blanc ?

Quand on dit qu’Ecolo lave plus blanc, il y a comme un soupçon de démagogie et de slogan. Ce qui est clair, c’est que nous avons contribué avec Emily à réformer ce Parlement. Mais on ne peut pas le réformer sans la participation de tout le monde au sein du Bureau de l’assemblée. Mais il y avait une impulsion écologiste. On est encore loin d’avoir fait tout ce que l’on souhaitait. On va recruter de nouveaux collaborateurs pour notre administration, et c’est la première fois dans l’histoire de ce Parlement que l’on a des procédures totalement objectives. Une grande partie des problèmes que l’on a connus ici est liée à la manière dont on engageait par le passé.

Comment engageait-on avant ?

Vous le savez bien…

Non.

Ce Parlement, comme d’autres administrations - mais c’était particulièrement marqué ici - était composé d’agents engagés sur la base de quotas entre les partis, et en particulier entre les partis dominants : le PS, le CDH et la clef 2/3, 1/3, avec quelques PRL à l’époque. Ce partage entre partis se faisait sans exigence de compétences. Certains membres de l’administration du Parlement n’ont pas de compétences, ni l’envie de travailler.

Il y a eu aussi des réformes dans l’hygiène politique des parlementaires wallons. Mais n’est-on pas allé trop loin ? Certains se plaignent de ne plus pouvoir faire de missions à l’étranger depuis le "Wallifornia-gate"…

On a mis en place des règles, et c’est très bien. Le fait qu’il y ait eu ce scandale fait qu’il y a une réaction tétanisée aujourd’hui. On n’ose plus faire de missions parlementaires. Il y a eu une mission qui a été bien préparée ici pour aller en Serbie. Elle avait beaucoup de sens, sans être une destination de rêve. Ce n’était pas la Californie, quoi. Mais un groupe politique a dit qu’il n’y allait pas, et les autres ont alors eu des craintes de partir. Oui, je pense que le mouvement de balancier est allé trop loin de l’autre côté. Pourtant, je pense qu’il est important que des parlementaires aient un regard sur l’international, qui ne passe pas que par les voyages, loin de là.

Toutes ces économies, ça représente combien ?

On a fait des économies considérables au Parlement. Environ - 15 % de budget de fonctionnement. Alors que le budget du Parlement, c’est à 80 % du personnel. C’est énorme. Aucune autre institution wallonne n’a fait des efforts aussi considérables.

Les parlementaires gagnent quand même toujours bien leur vie… Ne faut-il pas que les députés wallons gagnent moins ?

On a l’impression que ce sont toujours ces questions d’argent qui reviennent. La rémunération est la même pour tous les parlementaires de toutes les assemblées de ce pays. Il n’appartient pas au Parlement wallon de changer les règles pour ses députés. Mais clairement, un parlementaire n’a pas à se plaindre de son traitement aujourd’hui. Je vais vous dire aussi - et ce n’est pas populaire - qu’il est normal qu’un député qui est un élu du peuple soit correctement rémunéré. Il est normal qu’il ait une rémunération correcte même si on peut discuter par ce que l’on entend par "correcte".

Vers quoi faut-il aller alors ?

Il faut travailler tous ensemble sur un statut unique du parlementaire pour toutes les assemblées, afin d’avoir un statut que le monde politique puisse assumer sans être tout le temps le dos au mur à faire des réformettes parce qu’il y a tout d’un coup une pression médiatique. Ce statut unique, c’est aussi un statut social : pourquoi les parlementaires n’auraient-ils pas droit au chômage après leur mandat ? Mais "le statut unique" n’a pas du tout avancé en conférence des présidents d’assemblée.

Pourquoi ?

Il y a notamment un problème de méthode de travail. La conférence des présidents ne se réunit plus depuis des mois. La méthode de travail d’André Flahaut (président de la Chambre) n’est pas très efficace ni très volontariste…

Les indemnités de sortie qui tombent à la fin des législatures sont en train d’être réformées. En tant qu’Ecolo, à combien pensez-vous qu’il faille les plafonner ?

La position d’Ecolo, c’est vingt-quatre mois d’indemnités au lieu de quarante-huit. C’est une base de discussion. Mais ce n’est que l’un des aspects du statut unique du parlementaire. Il faut arrêter de considérer que c’est anormal que les parlementaires aient des indemnités de sortie. C’est normal ! Ce dont il faut discuter, c’est de la durée, des montants et des conditions. Mais tant qu’on n’a pas un statut unique plus global qui prévoit éventuellement d’autres mécanismes tels que le congé politique, l’accès au chômage, c’est normal que les indemnités parlementaires existent.

Vous les prendrez, vos indemnités de sortie, quand vous partirez ?

Si je n’ai pas de boulot en sortant, je prendrai mes indemnités, bien sûr. Du moins tant que je n’aurai pas trouvé de nouveau boulot. Parce que je considère que dès l’instant où j’ai un travail, elles ne sont plus justifiées.