La vraie force de frappe électorale du PS

Pendant les élections, il n’y a pas que le PS qui peut porter le message socialiste. Les branches de l’action commune (syndicat, mutualité, associations) sont aussi mobilisées. Jean-Pascal Labille veut renforcer l’action commune après le 25 mai.

La vraie force de frappe électorale du PS
©Photo News
Frédéric Chardon

Jean-Pascal Labille (PS), le ministre fédéral des Entreprises publiques pour quelques semaines encore, est en train de faire le tour des régionales de la FGTB. Il était encore à Liège hier matin dans ce but. Pour faire quoi ? Depuis que l’on sait qu’il ne figurera pas sur les listes électorales, il a reçu la mission au sein du PS de relancer l’action commune en vue des élections, soit la collaboration entre les diverses instances du mouvement socialiste (FGTB, Mutualités, etc.). Il s’y connaît : Jean-Pascal Labille est l’ancien patron des Mutualités socialistes et il devrait retrouver son poste après le 25 mai.

Mais il veut dépasser cette mission conjoncturelle et travaille à rendre permanents les contacts entre le PS, la FGTB et les Mutualités, etc., après le 25 mai. "L’action commune concerne à la base le parti, le syndicat et les mutualités, explique Jean-Pascal Labille. Mais on peut en avoir une définition extensible et y intégrer les Jeunesses socialistes, les Femmes prévoyantes socialistes... L’action commune, c’est en général quelque chose qu’on ranime au moment des élections mais je pense qu’il faut inscrire cela au contraire dans la durée et pas seulement pendant deux mois de campagne".

"Tout n’est pas rose"

Jean-Pascal Labille veut donc mettre en place un dialogue permanent entre le PS et la galaxie socialiste. "Pas besoin de créer une structure juridique pour cela, il suffit que quelques personnes se voient et discutent des actions à mener envers les militants, les affiliés, etc. Il faut en tout cas installer durablement l’action commune dans le paysage. Ce ne sont pas les seuls politiques qui doivent penser à comment organiser la vie en société mais aussi les mutualités, les syndicats, les ASBL, les ONG, etc."

Quelle est la température ? La FGTB, par exemple, est-elle partante pour une action commune de longue durée ? Les rapports ne sont pas toujours au beau fixe entre le parti et le syndicat. A Charleroi, pour rappel, la régionale FGTB soutient officiellement le… PTB à la place du PS. "Globalement, c’est possible, l’idée d’une action commune permanente est recevable. Je ne vais pas vous dire non plus que tout est rose. Mais le PS est un parti de masse, de terrain et d’idées. Et le premier organisme de contact sur le terrain avec la population, ce sont les mutualités. Entendre grâce à elles et à la FGTB les problèmes et le sentiment réel des gens et les répercuter vers le parti, c’est faire remonter de la proximité vers le PS."

C’est stratégique, aussi

Pérenniser l’action commune, c’est aussi une manière pour le PS de revenir sur le terrain électoral face au PTB qui est de tous les piquets de grève devant les entreprises qui restructurent, de toutes les manifestations… Jean-Pascal Labille justifie son travail concernant l’action commune par la nécessité d’échanger des idées entre les branches du pilier socialiste. Mais l’enjeu est aussi, malgré tout, électoral.

Décodage. En effet, en principe ces différentes branches sont indépendantes les unes des autres et vis-à-vis du PS. Toutefois, le PS en campagne électorale veut pouvoir malgré tout compter sur ces organisations très puissantes pour appuyer et y relayer son message vers la base.

Evidemment, d’ailleurs… Les affiliés aux Mutualités socialistes et à la FGTB sont aussi des centaines de milliers d’électeurs potentiels pour le PS. Bien entendu, tout membre du syndicat et de la mutuelle, des diverses associations du pilier socialiste, ne vote pas forcément socialiste. Mais, en tout cas, le PS estime que ces personnes, a priori, ne sont pas hostiles à son message politique. Et assurer sa mainmise sur ce vivier de voix est un enjeu stratégique pour le boulevard de l’Empereur.

Les petits coups de pouce

L’action commune comme arme électorale, comment ça marche ? Un exemple tout frais parmi tant d’autres : ce soir à 19h, à la Maison du peuple de Saint-Gilles, l’ONG Solidarité socialiste (créée par l’action commune en 1963) invite la tête de liste PS aux élections européennes, Marie Arena, ainsi que Karine Lalieux, également candidate PS, à un débat sur la coopération au développement. Outre l’intérêt de ce débat d’idées, l’ONG sert donc aussi de plateforme électorale au PS.

Autre exemple, qui énerve beaucoup au MR : les campagnes d’affichage des Mutualités socialistes qui fleurissent pendant les élections. Ce qui donne une publicité supplémentaire au PS qui n’est pas comptabilisée dans les dépenses électorales. Le chef de groupe libéral à la Chambre, Daniel Bacquelaine, a d’ailleurs déposé une proposition de loi pour interdire ce type de publicité pendant les élections.


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