Partis politiques cherchent carrures européennes

Les partis politiques belges constituent - parfois non sans mal - leur liste en vue de l’élection européenne du 25 mai. Des fédéralistes montent au créneau et se lancent dans la course.

Ch. Ly. et A.C.
Partis politiques cherchent carrures européennes
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Les partis politiques belges constituent - parfois non sans mal - leur liste en vue de l’élection européenne du 25 mai. Des fédéralistes montent au créneau et se lancent dans la course.


PS: Avantage Labille, Arena sera deuxième

La composition de la liste européenne sera la toute dernière dévoilée par le PS. Ce sera lors du Congrès de lancement de campagne à la fin mars. En pole pour tirer la liste ? La logique voudrait voir Frédéric Daerden. L’eurodéputé sortant est une machine à voix et se plaît dans ses fonctions. Mais les choses ne sont pas si simples. Mi-décembre, "Le Soir" annonçait qu’il serait candidat à la Chambre pour renforcer la liste liégeoise. L’information n’est pas confirmée par le boulevard de l’Empereur, mais semble très plausible. Si tel est le cas, il faudra une autre carrure politique. Et c’est le nom du ministre fédéral Jean-Pascal Labille qui ressort le plus régulièrement. Ce dernier n’a pas fait les démarches en interne pour se porter candidat, mais se dit à la disposition de son parti… En deuxième position, il faut une femme. Selon toute vraisemblance, ce sera la sénatrice Marie Arena. L’eurodéputé Marc Tarabella serait alors troisième, une place de combat. Enfin, sa collègue au Parlement européen Véronique De Keyser n’est plus du tout en odeur de sainteté au parti depuis sa rencontre avec le dictateur syrien Bachar al-Assad en septembre dernier. Elle devra se contenter des miettes. S’il en reste…


MR: Et si Louis Michel revenait en Belgique?

Louis Michel, tête de liste européenne du MR ? Une évidence… Suivi, à la deuxième place, par Frédérique Ries. Soit le même duo qu’en 2009, auteur de résultats électoraux plutôt flatteurs. Sauf que la donne n’est pas aussi simple que cela. Des rumeurs insistantes - mais non confirmées - font état d’un retour de Louis Michel, le père de l’actuel président du MR, sur la scène belge. Sans doute à la Région, sachant que Charles Michel (le fils, donc) devrait être tête de liste à la Chambre. Lors des élections communales de 2012, Louis Michel songeait déjà à un retour sur la scène locale, dans son fief jodoignois. On le dit à nouveau tenté. D’autant que tous les faiseurs de voix seront les bienvenus dans le cadre du triple scrutin du 25 mai prochain (fédéral, régional et européen). Mais le MR peut-il se payer le luxe d’avoir deux Michel, en bonne position, sur les listes en Brabant wallon ? Cela risque de ne pas plaire - en interne et auprès des électeurs. La réponse sera connue ce samedi lors de l’annonce des listes dans la jeune province. Enfin, le sénateur Gérard Deprez pourrait retrouver une place sur la liste européenne. En tant que troisième si Louis Michel s’y présente. Ou, dans le cas contraire, en duo avec Frédérique Ries.


CDH: Maystadt a décliné, Delvaux reconduite par défaut

Valse européenne à trois temps dans les rangs du CDH. Un : l’eurodéputée sortante Anne Delvaux est demandeuse de rempiler au Parlement européen, où elle se plaît. Deux : son président de parti, Benoît Lutgen, voudrait la voir prendre la deuxième place sur la liste liégeoise à la Chambre (où la sénatrice Vanessa Matz est également pressentie). Le CDH espère en effet prendre un troisième siège en principauté. Et une force électorale telle qu’Anne Delvaux ne sera pas de trop. Melchior Wathelet sera, lui, tête de liste et Jean-Denis Lejeune, sans doute, troisième. Enfin, trois : d’aucuns critiquent le bilan de Mme Delvaux, demandant au passage qu’une carrure européenne confirmée prenne les commandes de la liste. A cet égard, l’ex-vice-Premier ministre belge et ancien président de la Banque européenne d’investissement (BEI) Philippe Maystadt a été approché. Mais il n’a pas souhaité se présenter. C’est donc un peu par la force des choses qu’Anne Delvaux devrait à nouveau se retrouver tête de liste aux élections européennes du 25 mai. Benoît Lutgen doit trancher. Probablement dans les deux à trois semaines.


