Michel: "Une réforme fiscale financée par le gel des dépenses publiques"

Le MR lance sa campagne par un congrès sur la fiscalité ce dimanche. L'occasion pour le président Charles Michel de dévoiler "sa" réforme fiscale. Un plan ambitieux à 5 milliards d'euros.

Entretien > Frédéric Chardon et Antoine Clevers
Michel: "Une réforme fiscale financée par le gel des dépenses publiques"
©Alexis Haulot

Le MR lance sa campagne par un congrès sur la fiscalité ce dimanche. L'occasion pour le président Charles Michel de dévoiler "sa" réforme fiscale.

Le MR va centrer sa campagne sur la fiscalité. Ce thème reste manifestement au centre du core business électoral des libéraux.

La baisse de la fiscalité est un enjeu crucial pour le MR et c’est, selon nous, l’épine dorsale d’un prochain accord de gouvernement. On a fait, depuis la formation de l’actuel gouvernement, un énorme effort d’assainissement financier. Mais on sent bien qu’il faut enclencher la vitesse supérieure et créer des emplois. Comment ? En mettant en œuvre une ambitieuse réforme fiscale.

Dans quelle ampleur voulez-vous baisser les impôts ?

Je l’ai dit dès septembre, on veut baisser au minimum les impôts de 5 milliards d’euros. On peut évidemment le faire sur les quelques années de la législature pour créer au minimum 100 000 emplois. Quand je dis ça, je rappelle qu’il y a quelques semaines, le Voka, l’association des patrons flamands, a aussi évoqué une réforme de 5 milliards d’euros minimum mais en parlant de 160 000 emplois. Les ordres de grandeur dont je parle sont donc très réalistes. Il faut supprimer les pièges à l’emploi. Ça fait longtemps qu’on en parle et je dis, hé bien chiche, faisons-le.

Le taux zéro d’IPP que vous proposez sur les 13 000 premiers euros, c’est une aide aux travailleurs les plus modestes. C’est fort centriste comme concept, non ?

Non. Le plan est global : on veut soutenir à la fois le pouvoir d’achat, les gens qui veulent travailler ou qui travaillent déjà. En gros, les classes moyennes, même si je n’aime pas cette expression. Le MR est le bouclier contre tous ceux qui veulent s’en prendre à la classe moyenne. Nous sommes les seuls du côté francophone à avoir cette obsession.

Comment comptez-vous payer cette réforme de 5 milliards ?

Donc, les 5 milliards, c’est le coût de la réforme que je propose au niveau de l’IPP. Mais l’ensemble sera largement neutre d’un point de vue budgétaire. Il y aura "des effets retour immédiats" pour les finances publiques. Pour la succession et la donation, les mesures seront non seulement neutres budgétairement mais aussi bénéfiques. Lorsque la Flandre a fait sa réforme des droits de succession et de donation, elle a eu plus de recettes fiscales car elle avait ainsi lutté, grâce à des taux plus bas, contre la fraude importante dans ce domaine.

Mais donc il faut quand même trouver 5 milliards…

Ils seront financés par le gel des dépenses publiques. Il faut resserrer les boulons dans les structures publiques et parapubliques en Wallonie et à Bruxelles, dans la multitude d’intercommunales, dans les sociétés de transports en commun… Quand je vois qu’en Wallonie, on est à 85 administrateurs pour les Tec wallons alors qu’en Flandre il n’y en a que 13 et qu’on y transporte deux fois plus de voyageurs… A côté de cette mesure, il y a donc l’effet retour des mesures fiscales qui seraient adoptées : même les économistes plus pessimistes estiment qu’une réforme de cette ampleur génère 30 à 40 % d’effets retour. Des milliers de gens seront remis au travail et payeront donc des impôts, les entreprises vont se développer davantage, etc. En réalité, au final, le coût net de la réforme se situe entre 1,7 et 2 milliards. Vu l’effet retour attendu, je dis qu’on peut même aller au-delà d’un plan de 5 milliards. Cela ne représente qu’1 % des budgets globaux du pays !

Comme le secrétaire d’Etat John Crombez (SP.A), pensez-vous qu’il faut mettre plus de moyens contre la fraude fiscale ?

J’ai un vrai problème avec le comportement et l’attitude de Crombez. Lutter contre la fraude fiscale et la fraude sociale, c’est très important car ce sont les honnêtes citoyens qui travaillent et paient des impôts qui paient le prix de la fraude. Mais je ne supporte pas chez lui cette attitude qui consiste à créer systématiquement une présomption de culpabilité. Je ne tolère pas ça.

Mais, en 2014, aurez-vous des partenaires politiques qui accepteront de faire passer une telle réforme fiscale ?

Je suis très optimiste. Le climat a changé et je m’en réjouis, le CD&V dit la même chose que le MR, le VLD aussi. Et le SP.A reconnaît qu’il y a un problème de fiscalité. Même le Premier ministre - alors que son président de parti avait moqué "les idées magiques du MR" (ça m’avait fait de la peine d’ailleurs) - dit qu’il faut une réforme fiscale.

Vous oubliez le CDH, c’est volontaire ?

(Sourire). Ah oui, c’est vrai, désolé… Bon, je ne veux pas jouer à la cour d’école. Si le CDH veut une réforme fiscale, tant mieux. Mais regardez ces vingt dernières années : s’il y a bien un parti qui systématiquement a tenu le cap en disant qu’il faut moins d’impôts pour soutenir l’emploi, c’est bien le MR. Pendant longtemps, le CDH a dit que la précédente réforme fiscale menée par Didier Reynders avait vidé les caisses de l’Etat…