ECOLO: Lamberts plutôt que Durant

Ecolo est le seul parti francophone à avoir officialisé le nom de sa tête de liste européenne. Il s’agit de Philippe Lamberts. Il fut choisi par la base de son parti lors d’un vote psychodrame le 19 octobre dernier qui a vu Isabelle Durant (une machine à voix qui avait la préférence de l’état-major du parti) se faire éjecter. Un peu aussi de sa faute, puisqu’elle a refusé la deuxième place. M. Lamberts, certes peu connu du grand public, jouit d’une très bonne réputation pour son travail d’eurodéputé; il a été qualifié d’homme le plus détesté de la City.


"Stand Up" se présente au scrutin

Alors que les populistes promettent une raclée à l’Europe aux élections du mois de mai, les fédéralistes montent au créneau. Le réseau "Stand up for the United States of Europe" va en effet se présenter aux élections européennes du 25 mai, en Belgique, et défendre une liste dans la partie francophone du pays.

Ce réseau belge est né au début 2013 autour du consultant Richard Laub, inquiet de la montée des nationalismes en Europe (LLB du 5 juin). La lecture du livre de Guy Verhofstadt et de Daniel Cohn-Bendit ("Debout l’Europe !") a servi de déclic. Et un comité de soutien a été créé, où figurent de nombreuses personnalités belges, en majorité francophones, dont Etienne Davignon, Peter de Caluwé, Marc Filipson, Guy Haarscher, Mark Eyskens ou Alain Deneef.

" Nous allons essayer de profiter de cette plate-forme pour diffuser nos idées ", dit Richard Laub. Pour l’heure, le réseau récolte les quelque 9000 signatures citoyennes nécessaires pour présenter une liste et cherche des jeunes prêts à se présenter au scrutin du 25 mai. La tête de liste est toujours en négociation.

Trois responsables

Le mouvement ne se réclame ni de la droite ni de la gauche, ne veut pas s’affilier à un groupe politique du Parlement européen mais entend défendre une Europe fédérale, seule solution selon lui aux critiques qui s’abattent sur des institutions européennes, bureaucratiques, de plus en plus cornaquées par les Etats membres. C’est pourquoi il s’allie au petit parti fédéraliste européen, présent dans vingt-deux pays de l’Union.

" Il y a un problème de lisibilité ", explique Jean-Pierre Buyle, ancien bâtonnier du barreau de Bruxelles et membre du comité de soutien. " Les trois responsables sont nous, les citoyens, qui ne nous intéressons pas assez à ce qui se passe dans les autres pays, vous les journalistes, qui ne vous intéressez pas assez à ce que nos hommes politiques font dans les réunions européennes, et les politiciens, qui n’accordent pas assez d’attention à l’Europe. On aimerait bien avoir un Paul-Henri Spaak. Le Premier ministre n’a pas l’air intéressé."

Durant sa campagne électorale, "Stand up" veut aborder des sujets très concrets, que certains trouvent compliqués à comprendre, mais qui sont cruciaux pour le demi-milliard d’habitants de l’UE : la concurrence fiscale entre Etats membres, les crises bancaires, l’émigration, la mise en commun des moyens de défense.

Alors que certains réclament le retour des compétences parties à "Bruxelles", le réseau belge veut au contraire renforcer l’UE. " En cherchant, nous n’avons trouvé aucune étude récente sur ce que coûterait la non-Europe (revenir aux Etats nations, NdlR). L a dernière étude de ce genre date du marché unique, il y a près de trente ans " , se désole Richard Laub.

Le réseau n’a pas peur de parler d’une "utopie" mais croit fermement qu’il faut fixer des objectifs à long terme pour avancer. On entendra donc au cours de la campagne "Stand Up" et si celui-ci ne croit pas vraiment qu’il obtiendra les quelque 300000 voix nécessaires pour obtenir un eurodéputé, au moins il aura essayé d’être entendu.

--> http://standupforuseurope.eu/


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